LES BLOGS
08/06/2018 10h:55 CET | Actualisé 08/11/2018 19h:50 CET

Mohamed Aïssa s’en va en guerre contre les "églises-poulaillers"

Revenons à ces ”églises-poulaillers” critiqués par Mohamed Aïssa, dont le nom est, pourtant, tout un programme de tolérance. Pourquoi les chrétiens prient-ils donc dans des locaux précédemment infects et malodorants?

BERTRAND GUAY via Getty Images

“Des poulaillers transformés en lieux de culte !!!” Celui qui s’exclame ainsi, scandalisé, n’est pas un “nasrani” révolté par les restrictions frappant en Algérie les “awlad sidna Aïssa”. Non, c’est Mohamed Aïssa, notre ministre des Affaires religieuses, dans une déclaration sur les cultes non musulmans faite lors d’un concours international de récitation du Coran.

Mohamed Aïssa est excédé par le peu de considération dans lequel certains chrétiens tiendraient leur religion, en acceptant de prier dans d’ex-basses-cours. Si les autorités ne permettent pas l’ouverture de nouvelles églises, doit-on conclure avec lui, ce n’est pas par discrimination, non, c’est par respect musulman pour la foi nazaréenne, Dieu ne souffrant pas que des prières lui soient adressées dans des lieux ne correspondant pas à la norme ISO de la communication spirituelle.

Mohamed Aïssa, cet éclairé-obscur, aime les surfaces planes, uniformes, sans aspérités. Tout “tolérant” qu’il soit, il est troublé par la différence. Il n’aime pas les salafistes, mais il n’aime pas non plus les ahmadis, que les premiers abhorrent autant que lui sinon davantage. Il n’aime pas les fébriles évangélistes qui œuvrent à christianiser la planète tout entière, l’heure du Jugement dernier étant près de sonner, mais il n’aime pas non plus les catholiques, pour lesquels les évangélistes sont de parfaits hérétiques.

Bref, sans ségrégation aucune entre musulmans et non-musulmans, il sévit contre tout ce qui ne ressemble pas à du “sunnisme malékite”, rite réputé aussi simple et naturel que la vie de nos ancêtres les Numides. Avec lui, pour soi-disant lutter contre le wahhabisme, l’Etat est en train de faire du malékisme une sorte de sous-doctrine officielle, auréolée de son passé autochtone - lequel, certes, est long, mais moins long, tout de même, que le passé de l’ibadisme, aujourd’hui minoritaire.

Mais revenons à ces ”églises-poulaillers” critiqués par Mohamed Aïssa, dont le nom est, pourtant, tout un programme de tolérance. Pourquoi les chrétiens prient-ils donc dans des locaux précédemment infects et malodorants ? Le spectre de millions de têtes caquetantes les aide-il à mieux communiquer avec le ciel ? Non, les chrétiens prient dans d’ex-poulaillers parce qu’un ministère des Affaires religieuses, au 21e siècle, restreint leur droit de construire des lieux de culte décents.

Il n’y d’ailleurs pas que les chrétiens qui prient là où ils peuvent. En France, dans certaines municipalités islamophobes, les musulmans pratiquent leur religion dans des lieux peu adaptés. Leurs pieux ancêtres arabes eux-mêmes, avant l’époque des conquêtes musulmanes qui ont vu se transformer en mosquées tant de temples et de cathédrales, construisaient des lieux de prière là où ils le pouvaient. Cela allait de soi, d’autant qu’en Arabie païenne, il n’existait ni Etat ni ministre tatillon des Affaires religieuses.

Tout connaisseur de l’histoire islamique sait que la mosquée du Prophète, à Médine, a été érigée sur l’emplacement d’un enclos pour dromadaires. Et encore plus près de nous, dans le temps et dans l’espace, la plus haute mosquée du monde, que nous appelons par humilité “la Grande mosquée d’Alger”, ne s’élève-t-elle pas sur ce qui fut des caves à vins de l’ONCV?

Loading...