MAROC
19/03/2018 16h:02 CET

Minorités religieuses: une association attendue pour le mois d’avril

Une rencontre consultative réunira fin mars les défenseurs d'une cause considérée comme "légitime".

Godong via Getty Images

LIBERTÉS RELIGIEUSES - Malgré les péripéties, le projet suit son chemin. Après une première réunion plutôt mouvementée, le 13 janvier dernier, l’élaboration du statut de l’Association marocaine des minorités religieuses sera de nouveau au cœur d’une rencontre consultative le dimanche 25 mars au siège du Parti marocain libéral (PML) à Rabat. Le Comité marocain des minorités religieuses vient de lancer un appel aux militants/partisans et aux personnes intéressées par la liberté de culte à y prendre part. Objectif: apporter leur eau au moulin de “la légitimité de constituer un cadre associatif axé sur les questions liées aux minorités religieuses”, explique le comité dans une feuille de route qu’il a établie comme base au débat du dimanche prochain. Et d’ajouter que son appel vise également ”à mobiliser des acteurs civils pour renforcer les compétences du comité” par leurs expertises dans le domaine.

“Le but escompté est de déposer le statut de l’Association marocaine des minorités religieuses au mois d’avril prochain”, annonce au HuffPost Maroc le coordonnateur du Comité marocain des minorités religieuses, Jawad El Hamidi. À cette réunion consultative, des organismes et associations représentants les minorités religieuses, dont les baha’is et les chiites, ont été invités. “Une vingtaine de personnalités, dont des avocats, des militants des droits de l’Homme et des penseurs seront au rendez-vous. Nous voulons enrichir notre projet sous différents aspects”, affirme Jawad El Hamidi.

La quête ne sera pas facile. Le congrès que ce comité avait tenu 18 novembre 2017 sur “La liberté de conscience et de croyance, entre le débat de
reconnaissance et la question de cohabitation”, avait été marqué par des désistements de dernières minutes. Des invités s’étaient retirés du congrès qui avait par ailleurs dû changer de lieu lorsque son hôte s’était lui aussi désisté.

Pour Jawad El Hamidi, “cette frilosité” vis-à- vis du sujet n’a pas changé depuis. “Pour cette réunion consultative que nous sommes en train de préparer, un intervenant s’est déjà retiré, ainsi qu’un organisme qui nous a confié avoir des réserves idéologiques sur l’intitulé des minorités religieuses”, confie le coordinateur, ajoutant que “la surveillance constante par les autorités” de ce genre d’événements n’arrange pas la situation.

Quant au lieu dans lequel se tiendra cette réunion, au siège du Parti marocain libéral (PML) à Rabat, Jawad El Hamidi tient à préciser qu’il ne s’agit pas de lier un parti quelconque au projet des minorités religieuses. “Nous n’avons pas réussi à trouver un espace pour abriter notre réunion d’autant que c’est un dimanche. Le PML n’a montré aucune objection, mais il est vrai qu’un de nos invités refuse de venir en raison du parti. Pour nous, c’est une simple alternative”, souligne-t- il.

Une cause méconnue

Jawad El Hamidi estime, par ailleurs, que la cause pour laquelle milite le comité qu’il représente fait souvent l’objet de confusion. “Lorsque nous appelons au respect des libertés, nous nous limitons à celles d’exercer son culte uniquement. Certains pensent que nous défendons l’athéisme et l’homosexualité, mais ce n’est pas vrai. J’ai même lu des articles qui l’affirment. Je suis surpris par ces thèses avancées sans aucune vérification préalable auprès des concernés”, déplore le coordinateur du comité.

C’est la conviction qui permet finalement à ce projet d’avancer, à en croire Jawad El Hamidi pour qui le congrès du 18 novembre a eu pour avantage d’identifier des militants indépendants pour la cause des minorités religieuses.
“Nous irons jusqu’au bout de notre projet. Nous ne nous attendons pas à ce qu’on nous accorde facilement la reconnaissance, mais nous sommes désormais prêts à entamer un combat juridique pour y arriver”, prévient le coordinateur du comité.

Ce combat concernera, en premier lieu, l’intitulé de l’association. “La catégorie minorité religieuse semble poser problème auprès de plusieurs parties qui nous demandent de changer l’intitulé. Mais c’est une identité pour notre association et nous ne comptons pas négocier”, renchérit Jawad El Hamidi.

Pourtant, il faudra bien y réfléchir. L’expert et avocat Abdelaziz Nouaydi, qui prendra part à la réunion consultative du comité, dimanche prochain, estime que la liberté de culte est le principe de base qu’il faut mettre en relief dans ce projet. “Le Maroc a ratifié bon nombre de conventions sur les droits de l’Homme et garantit dans sa constitution à tous le libre exercice des cultes. Pour moi, militant des droits de l’Homme, il n’y a aucune équivoque sur le fait que ces catégories religieuses ont le droit d’exercer leurs cultes sans en avoir peur”,
affirme au HuffPost Maroc Abdelaziz Nouaydi.

Si le principe est clair, les moyens de sa mise en œuvre doivent prendre en
considération le contexte de vie sociale. “J’ai expliqué à Jawad El Hamidi que
le terme minorité religieuse risque de susciter des craintes auprès des autorités.
Il serait meilleur pour le comité de fonder une association pour la défense de la
liberté de culte et de conscience”, suggère l’expert, estimant que le titre qu’il
propose pourrait ouvrir l’association, une fois créée, sur de nouvelles dimensions aussi diverses que nombreuses.

“Le terme liberté de culte implique la liberté de choisir une religion, d’appartenir à une autre confession, mais aussi de choisir de n’appartenir à aucun culte… Le problème que l’on peut soulever, dans ce cas, réside dans le fait que certaines libertés et droits sont soumises à des restrictions. Il faut désormais instaurer des règles dans un cadre législatif en cohésion avec la société démocratique”, précise Abdelaziz Nouaydi. Et de souligner que même si l’État marocain ne montre aucune objection à la liberté d’exercer un culte, il préfère toutefois que “cet exercice ne se fasse pas publiquement de peur qu’il ne suscite une déstabilisation ou des réactions extrémistes”. “L’État, de toute façon, se doit de protéger l’exercice des droits et ceux qui les pratiquent, conformément à la loi, contre les extrémistes”, tranche l’expert.

Ce dernier souhaite développer sa vision de la situation pour présenter ses propositions à la réunion du 25 mars. L’avocat nous explique qu’il se documente en ce moment pour dresser un benchmark d’expériences similaires menées dans d’autres pays.

Si le changement de l’intitulé de l’association semble un passage obligé, pour cet expert, le Comité marocain des minorités religieuses se dit prêt à en débattre. “C’est un débat qui reste ouvert, pour nous. Tout dépend des avis dont la majorité des participants à la réunion du dimanche prochain fera part”, assure le coordinateur du comité.

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