MAROC
15/10/2019 14h:51 CET | Actualisé 15/10/2019 14h:55 CET

Moga 2019: "La tête d'affiche du festival, c'est Essaouira"

La 3e édition du festival électro s'est achevée lundi au petit matin. Retour, avec Matthieu Corosine, producteur et co-organisateur du festival, sur les ambitions d'un "petit" événement qui entend bien devenir grand...

Momo Filali
Festival Moga

MUSIQUE - Fin de party! Le festival Moga s’est achevé lundi 14 octobre au petit matin, après trois jours de fête dans l’enceinte du Sofitel d’Essaouira. 60 artistes et DJs se sont succédé sur quatre scènes face à plus de 6.000 festivaliers qui ont dansé aux rythmes des musiques électroniques. Matthieu Corosine, producteur et co-organisateur du festival, s’est confié au HuffPost Maroc sur cette 3ème édition du festival et ses ambitions.

HuffPost Maroc: Quel bilan dressez-vous de ces trois jours de festival? 

Matthieu Corosine: Mortel! On est super contents. On a beaucoup travaillé sur ce projet. Quand tu fais 25 repérages, 150 réunions, que tu envoies 1 milliard de mails et que tu te projettes, pendant un an, sur ce à quoi ça va ressembler, et qu’effectivement ça ressemble à ce que tu as imaginé dès le début, c’est très satisfaisant. En plus, on a la récompense du public qui a été nombreux et qui nous a fait de très bons retours. Aussi, au delà de l’aspect financier, le fait d’avoir des retours incroyables des artistes, des clients, des partenaires, des autorités, des officiels etc., c’est vraiment extraordinaire!

Quelle était la valeur ajoutée de cette édition par rapport aux deux précédentes?

Cette année, on a vraiment essayé de mettre l’accent sur l’accueil du public, on a essayé de faire en sorte que tout soit fluide, qu’on travaille l’expérience des festivaliers. On a des gens qui ne sortent pas forcément tout le reste de l’année, qui ne sont pas forcément des fêtards, mais qui viennent ici parce qu’ils savent qu’ils vont passer un bon moment. Et ce “bon moment”, on a essayé de le travailler au mieux, d’avoir plusieurs zones dans le festival, de travailler la décoration, de garantir une meilleure fluidité. Mais on mène également l’expérience en dehors des concerts, avec des workshops, des interventions, des cours de yoga et de cuisine. Le but est aussi de faire découvrir la ville. Car, depuis le début, la tête d’affiche du festival, c’est Essaouira. C’est vraiment l’artiste n°1. Quand on vient à Moga, on vient aussi pour Essaouira, manger du poisson à la sortie de pêche, se balader dans les souks, etc. On a voulu mettre la ville au centre du festival, pour pousser le concept d’expérience des festivaliers à fond.

Comment essayez-vous de vous démarquer par rapport à d’autres festivals de musique électronique comme l’Oasis ou l’Atlas Electronic?

Je ne nous considère pas comme des concurrents mais comme des acteurs de la scène électro au Maroc. On est tous différents, avec un projet et une vision des choses différentes. On ne se compare pas entre nous. On est vraiment, selon moi, aux balbutiements de cette nouvelle scène électro marocaine. J’aimerais même qu’on ait plus de festivals, car c’est à travers l’offre qu’on crée le marché, qu’on crée l’engouement, qu’on fait découvrir des expériences artistiques aux gens, qu’ils commencent à se positionner sur la question de savoir ce qu’est un bon festival. Plus il y aura de festivals, plus il y aura une émulation positive et les organisateurs voudront se mettre au meilleur niveau chaque année. C’est ça qui créera le marché. C’est très important, pour nous, de créer cette dynamique et, finalement, de faire prendre beaucoup de plaisir aux gens.

Ces festivals sont, cependant, réservés à une certaine élite. Ils ne sont pas à portée de bourse et sont souvent organisés dans des lieux luxueux...

Nous sommes assez jeunes comme festival, et nos ambitions dépassent largement les murs du Sofitel. Comme je le disais, tout à l’heure, la tête d’affiche, c’est Essaouira. L’idée, c’est que le festival s’étende, sur, peut-être, plus de jours, plus de lieux, que quand on arrive au Moga, on fasse un jour ici, un autre jour dans un autre lieu, etc. Et ça, c’est vraiment ce que propose Essaouira. Il y a des lieux incroyables à exploiter, des riads cachés qui n’ont rien à envier à ce qu’on peut trouver à Marrakech, par exemple. On aimerait faire de ce festival un mini BPM (festival électro au Mexique, ndlr), voire un micro Sonar (festival électro à Barcelone, ndlr) avec d’autres disciplines, d’autres musiques, travailler le “off”, les événements parallèles au “main event”, dans plusieurs endroits. On aimerait attirer autour de nous des labels et collectifs. A terme, on veut “occuper” cette ville qui est juste dingue!

Financièrement, vous rentrez dans vos frais?

Non, pas du tout! Mais on est sur la bonne voie. Pour rentrer dans ses frais, d’abord, il faut investir. On est au tout début du festival, dans la phase d’investissement. On ne considère pas ça comme une perte, mais bien un investissement parce qu’on compte être encore là pendant les 10, 20 prochaines années. Quand on investit, on investit sur une image, et sur la crédibilité. Pour que le festival soit rentable, il faut qu’on génère des recettes ailleurs que sur la billetterie, et, pour ça, il faut convaincre des partenaires, des institutions. Il faut qu’ils aient confiance en nous. On doit donc fournir un énorme travail et montrer de quoi on est capables. Et pour cela, on est obligés d’investir. Pour l’instant, nos voyants sont au vert.  

Justement, au niveau des partenaires, des institutions, des autorités locales... Est-ce qu’ils ne sont pas trop frileux à l’idée de soutenir un événement de ce genre?

Étonnement non, et c’est aussi pour ça qu’on est à Essaouira, qui est une ville de culture, de festivals. C’est une ville qui a l’habitude d’accueillir chaque année 100.000 personnes pendant le festival Gnaoua et qui sait ce que c’est que d’accueillir un festival de musique. On a, d’ailleurs, le soutien de M. André Azoulay, qu’on a rencontré au tout début parce qu’on est dans “sa” ville et il nous a donné sa bénédiction pour faire ce festival. Du coup, on se sent très soutenus au niveau des autorités, on fait des réunions avec le gouverneur, le wali, le caïd... Ils veulent que ça se passe bien donc ils nous mettent dans des conditions extraordinaires, qu’on ne pourrait même pas avoir dans d’autres pays. On se sent en sécurité. Notre objectif n’est, cependant, pas de chercher des subventions publiques. Le festival doit se développer par lui-même et créer un écosystème viable et fiable.

Prévoyez-vous une “saison 4”?

Bien sûr! Je peux même vous annoncer qu’il y aura une saison 14 (rires). On est déjà à fond dans les préparatifs. On part à Amsterdam cette semaine à l’ADE (Amsterdam Dance Event), qui est le plus grand rassemblement de musique électronique au monde. On va rencontrer des agents, des managers, aller benchmarker dans plusieurs soirées pour voir ce qui va marcher l’année prochaine, quelles sont les nouvelles tendances, etc. Toute l’équipe organisatrice est prête à en découdre! (rires). 

C’est quoi, finalement, “l’esprit” du festival Moga? 

Moga, c’est un métissage. C’est vraiment ce qui nous caractérise, même au niveau de l’équipe organisatrice. On a, par exemple, des gens qui ont pris l’avion d’Australie cette année, pour être bénévoles parce qu’ils ont adoré le festival l’année dernière et ils voulaient faire partie de cette aventure! J’en parle et j’ai la chair de poule... Ça, ça nous motive vraiment à continuer. On organise des dizaines d’événements en France et ailleurs, mais Moga, c’est notre chouchou, il y a une vibe unique ici, les gens viennent de partout, c’est un autre monde, une sorte de bulle qui donne envie de revenir. L’histoire du Moga, on a commencé à l’écrire, mais il y a encore plein de pages à raconter!