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11/06/2018 12h:46 CET | Actualisé 11/06/2018 12h:46 CET

Mondial 2026: Le Maroc a-t-il raté sa stratégie de communication?

"La communication est indispensable à la réussite de tout projet. Cependant, certains oublient que cette dernière nécessite une véritable préparation."

AIC PRESS

FOOTBALL - Certes, ce n’est plus le moment d’aborder ce type de sujet, d’évaluer ou critiquer telle stratégie ou décision. À l’heure où nous publions ces lignes, plus que deux jours nous séparent du jour du vote pour le pays organisateur du Mondial 2026.

Dans la dernière ligne droite, les efforts devraient se multiplier, les campagnes de communication devraient être rentabilisées par des soutiens effectifs, les supposés ambassadeurs de la candidature marocaine devraient multiplier leurs sorties médiatiques et leurs publications sur les réseaux sociaux, et le travail des membres du comité d’organisation devrait tourner à plein régime...

La dernière ligne droite de la campagne s’annonce particulièrement étonnante, elle est révélatrice d’un certain nombre d’indices! Des indices qui prouvent que l’organisation de la coupe du monde 2026 sera accordée au trio nord-américain.

La communication est indispensable à la réussite de tout projet. Cependant, certains oublient que cette dernière nécessite une véritable préparation. À mon sens, il convient de définir le concept: la stratégie de communication est tout simplement la manière dont une organisation prépare et coordonne sa communication. Il s’agit plus précisément de déterminer préalablement quels sont ses axes de communication (Moinot, 2014), aussi bien en interne (radio, presse écrite...), qu’en externe (fédérations de football...).

En effet, les intérêts d’une stratégie de communication sont multiples: elle permet en premier lieu d’optimiser nos relations extérieures, ensuite de véhiculer une bonne image du pays. Intéresser les autres fédérations et les inciter à voter pour le dossier marocain, c’est cela qui nous intéresse le plus à court terme!

Revenons à la candidature marocaine. À première vue, tout est parfait! Le Maroc a désigné un comité d’organisation présidé par le ministre de l’Industrie, le comité a dévoilé le 17 mars un spot publicitaire (plus de 114.000 vues sur YouTube), il a désigné des ambassadeurs de renommée internationale. Ensuite, les membres du comité se sont activés pour présenter le dossier aux différentes fédérations étrangères et gagner quelques soutiens de plus.

Mettons de côté nos émotions et analysons pragmatiquement les faits. Certes, le comité est présidé par le ministre de l’Industrie, mais on ignore complètement sa composition. Qui fait quoi au sein de ce comité? Qui sera évalué après le vote?

Au lieu de se concentrer sur ce qui est important, multiplier les visites aux différentes fédérations et négocier des accords de partenariat, le comité et les médias ont donné trop d’importance à la task force de la FIFA, des communiqués ont été publiés, des émissions spéciales ont été diffusées, le sujet a fait couler beaucoup d’encre dans la presse nationale, rien que pour véhiculer un discours de victimisation.

À quelques jours du vote final, bizarrement, l’engouement est en baisse, le sujet est peu évoqué dans les médias, la dernière vidéo publiée sur le compte officiel “Morocco 2026” sur YouTube date d’il y a trois semaines (mise à jour: une vidéo vient d’être publiée ce lundi 11 juin), aucune information claire et précise n’est disponible concernant les déplacements du comité d’organisation et la liste des pays qui soutiendront le dossier marocain. Enfin, aucune émission n’a discuté amplement des avis et de la note de la task force. Étrangement, les yeux sont braqués sur la Coupe du monde 2018, les matchs amicaux et les préparatifs des lions de l’Atlas.

Le comité a désigné un certain nombre d’ambassadeurs qui présenteront la candidature marocaine. En plus de stars légendaires du football marocain, Mustapha Hadji, Aziz Bouderbala, Mohamed Timoumi et Mehdi Benatia, le comité a fait appel a des icônes internationales: Roberto Carlos, Lakhdar Belloumi, Joseph-Antoine Bell, El Hadji Diouf, Khalilou Fadiga, Adel Chedli, Robert Kidiaba et Lothar Matthäus.

Avant d’exposer les réalisations de nos ambassadeurs, il s’avère là aussi nécessaire de définir le concept: en diplomatie, un ambassadeur est une personne chargée de représenter un État auprès d’un autre État. Ce terme a été repris par le marketing pour définir une catégorie précise de clients. En marketing, un ambassadeur est une personne qui réalise la promotion d’une marque, d’un produit ou d’une entreprise de manière spontanée (Galiana, 2016).

Le comité a publié sur YouTube plusieurs vidéos de ses ambassadeurs, dont une de quelques minutes avec El Hadji Diouf, qui a été vue plus de 12.000 fois. Mais est-ce suffisant? Roberto Carlos et Lothar Matthäus ont récemment fait le déplacement pour visiter Marrakech et tourner une émission. Mais à part deux photos et une vidéo postées tardivement sur le compte Instagram de Lothar Matthäus, il a fallu attendre dimanche soir pour que Roberto Carlos publie un simple photomontage de soutien au Maroc sur son compte Instagram officiel.

Enfin, si personne ne peut nier les potentielles retombées de l’organisation d’un tel événement sur l’image du pays, l’emploi et les infrastructures, une question intéressante devrait être posée: à quoi servira un stade de 50.000 supporters dans une ville où l’équipe première est en crise financière et joue au maximum devant 500 supporters?