MAROC
24/05/2018 16h:47 CET | Actualisé 08/10/2018 17h:49 CET

Mondial 2018: suite à un piratage, la chaîne beIN Sports diffusera gratuitement des matchs de la compétition

L'empire audiovisuel du Qatar ne contre-attaque pas et cède face aux hackers.

Christian Liewig - Corbis via Getty Images

FOOTBALL - La chaîne sportive beIN Sports retransmettra gratuitement 22 matchs des équipes arabes au mondial en Russie, dont ceux des Lions de l’Atlas. À l’origine de cette décision quelque peu surprenante de la chaîne, une sombre histoire de piratage où se profile l’ombre de l’Arabie saoudite. 

En effet, un bouquet satellite fantôme fait trembler l’empire télévisé qatari. La chaîne beOutQ s’apprête à diffuser de manière intégrale l’ensemble des matchs de la compétition, soit 64, sans payer aucun droit média et ce en détournant les contenus du groupe dirigé par Nasser Al-Khelaïfi, qui débourse des milliards pour obtenir de manière exclusive les droits de diffusion des compétitions les plus prestigieuses au monde.

D’après The Independant, l’Arabie saoudite a piraté le groupe qatari en utilisant un service satellite “géo-verrouillé” de sorte que seuls les utilisateurs du royaume puissent y accéder en payant une somme de 107 dollars. La chaîne diffuse exactement les mêmes programmes que beIN et avec les mêmes experts et commentateurs. La différence s’illustre par un retard de dix secondes et le logo beOutQ superposé. D’ailleurs, le nom du bouquet pastiche beIN Sports, ajoutant une dimension grotesque à cette histoire de piratage.

Rompre le monopole qatari 

L’affaire a pris une ampleur inhabituelle lorsque les soupçons de l’implication saoudienne se sont confirmés. A ce sujet, les patrons de beIN ont déboursé près de 160.000 dollars pour tenter de découvrir comment le bouquet puisait dans les images et les retransmettait sans y avoir un accès permanent. Une tentative non aboutie qui a toutefois permis de retracer le signal beOutQ jusqu’à Riyad, capitale du royaume saoudien, alors que leur site indique un partenariat entre deux entreprises cubaines et colombiennes. 

“Le signal piraté est transmis par le fournisseur de satellites basé à Riyad, Arabsat, dont le principal actionnaire est le royaume d’Arabie saoudite” avait déclaré, il y a quelques jours, Tom Keaveny, directeur général de beIN.

Impuissant face à cette vaste opération de piratage qui dure depuis 10 mois et qui n’est pas le fruit d’“un simple hacker dans sa chambre” mais émane d’une puissance possédant des moyens financiers de plusieurs millions de dollars, selon Keaveny, l’empire audiovisuel du Qatar ne contre-attaque pas et diffusera gratuitement 22 matchs des équipes arabes qui prendront part à la compétition, soit le Maroc, l’Egypte, la Tunisie... et l’Arabie saoudite. 

D’après la presse arabophone, cette décision est justifiée par une baisse des usagers suivant les chaînes sportives du groupe beIN, l’abonnement étant beaucoup trop cher pour la plupart des téléspectateurs du monde arabe. 

La querelle entre les deux puissances du Golfe avait débuté en juin dernier, gelant, par la suite, tout échange commercial entre eux dont le retrait des licences du géant du sport télévisé et un blocus imposé à Doha. Dès lors, les Saoudiens ont interdit la vente de décodeurs beIN et empêché les clients existants de payer des abonnements à la chaîne sportive, engendrant ainsi 17% d’abonnés en moins et des centaines de millions de dollars de pertes.

Selon Le Monde, après la rupture diplomatique entre l’émirat et le royaume des Saoud, des membres éminents de la société saoudienne, dont le conseiller du prince héritier Mohammed Ben Salman, promettaient la “fin de l’ère beIN Sports”.