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14/06/2018 11h:27 CET | Actualisé 14/06/2018 11h:40 CET

Mondial 2026: Les satisfactions d'une bataille perdue

"La deuxième satisfaction risque de choquer mes compatriotes."

Kevin C. Cox via Getty Images
Le président de la Fédération royale marocaine de football (FRMF), Fouzi Lekjaa, pendant le 68e Congrès de la FIFA, le 13 juin 2018 à Moscou (Russie). En arrière-plan, Moulay Hafid Elalamy, président du comité de candidature du Maroc pour l'organisation du Mondial 2026.

SPORT - Le 13 juin 2018 restera certainement comme une des pires dates dans l’histoire du sport africain. En effet, Maroc 2026 n’était pas juste une candidature nationale, mais comme à chaque fois, cette candidature incarnait le rêve de tout un continent. Et là dessus, la grande déception est venue de l’Afrique du Sud. Celle-ci, censée être la première à défendre une candidature africaine eu égard à son poids dans le continent, a opté pour une démarche colonialiste en votant pour l’ami de leur ancien colonisateur! Rien de choquant de la part d’un pays qui a toujours vu le Maroc comme un risque potentiel, notamment en matière d’investissements en Afrique.

Le but de cette tribune n’est pas de pointer du doigt les différents pays qui ont fait le choix absurde, à mon sens, de ne pas opter pour une candidature marocaine qui cristallisait une valeur essentielle dans le football, à savoir l’humanisme. Maroc 2026 offrait une belle vitrine dans ce sens, sans parler des retombées économiques et de leurs impacts positifs sur le développement humain pour un pays tel que le Maroc. Hélas, Infantino et la FIFA résonnent en dollars et rien qu’en dollars, jusqu’à ce qu’un scandale financier nous sépare...

Laissons de côté cette douleur qui mettra du temps à se faire oublier et parlons de satisfactions: la première est le vote africain. Si on exclut l’Afrique du Sud et les États gravitant dans son orbite, le Maroc a récolté 41 votes, 41 pays ont dit non au capricieux Trump qui menaçait sur Twitter ces pays s’ils ne votaient pas United 2026. 41 pays ont parfaitement conjugué la vision de développement africaine portée haut et fort par le roi Mohammed VI ces dernières années. Ce vote est plus que louable, car il démontre que le continent se réveille et ne compte plus dépendre de l’aumône des grandes puissances comme ce fut le cas dans le passé.

Ce vote est une leçon en termes de pragmatisme diplomatique.

La deuxième satisfaction risque de choquer mes compatriotes: c’est celle du vote anti-Maroc de nos “frères” des pays du Golfe. Ce vote est une leçon en termes de pragmatisme diplomatique; la langue de bois manipulant les valeurs communes et la religion devient caduque après ce vote. Et je dirais tant mieux: désormais chaque Etat ne jurera que par les intérêts suprêmes de sa nation et rien d’autre, loin des diktats idéologiques, tout cela naturellement sans toucher au respect mutuel entre les différents peuples, car rappelons-le, le vote du 13 juin est un vote étatique et non populaire. Dans le meilleur des scénarios, un Maroc 2030 répondra aux intérêts desdits pays si notre candidature arrive au stade final contre... l’Iran par exemple. J’allais écrire Israël, mais je ne suis pas sûr d’un vote pour le Maroc dans une telle situation.

La dernière satisfaction est celle relative à l’attitude constante de notre candidature, nonobstant le comportement froussard de Trump et enfantin d’Infantino. Le Maroc avait le droit de trembler au vu des enjeux tous sauf sportifs, mais le royaume est resté souverain dans sa démarche sans dévier ni renoncer à son objectif initial. Seul bémol, cette bataille contre des moulins à vent n’a pas été suffisamment exploitée à cause d’une communication qui n’a pas vraiment fonctionné. Ce fut la grande déception de la candidature marocaine.

L’intelligence diplomatique consiste à faire avec le “NO” mais surtout à capitaliser sur le “YES”. Le vote de l’Afrique du Nord pour le dossier marocain doit accélérer un travail de synergies à exploiter entre les différents pays de la région et cela à tous les niveaux, en commençant par le sport... Et qui sait, sur un malentendu, on pourrait éventuellement faire une candidature commune avec nos frères de l’est si toutefois ces derniers ne voient aucun problème à jouer leur demie finale à Dakhla. L’équipe d’Algérie aura tous les atouts pour arriver à un tel stade de la compétition, j’espère.