MAROC
22/03/2019 18h:26 CET

Mission sanitaire à la Mecque: Les médecins marocains de plus de 50 ans ne sont plus éligibles

Les médecins menacent de boycotter ces missions.

Zohra Bensemra / Reuters

SANTE - La décision déplait aux médecins du secteur public. Le 20 mars, le ministre de la Santé, Anass Doukkali, a publié une circulaire modifiant une autre datée du 29 janvier dernier, concernant la constitution des missions sanitaires accompagnant les pèlerins marocains. La modification porte sur le critère de l’âge qui n’est plus limité à 58 ans mais plutôt à 50 ans. Un changement effectué à la demande du ministère des Affaires islamiques, d’après les références contenues dans la circulaire citant une lettre du département d’Ahmed Taoufik datant du 13 février. Le ministre de la Santé a dû ainsi prolonger la période de candidature à ces missions au 29 de ce mois rappelant que “la mission fondamentale de ces missions est d’encadrer, veiller et servir le pèlerin marocain”.

“Est-ce que cela veut dire que le personnel de santé de plus de 50 ans n’a pas la capacité d’assurer cette mission? Si c’est le cas, vous n’avez qu’à les autoriser à prendre leur retraite anticipée”, écrit le secrétaire général du Syndicat national de la santé, affilié à la CDT, Dr. Mustapha Chennaoui, au ministre de la Santé. Une lettre dans laquelle ce syndicat exprime son étonnement face à “une décision imprévisible”, estimant que la modification du critère de l’âge est une forme de sanction discriminatoire envers ceux et celles qui ont consacré leur vie au service de la santé publique. 

“Nous avons adressé notre lettre au ministre hier. Il n’a pas donné suite, pour l’instant, mais nous estimons que sa décision est arbitraire”, déclare Dr. Chennaoui, qui est également député de la Fédération de la gauche démocratique (FGD). Pour ce dernier, revoir cette décision s’impose au risque que ces missions médicales à la Mecque soient boycottées. “Le ministère des Affaires islamiques n’a pas à imposer ses directives arguant que le personnel doit avoir la force physique de rester au service des pèlerins 24h/24. Le ministre de la Santé n’a pas défendu son personnel”, regrette Dr. Chennaoui.

Ce dernier estime que rien ne légitime ce nouveau critère d’âge. “Chaque année, dans les régions qui souffrent de vagues de froid, qui sont enclavées, est-ce que les médecins et infirmiers ont tous moins de 50 ans?” s’interroge le député convaincu que la décision est à la fois “injuste” et “infondée”. 

Si ce critère est maintenu, les médecins n’hésiteront pas à brandir le boycott de ces missions. Le bureau national du Syndicat indépendant des médecins du secteur public a publié, d’ailleurs, ce vendredi, un communiqué pour mettre en garde contre la tension que cela pourrait susciter. “Le critère de l’âge n’a jamais été en contradiction avec la compétence requise dans cette mission”, fustige ce syndicat, appelant ces médecins à “boycotter les candidatures durant cette période supplémentaire en solidarité avec ceux qui avaient déjà déposé la leur”.  

En effet, cette décision impose automatiquement la révision de toutes les demandes déposées depuis fin janvier et l’élimination de tous ceux dont l’âge dépasserait 50 ans. “Dans chaque province, la délégation reçoit des candidatures selon le quota dont elle dispose. Une fois la collecte des candidatures terminée, une commission procède à leur traitement”, explique Dr Chennaoui. Et de souligner que la sélection élimine, en principe, ceux qui avaient déjà participé à ces missions ainsi que des spécialistes. “Ce sont surtout les médecins qui s’occupent de soins ambulatoires dans les urgences qui sont pris, car le travail auprès des pèlerins relève d’un service quotidien”, ajoute-t-il. 

Entre 200 et 300 médecins et infirmiers participeraient annuellement à ces missions d’accompagnement des pèlerins marocains.