MAROC
12/04/2018 08h:45 CET

Mohamed Hassad, la tentation du retour

L’ancien ministre de l’Intérieur déroule une mécanique qui pourrait le conduire à la tête de la cinquième force politique du pays.

FADEL SENNA via Getty Images

POLITIQUE - “Never explain, never complain”. En fin connaisseur des règles non écrites du sérail, Mohamed Hassad a fait sienne cette maxime de la couronne britannique, depuis son brutal limogeage du ministère de l’Éducation lors du grand remaniement de l’automne dernier. Cette stratégie d’effacement mutique, couplée à de solides relais forgés sur l’autel des solidarités que seul l’exercice de l’État pendant de nombreuses années peut construire, a conduit à le remettre peu à peu au cœur des discussions des cercles de pouvoirs, comme
possible futur patron du Mouvement Populaire (MP), à quelques mois du congrès de ce parti. Tel une araignée tissant sa toile, l’ancien ministre de l’Intérieur déroule désormais une mécanique qui pourrait le conduire à la tête de la cinquième force politique du pays.

Sa traversée du désert, Hassad aurait en effet pu en écrire chaque séquence, dessiner chaque atermoiement, voire anticiper les regards qui se détournent et les téléphones qui ne répondent plus. Car au cours de sa longue carrière au cœur du pouvoir marocain, entamée sous le règne de Hassan II, cet homme connu pour son immense capacité de travail ainsi que son efficacité dans l’exécution a été le témoin privilégié de nombreuses mises à l’écart, ainsi que de plusieurs retours au premier plan. Cette expérience s’avèrera précieuse pour gérer le stress engendré par la perte du pouvoir.

Selon plusieurs sources concordantes, les mois qui ont suivi son départ précipité de l’exécutif ont été pour Hassad une occasion de se recentrer sur son cercle privé, et de s’adonner à un exercice quotidien de marche qu’il affectionnait tant, et dont il fut longtemps privé lors de son passage à la tête de la “mère de tous les ministères”. Assistant régulièrement aux activités du parti, il a également mis à profit cette période pour se replonger dans la lecture d’ouvrages stratégiques et a approfondi son analyse des défis économiques du Maroc, selon plusieurs sources proches de l’ex ministre. Surtout, Hassad s’est astreint à une discipline de fer en ne commentant jamais, même dans un cercle privé, la décision royale de l’écarter du gouvernement suite au rapport de la Cour des comptes sur la gestion du contrat-programme d’Al Hoceima.

Et cette stratégie s’est avérée, selon plusieurs sources fiables contactées par le HuffPost Maroc, payante. Peu à peu, le téléphone s’est remis à sonner. Les sollicitations aussi, et son nom a commencé à être de nouveau évoqué dans les salons de Rabat pour potentiellement prendre des “responsabilités importantes” à partir de l’été. Il n’en fallait pas plus pour que la formidable machine à fabriquer de la rumeur se mette en branle, annonçant tour à tour le polytechnicien à la tête d’une grande entreprise nationale, d’une super-agence, ou encore comme membre du gouvernement.

Toutefois, selon plusieurs sources concordantes, c’est bien le parti du Mouvement Populaire qui serait dans le viseur de Hassad, lequel construit patiemment mais résolument le chemin qui lui permettrait d’y parvenir, en se positionnant notamment comme producteur de doctrine et en apportant sa connaissance des enjeux de développement pour esquisser un nouveau programme politique. Autre atout maître dans la manche de Hassad: sa crédibilité auprès des milieux d’affaires.

Mais ce chemin n’est pas de tout repos, car depuis l’annonce de l’actuel patron du MP, Mohand Laensar, de son intention de ne pas se représenter, les couteaux s’aiguisent au sein du courant Haraki, avec deux candidats de poids et une offensive “réglementaire” qui vise à modifier les statuts du parti pour l’empêcher de présenter sa candidature.

Pour prendre la tête du MP, il faudra en effet à Hassad d’abord neutraliser Mohamed Ouzzine. Ce dernier, limogé lui aussi du gouvernement le 7 janvier 2015 sur fond de scandale dans son département de la Jeunesse et des sports, est connu pour sa capacité manoeuvrière au sein du parti ainsi que les alliances quasi-tribales qu’il a réussi à nouer au cœur de l’appareil décisionnel du parti. Comme Hassad, Ouzzine a démontré qu’il était capable de survivre à -presque- tout, l’homme étant régulièrement la tête de turc des réseaux sociaux pour ses sorties intempestives. Autre poids lourd, le patron des députés du
MP, Mohamed Moubdi, qui ne cache plus son envie d’en découdre. Enfin, il n’est pas exclu qu’un candidat de dernière minute sorte du chapeau.

Qui sortira vainqueur de cette lutte partisane? Bien que Hassad semble tenir la corde pour l’instant, il lui faudra tenir encore et continuer à construire son réseau interne pour espérer l’emporter en septembre prochain. Cinq longs mois le séparent de ce possible retour .