MAROC
14/06/2018 17h:12 CET | Actualisé 14/06/2018 17h:15 CET

Morocco 2026: les chutes apprennent à mieux se relever

"Le Maroc est gagnant sur plusieurs niveaux."

KIRILL KUDRYAVTSEV via Getty Images
Le président de la Fédération royale marocaine de football (FRMF), Fouzi Lekjaa, présente la candidature du Maroc au Mondial 2026 à Moscou, lors du 68e congrès de la FIFA, le 13 juin 2018.

SPORT - Coup de sifflet final ce 13 juin 2018 à Moscou lors du 68ème congrès de la FIFA. Morocco 2026 éliminé par United 2026 sur un score sans appel de trois buts à zéro dans un match des plus spectaculaires.

Les buts United 2026 ont été signés: Trump sur un magnifique tweet à fin de la première période, Infantino sur une extraordinaire complication des règles de soumission et pour clôturer le score, Turki Al Sheikh sur un superbe retourné en pivot laissant le gardien de but Moulay Hafid Elalamy totalement impuissant.

C‘était pour l’anecdote.

J’imagine, comme à l’accoutumée, qu’au lieu de voir la moitié pleine du verre, nous allons rivaliser d’ingéniosité pour n’en voir que la moitié vide. Je n’ai pas eu le temps de lire la presse de ce matin mais je suis certain que beaucoup d’éditorialistes sauteront sur l’occasion pour régler leur comptes à l’équipe Morocco 2026 voire même régler certains différends politiques au passage. Bref, tout le monde s’y mêlera et personne ne prendra le temps d’analyser les vraies causes de cet échec pour en tirer des leçons qui nous permettront de nous rendre encore plus forts.

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Tout manager avisé saura que les chutes apprennent à mieux se relever. Certes, nous ne sommes pas à notre première chute, mais qui ne risque rien, n’a rien. Décidément, nous sommes devenus le champion africain des chutes. À force de persister, de chuter et de se relever, je pense que lors la prochaine tentative, les membres du congrès de la FIFA auront pitié de nous et voteront pour nous à l’unanimité! Pourquoi pas, puisque nous sommes l’unique pays au monde à candidater cinq fois et qui continue toujours de persister.

J’estime que dans tout échec, il y a des opportunités à exploiter pour en faire des facteurs-clés de succès dans le futur. Ci-dessous les principales opportunités que j’ai pu identifier dans cet échec.

L’unité arabe, une utopie

Il n y a pas d’unité arabe et il n’y en aura pas! Désolé, mais c’est une évidence. La seule chose qui prime, c’est le business. Alors, arrêtons d’endoctriner les populations avec des messages de fraternité, d’unité et de relations historiques entre les pays arabes frères. Certes, les hommes politiques le savent très bien car les intérêts des États sont privilégiés, mais le citoyen lambda doit le savoir aussi. Si un jour notre intérêt politique ou économique est avec tel ou tel pays, nous n’hésiterons pas, en tant que pays souverain, de voter contre un ou plusieurs pays arabes si nécessaire. C’est une réalité un peu dure mais c’est la politique et le business.

Dans le cas de Morocco 2026, si l’Arabie saoudite s’est contenté de donner sa voix au dossier nord-américain comme l’ont fait les autres pays du Golfe sans faire sa campagne agressive au profit de United 2026, on aurait compris. Du moins les diplomates auraient été compréhensifs et auraient communiqué entre eux avant le vote pour apaiser la tension. Cependant, ce qui s’est passé sur le terrain à quelques jours du vote a laissé toute la communauté arabe perplexe. Tout simplement parce que lors du dernier sommet de la ligue arabe et de l’OCI, tous les membres de ces deux organisations ont exprimé le soutien total et inconditionnel au Royaume du Maroc “frère” pour l’organisation de la Coupe du monde 2026. Logiquement et sans calculatrice, tous les pays arabes et les pays musulmans devaient voter Morocco 2026 ce mercredi (ou vendredi) 13!

La réaction de l’Arabie saoudite était donc une forme claire de représailles contre le Maroc qui est resté fidèle à ses positions de neutralité dans le conflit opposant les pays du Golfe au Qatar. Nous avons été en quelque sorte le dommage collatéral de ce conflit. Le royaume wahhabite pouvait user d’autres moyens plus discrets pour faire passer son message mais en soutenant avec un acharnement sans précédent United 2026 contre un partenaire historique, il s’est mis dans une situation très embarrassante devant toute la communauté arabo-islamique. Il suffit de voir les chaînes étrangères en parler pour comprendre que l’Arabie saoudite a perdu la face. Je ne pense pas que les relations diplomatiques vont être affectées vu les liens solides entre les deux monarchies, mais je pense que le Maroc est sorti gagnant dans ce duel en termes d’image.

Une campagne de communication de choix

A part “Moroccan”, le fils de Mariah Carey, beaucoup d’Américains ne savent pas que Morocco est un pays qui se trouve sur le continent africain et ne connaissent rien de sa culture. Dès le début de la campagne Morocco 2026, tous les journaux américains ont commencé à parler du Maroc. Morocco était sur les pages du Washington Post, New York Times, USA Today, Toronto Star, etc. Durant plusieurs mois, des journalistes de renom et des chaînes de télé américaines et canadiennes se sont relayées pour parler de ce fameux concurrent de United 2026. Le mot clé “Morocco” a été utilisé plusieurs fois sur les moteurs de recherche américains et figurait parmi les mots les plus cités sur les réseaux sociaux durant cette période. Aujourd’hui, une grande partie de la population américaine, nord et sud-américaine sait où se trouve ce petit pays d’Afrique du Nord qui a défié les États-Unis. Deuxième point positif.

Des racines africaines saines et solides

Le retour du Royaume au sein de sa famille africaine et son dynamisme diplomatique sur le continent africain semblent donner des résultats encourageants. Sur les 52 fédérations africaines, 41 ont voté pour le dossier marocain. Les 11 pays restant se répartissent entre ceux qui ont subi la pression des États-Unis mais qui gardent de bonnes relations avec le Maroc et ceux avec qui nous devons développer encore plus les relations diplomatiques et commerciales.

C’était en quelque sorte un test réussi de la diplomatie marocaine sur le continent africain qui, grâce à Morocco 2026, a pu évaluer la solidité de ses relations africaines et a envoyé un message aux pays européens et asiatiques que la porte de l’Afrique, c’est bien le Maroc. Troisième point positif. 

Un Royaume fidèle à ses valeurs

Le Royaume du Maroc, l’une des plus vieilles monarchies du monde, vient de confirmer, malgré sa modeste économie et ses ressources limitées, qu’il reste un pays souverain qui ne se soumet à aucune puissance mondiale. Tenir tête aux États-Unis et mener une campagne contre un trio nord-américain des plus puissants n’est pas chose facile. Je dirais même que c’est super osé!

À n’importe quel moment, le Maroc pouvait se retirer suite aux pressions américaines ou négocier un arrangement avec la FIFA au profit du trio nord-américain. Au contraire, le Royaume a continué de se battre jusqu’aux dernières minutes de jeu et a accepté le résultat final avec fair play. Ceci confortera l’image du Maroc en tant que pays souverain, sûr de lui, bon joueur qui n’a pas de leçons à recevoir des autres pays. Quatrième point positif.

Quel que soit le résultat final obtenu, je trouve que le Maroc est gagnant sur plusieurs niveaux. Il ne faut pas oublier aussi de féliciter le comité de candidature Morocco 2026 ainsi que les femmes et hommes de l’ombre qui ont travaillé sur ce projet avec engagement et abnégation. Là encore, je ne fais pas de politique mais dans ce genre d’évènement de cette taille, beaucoup de pressions et contraintes obligent certaines personnes à passer des nuits blanches pas obligatoirement pour de l’argent, mais pour l’amour de leur pays.

En conclusion, contrairement aux textes sacrés, David cette fois-ci n’a pas réussi à battre Goliath, mais il ne renoncera pas pour autant à sa Coupe du monde africaine.