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29/06/2018 11h:00 CET | Actualisé 29/06/2018 11h:00 CET

Mondial Russie 2018-Nos rêves, nos prières et nos désillusions

Maaloul a répondu qu’il prendrait sa décision après la prière de consultation “Salet al Istikhara”. C’est vous dire le hiatus qui sépare nos deux univers; le nôtre superstitieux et paranormal, le leur rationnel et scientifique.

Lars Baron - FIFA via Getty Images

On nous a promis monts et merveilles à propos de la participation de l’équipe nationale de Tunisie au Mondial 2018. On y a tout bonnement cru. Tout le pays s’y est mobilisé. Au tout début des préparations, Nabil Maaloul, rasséréné et confiant, aimait à seriner à la presse nationale et internationale que le deuxième tour est dans la poche, et que seul un quart de finale lui faisait du souci. Croyait-t-il vraiment en ce qu’il disait? Ou alors feignait-il d’y croire? De toute manière, notre coach national en parlait avec jactance comme s’il s’apprêtait à accomplir une prophétie.

Mais ce dont on est certain c’est que Maaloul comptait beaucoup, en fervent croyant, en l’intervention des anges du ciel pour rendre au centuple le potentiel de ses poulains. On le voyait prier le bon Dieu jusqu’aux larmes. On le voyait faire le Ramadan, lui et tous ses coéquipiers, lesquels interrompaient leurs matchs pour se sustenter à l’heure de la rupture du jeûne en simulant coups et blessures.

Sauf que toutes ces prières et toutes ces conjurations étaient vaines, elles n’ont pas l’air d’avoir été probantes dans l’au-delà. Le bon Dieu ne semble pas être séduit par ces fanfaronnades, seul le beau jeu, les cavalcades et les chevauchés footballistiques attirent son attention. Les deux prestations, la première contre l’Angleterre (2 à 1) et la seconde contre la Belgique (5 à 2) ont été on ne peut plus médiocre, piètre et morose. C’est comme si la Tunisie, qui compte malgré tout, quatre participations au mondial, celle de la Russie est la cinquième, et des clubs de foot centenaires se rangeait du côté des pays qui s’initient à peine au ballon rond. Pourtant la graine du foot a été semée en Tunisie il y a bien longtemps, depuis le début du vingtième siècle. Et c’est bien en 1923 que notre première coupe a été attribuée.

C’est surement pour cette raison que notre déception est si amère, surtout lorsque qu’on réalise que d’autres pays, sans traditions footballistiques, réussissent à rivaliser d’égal à égal avec des grandes nations. La Corée du Sud n’a-t-elle pas battu l’Allemagne champion en titre de la coupe du monde. L’équipe islandaise, composée presque d’amateurs lambda n’a-t-elle pas tenue la dragée haute à l’Argentine. Le Japon, risée de la planète foot il y a quelques années et qui jusqu’en 1993 ne possédait même pas de championnat, n’a-t-il pas battu la Colombie, et s’apprête aujourd’hui à défendre ses couleurs au deuxième tour.

On n’ira pas jusqu’à rêver de victoires éclatantes, mais c’est de la manière de jouer et de perdre de notre 11 national qu’on a été déçu outre mesure. Le Maroc, l’Iran, la Corée du Sud, même s’ils ont été battus au premier tour, ont tiré leur révérence la tête haute. Tenaces et ayant fait subir les sueurs les plus froides à leurs adversaires, pourtant plus forts qu’eux, Ils ont fini par gagner l’estime de leur nation et du monde entier.

À l’inverse, notre onze national s’est montrée, tout au long de ces trois matches, rétif, atone, sans panache aucun, terne et timoré. Son jeu était sans sel et sans inspiration. Il a brûlé nos rêves après nous les avoir vendus. Son coach, affublé d’un nez rouge, s’est ri de tout un peuple. Il nous a bel et bien menti. Et pour expliquer sa défaite après nous avoir raconté des sornettes, il n’avait rien à nous dire sauf que “c’était comme ça, on n’y pouvait rien, ils sont plus forts que nous, ils jouent dans les meilleurs championnats du monde, etc.”. Et en fin connaisseur des ressorts de la psychologie positive, il argua que le fait d’avoir crié victoire avant même de disputer les trois matches c’était pour que les joueurs y mettent du leur et bouffent le gazon. Enfin, cerise sur le gâteau, il rappelle, surtout aux oublieux, que le fait d’être qualifié au Mondial est en soi une victoire. Et voilà que le tour de prestidigitation est joué. Jamais, Maaloul n’a donné d’explication rationnelle liée aux erreurs techniques, aux schémas tactiques et surtout à la faiblesse collective de son équipe. Seul le fatalisme l’emporte dans sa manière de percevoir le foot. “Il n’y a pas d’autres solutions. C’est comme ça et point barre” assénait-il tout de go. Au fait, en quoi de pareilles platitudes nous auraient-elles étonnées surtout quand elles viennent d’un homme pris au piège de la bigoterie et de la superstition.

Bien sûr Nabil Maaloul oublie au passage que le foot est perçu aujourd’hui comme une science à part entière, il ignore aussi que la meilleure façon de préparer ses joueurs à tenir et à affronter les difficultés sur le terrain, c’est de leur faire prendre conscience de la réalité du potentiel de leur adversaire, quel qu’il soit.

Joachim Low, l’entraineur allemand, même s’il n’a pas réussi à qualifier la mannschaft au deuxième tour a réussi sa sortie du mondial. Avec élégance et classe, il a reconnu sa défaite. Contrairement, Nabil Maaloul use de circonlocutions pour nous divertir des réelles causes de sa débâcle. Il justifiait ses échecs cuisants en avançant des arguments qui ne tiennent pas debout. Mais ce qui frappe le plus c’est son attitude empreinte d’impunité, d’orgueil et d’autosuffisance. Les chiens aboient, la caravane passe.

Aujourd’hui, nos aigles de Carthage se sont mués, au cours de ce Mondial, en petits moineaux amorphes et asthéniques. Leurs échecs cuisants ajouteront de la confusion à la débâcle générale de notre pauvre fédération tunisienne de football. Certes, on tentera sans scrupules de surenchérir sur la petite victoire, au goût amer, contre cette petite équipe de Panama. On trouvera aussi d’autres arguments pour justifier cette déroute. Le but est de permettre aux mêmes fanfarons de demeurer à la tête de notre football. Interviewé à la fin de ce même match contre le Panama sur sa décision de continuer à entrainer l’équipe nationale, Maaloul a répondu qu’il prendrait sa décision après la prière de consultation “Salet al Istikhara”. C’est vous dire le hiatus qui sépare nos deux univers; le nôtre superstitieux et paranormal, le leur rationnel et scientifique.

Entre temps, le peuple, lui, retournera à son ronron quotidien, à sa réalité amère, à ses sempiternelles difficultés économiques, à ses logorrhées, à ses mensonges, ses folies et ses dérives. Et en somme, à ses rêves brisés, à ses prières et à ses désillusions.

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