MAROC
27/04/2018 12h:23 CET | Actualisé 27/04/2018 13h:04 CET

Mondial 2026: Donald Trump agite le spectre des sanctions sur les soutiens du Maroc

Des sanctions politiques au goût de chantage.

NICHOLAS KAMM via Getty Images

FOOTBALL - Il semblerait que Donald Trump manifeste enfin de l’intérêt pour l’organisation du mondial 2026... Dans un tweet publié ce vendredi 27 avril, le président américain menace de sanctions politiques les pays qui ne voteraient pas en faveur de la candidature tripartite nord-américaine. 

Jusque-là silencieux quant à l’organisation de la Coupe du monde de football 2026, Donald Trump sort de sa réserve et charge les pays qui apporteront leur soutien au candidat rival, en l’occurrence le Maroc.

“Les Etats-Unis ont mis sur pied une candidature FORTE avec le Canada et le Mexique pour la Coupe du monde 2026. Ça serait une honte si les pays que nous avons toujours soutenus décident de faire campagne contre la candidature américaine. Pourquoi devrions-nous soutenir des pays qui ne nous soutiennent pas (y compris aux Nations Unies)?” a lancé le président via un tweet, son outil de communication favori.

Cette sortie, pour le moins offensive, intervient quelques jours après les rumeurs et allégations qui ont ébranlé les instances dirigeantes de la Fifa: d’une part, Gianni Infantino, président de la Fifa dont l’intérêt pour le dossier américain est de plus en plus manifeste et d’autre part, sa secrétaire générale Fatma Samoura, accusée de soutenir le Maroc.

Cette déclaration pourrait même traduire une certaine inquiétude suite aux manifestations de soutien qui se multiplient envers le Maroc, qui compte parmi ses alliés de poids la France, la Russie, les pays membres de la Ligue arabe et presque l’ensemble du continent africain. 

Une énième démonstration de force diplomatique 

Au cours des derniers mois, une succession d’événements, certains liés au football et d’autres n’ayant rien à voir avec, ont rendu l’issue de ce vote pour le mondial 2026 beaucoup plus incertaine. Si on s’attarde sur le côté technique, la candidature nord-américaine paraît pour beaucoup d’observateurs indéniablement supérieure au Maroc. Cependant, le monde veut-il vraiment faire une faveur aux États-Unis en lui attribuant l’organisation de cette compétition?

En réponse à ceux qui doutent encore, le tweet du président américain sonne comme une piqûre de rappel du pouvoir et de la force de la première puissance mondiale. “Pour Donald Trump, tout est matière à placer son pays dans une dynamique un peu victimaire. Il appelle chaque jour ses alliés à respecter les États-Unis, qui aident économiquement et militairement le monde entier”, analyse pour le HuffPost Maroc Thomas Snegaroff, journaliste historien spécialiste des Etats-Unis contemporains. “Il présente les États-Unis comme un pays qu’on ne respecte pas assez et victime d’une non-réciprocité malgré sa grande générosité. Tout est donnant-donnant avec le président américain, il agit comme un ‘deal-maker’ et usera de la force s’il n’obtient pas ce qu’il veut”.

Un chantage assez rudimentaire adopté par l’administration Trump comme principal outil diplomatique, et dont elle n’avait pas hésité à faire usage en janvier dernier lors de l’assemblée générale des Nations Unies sur le statut de Jérusalem, où l’ambassade américaine a décidé unilatéralement de s’installer. “C’est d’ailleurs une méthode qu’il emploie sur des sujets plus sérieux que la Coupe du monde. Il mélange tout, politique, économie, rapports de force militaires, peu importe, l’important c’est de montrer qu’il est respecté et qu’il a les cartes en main. Et compte tenu des rapports internationaux, ce genre de rapport de force marche”, souligne Thomas Snegaroff.

Si la politique internationale de Trump n’est pas vue d’un bon oeil par de nombreux pays depuis son avènement à la présidence des États-Unis, les récentes menaces émises pourraient changer la donne auprès des 207 fédérations qui voteront le 13 juin prochain pour élire le pays hôte du mondial 2026.

Et elles semblent avoir porté leur fruits auprès des fédérations de la Confédération sud-américaine de football (Conmebol), qui ont récemment apporté leur soutien à la candidature nord-américaine, malgré les enquêtes du ministère de la Justice américain sur des affaires de corruption parmi les dirigeants de certaines fédérations sud-américaines.