MAROC
14/06/2018 10h:44 CET | Actualisé 14/06/2018 10h:45 CET

Mondial 2026: Trois leçons à retenir de la candidature malheureuse du Maroc

"Le Maroc a réussi à prouver qu'il pouvait tenir tête aux États-Unis jusqu'au bout".

Sergei Karpukhin / Reuters

FOOTBALL - Le couperet est tombé. Après des mois de campagne, de lobbying et de passes d’armes, c’est finalement la candidature conjointe des États-Unis, du Canada et du Mexique (United 2026) qui a été choisie pour organiser la Coupe du monde 2026.

“On aime bien les histoires sur les petits poucets qui renversent les géants. Malheureusement, cette fois, cela n’a pas été le cas”, explique au HuffPost Maroc Jean-Baptiste Guégan, spécialiste en géopolitique et auteur du livre Géopolitique du sport, paru aux éditions Bréal. “Quand on regarde les intentions de votes mardi soir, elles correspondent approximativement à celles obtenues mercredi matin. La campagne était belle pour le Maroc, donc c’est une défaite honorable”, estime-t-il.

Voici trois leçons à retenir de la candidature malheureuse du Maroc au Mondial 2026.

1. Une unité panarabe impossible

Pour le spécialiste, la victoire du trio nord-américain démontre la puissance du lobbying outre-Atlantique: “la candidature marocaine n’a pas réussi à faire l’unité africaine, les États-Unis l’ont fait éclater”. À cela s’ajoute une forte mobilisation des États arabes, notamment l’Arabie Saoudite, pour les Nord-Américains: “Ce qui se cachait derrière cette élection prétendument apolitique est une décision éminemment géopolitique. Si vous êtes alliés des États-Unis, vous les soutenez. Le tweet de Donald Trump qui menaçait explicitement les États arabes le rappelait” souligne le géopoliticien du sport.

Un lobbying pro-américain auquel a activement participé l’instance mondiale de football: “La FIFA a aussi expliqué aux fédérations que plus il y aurait de votes pour les Nord-Américains, plus il y aurait d’argent remporté par la Coupe du monde et plus il y aurait d’argent pour les fédérations, notamment les plus faibles. Ces éléments ont fait éclater la candidature panarabe. Mais il fallait s’y attendre, à partir du moment où l’Arabie Saoudite défiait le Maroc, l’unité panarabe était impossible”.

2. La FIFA, grand vainqueur du scrutin

Si le scrutin a mené à une victoire de United 2026, un autre grand gagnant se profile: la FIFA, et notamment son président Gianni Infantino: “le grand gagnant, c’est la FIFA et cela laisse croire une chose, c’est que l’ancienne FIFA n’est pas très loin de la nouvelle. Les seuls critères qui ont prévalu à mon sens sont ceux du rapport de force et de l’argent”, estime Jean-Baptiste Guéguan.

“La candidature du Maroc était imparfaite mais on était dans un pays de football, dans un continent de football, et là on va retourner pour une troisième fois sur le continent américain. On peut comprendre la déception”, continue l’expert.

3. Une campagne de com’ mondiale pour le Maroc

Cependant, malgré cette défaite, le royaume s’est tout de même offert une campagne de communication mondiale. “Je pense que ne pas avoir la Coupe du monde dans ces conditions est la meilleure nouvelle qui pouvait arriver au Maroc”, tranche-t-il.

“C’est finalement une défaite qui se transforme en victoire. Le Maroc a réussi à prouver qu’il pouvait tenir tête aux États-Unis jusqu’au bout. Certes il perd, mais il a proposé une candidature sérieuse et a prouvé au monde qu’il était capable d’accueillir une Coupe du monde. C’est-à-dire que pour des manifestations de moins grande importance, il pourra le faire”.

Car si le Maroc en est certes à sa cinquième candidature malheureuse pour l’organisation du mondial de football, les précédentes ont été moins commentées que celle pour 2026. “Ce que cherchait le Maroc, c’est une campagne de com’ mondiale. Il a réussi à mettre un coup de projeteur sur lui. Oui, aujourd’hui on parle de sa défaite, mais on n’a pas cessé pendant des mois de débattre sur son dossier. Alors que beaucoup de gens ignoraient le Maroc avant, aujourd’hui, on le connaît.”