MAROC
04/12/2018 10h:20 CET | Actualisé 05/12/2018 16h:23 CET

Monétique: Pour la première fois en 15 ans d'existence, le CMI fait face à de la concurrence

Les opérations de paiements par cartes marocaines auprès des commerçants affiliés au CMI ont totalisé un montant de 18,4 milliards de dirhams sur les 9 premiers mois de 2018

BFM Business

ÉCONOMIE - Bien que toujours déficitaire, Naps n’en a cure. Le nouvel opérateur monétique compte bien venir bousculer l’indéboulonnable leader national de la monétique, le CMI (Centre Monétique Interbancaire), qui de fait perd son monopole. Naps, filiale du groupe technologique M2M, table sur un chiffre d’affaires de 100 millions de dirhams à l’horizon 2020. L’entreprise qui a démarré en juin 2017 son activité en tant que nouvel acquéreur monétique met les bouchées doubles. Plusieurs commerçants à travers le pays ont été enrôlés dans l’aventure. L’entreprise assure traiter quelque milliers de transactions de paiements via 10.000 terminaux installés.

Disruption imminente 

Le groupe pétrolier Petrom vient d’annoncer le 2 décembre un partenariat avec Naps pour la mise en place des TPE de l’entreprise à travers l’ensemble du réseau de Petrom. Cela inclue les stations-services du pétrolier ainsi que l’ensemble de ses partenaires et distributeurs agréés dans les secteurs du transport et du commerce de détail, un réseau logistique énorme donc. Le plan de déploiement démarre avec 500 TPE pour atteindre plus de 10.000 TPE à horizon 2023. La plateforme d’acquisition sera exclusivement connectée au centre de traitement monétique de Naps pour des traitements de bout en bout.

Autre acteur de choix séduit par la filiale de M2M Group, Casa Transports. La SDL (société de développement local) a choisi la plateforme d’acquisition de Naps pour offrir aux passagers du tramway de Casablanca le paiement par cartes et NFC. Les TPE de l’entreprise serviront pour l’achat et la recharge des tickets directement sur les distributeurs automatiques installés à travers le réseau de Casa Transports. Ce dernier totalise actuellement 200 points de services tandis que 700 autres sont prévus à horizon 2020.

Le fait que l’acquisition ne passe pas par le CMI, sur des volumes aussi important que ceux que brassent Petrom et Casa Transports, est une première nationale.

Les deux annonces peuvent sembler anodines, mais le fait que l’acquisition ne passe pas par le CMI, sur des volumes aussi important que ceux que brassent Petrom et Casa Transports, est une première nationale et annonce les prémices d’une disruption prochaine du secteur.

Expérience versus technologie

Pour son activité acquéreur, Naps adopte une stratégie radicalement différente de celle du Centre Monétique Interbancaire. Tandis que le premier mise sur l’innovation technologique, naturel pour la filiale d’un groupe technologique, le deuxième  compte sur son expérience et une adaptation de sa grille tarifaire.

Le CMI met en exergue que les commissions qu’il prélève ne sont pas fixes. Le centre monétique interbancaire prélève, par exemple, une commission de 2,5% HT pour le secteur du prêt-à-porter, 0.25% HT chez les stations services ou encore 0,9% HT pour les magasins de proximité. Ces commissions dépendent de plusieurs variables dont le secteur d’activité du commerce, le volume des paiements par carte ou le risque d’impayés. Elles sont calculées par un pourcentage appliqué au montant de la transaction et qui comprend aussi des frais d’interchange qui, eux, ne vont pas dans les caisses du Centre Monétique Interbancaire. 

Les opérations de paiement par cartes marocaines auprès des commerçants et eMarchands affiliés au CMI ont totalisé, durant les 9 premiers mois de 2018, 42,6 millions d’opérations pour un montant de 18,4 milliards de dirhams, en progression de 27,1% en nombre et 18,5% en montant par rapport à la même période en 2017. À noter que l’encours des cartes bancaires émises par les banques marocaines a franchi le seuil symbolique de 15 millions de cartes, avec 15.000.845 cartes en circulation au 30 septembre 2018. L’activité monétique durant les 9 premiers mois de 2018 se caractérise donc par une forte progression de l’activité paiement des cartes bancaires marocaines en volume des paiements. “Le Centre Monétique Interbancaire a toujours accompagné ses clients par des baisses de taux de commissions, au fur et à mesure du développement des volumes de paiement par cartes bancaires. Les terminaux sont pour leur part offerts aux commerçants”, précise au HuffPost Maroc, Ismail Bellali, directeur général adjoint du CMI.

2017 a été une année pleine pour le CMI avec une progression des bénéfices de 43% et une rentabilité des fonds propres qui pointe à plus de 40%.

Mais concessionnaires automobiles, startups... se sont longtemps plaints de marges plantureuses, jugées colossales car le CMI, qui avait le quasi-monopole, disposait d’un “pricing power” élevé, au point de devenir plus rentable que les banques qu’il sert. À noter que 2017 a été une année pleine pour le Centre Monétique Interbancaire avec une progression des bénéfices de 43%, et une rentabilité des fonds propres qui pointe à plus de 40%, quand les meilleures banques sont, elles, aux alentours de 15%. Depuis l’entrée en scène de Naps, cette tendance est cependant moins apparente, le Centre Monétique Interbancaire initiant même une guerre des prix qui au final profite aux consommateurs et commerçants. “Sur les cartes marocaines, nous avons mis en place depuis quelques années un programme de baisse de commission qui fait suite au développement conséquent que connaît le paiement par cartes bancaires marocaines. Le taux de commission moyen sur les cartes marocaines est inférieur à 2%”, confie le DGA. 

L’opérateur monétique historique a aussi d’autres avantages à faire valoir. Son expérience d’une décennie et demi dans le domaine, des commissions négociées à la baisse ces deux dernières années ainsi que son parc de terminaux bien installés sont des “atouts indéniables”. “Le CMI restera l’opérateur monétique leader. Nous capitalisons sur l’expertise en solutions de paiement acquise et développée depuis une quinzaine d’année, ainsi que les nombreux partenariats avec les systèmes internationaux de paiement. Les solutions de paiements permettent aux commerçants et sites marchands d’accepter pratiquement tous les systèmes de paiement internationaux, en plus des systèmes classiques tels que Visa, Mastercard et American Express, les solutions de paiement du CMI acceptent les cartes Amex, Diners, Discover, JCB et UPI”, détaille au HuffPost Maroc Ismail Bellali. 

Naps trublion de l’acquisition

Naps espère redistribuer les cartes en adoptant un business model aux antipodes de celui de son concurrent. Cependant, l’entreprise se veut claire sur un point: si elle est le challenger naturel du CMI, sa vocation première n’est pas de grignoter directement sur les parts de marché du leader. Le management de l’entreprise assure au HuffPost Maroc cibler de nouveaux marchés à haute valeur ajoutée plutôt que les marchés historique du CMI, “pour ne pas fâcher son concurrent”.

Les déploiements prévus par Naps permettront de connecter 4.000 TPE sur les deux prochains mois.

Naps fait aussi les choses autrement et propose de louer ou de vendre les terminaux, à la charge des commerçants. À noter que les TPE de l’entreprise n’acceptent que les cartes Visa et Mastercard. En contrepartie, l’entreprise s’engage à ne pas appliquer des commissions variables aux commerces qui adoptent sa solution, ni de minimum requis pour profiter d’un taux avantageux. Le commerçant a aussi le choix d’opter pour un mode de tarification flexible qui consiste à indexer la commission acquéreur sur le niveau de flux réalisés sur le TPE. “Naps propose une tarification qui situe la commission acquéreur entre 0,5 et 0,8% en fonction des niveaux de flux et s’y rajoute les frais d’interchange qui sont destinés aux émetteurs des cartes ainsi que tous les frais de gestion des transactions qui transitent par notre réseau. Le modèle tarifaire est un élément de l’offre et nous ne rentrons pas dans une guerre des prix avec le CMI. Le potentiel est immense. Le réseau d’acceptation installé représente moins de 3% du total des commerces patentés. Nous avons plus de 1.5 million de commerçants à séduire par notre agilité et notre innovation”, explique le management de l’entreprise au HuffPost Maroc.

Les déploiements prévus pour les deux prochains mois permettront de connecter plus de 4.000 terminaux de paiement supplémentaires. Nous allons aussi équiper plus de 10.000 points de services sur les 6 prochains mois”, continue notre source. 

Bataille technologique

La bataille technologique peut sembler gagnée pour Naps, dont la maison mère est une entreprise marocaine spécialisée dans les systèmes électroniques de paiement. Il n’en est rien. Si la plateforme de la filiale de M2M Group est à la pointe, le CMI a mis les bouchées double pour ne pas se faire distancer technologiquement. “Dans un avenir très proche, nous allons accepter les moyens de paiement Alipay puis ceux de WeChat, deux canaux très utilisés par les Chinois”, confie a notre rédaction Ismail Bellali, DG adjoint du CMI.

La technologie de Naps se base pour sa part sur MX Plus, la plateforme de la maison mère, pour ses activités en tant qu’opérateur de paiement électronique. Pour la mise en place de sa plateforme monétique et son centre de traitement, M2M Group a mobilisé un investissement de 120 millions de DH, dont 70 millions ont déjà été engagés et ce depuis 2012.

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