MAGHREB
13/04/2018 11h:55 CET | Actualisé 13/04/2018 12h:03 CET

Mineurs marocains clandestins: La mairie de Paris implore l'aide du Premier ministre français

L'aide du gouvernement français semble être le dernier recours.

HuffPost Maroc

MIGRANTS - La situation des mineurs marocains isolés ne s’arrange pas dans le 18e arrondissement de Paris, où ils errent depuis plus d’un an dans le quartier de la Goutte d’Or. Anne Hidalgo et Eric Lejoindre, respectivement maires de Paris et du 18e arrondissement, sollicitent l’aide du Premier ministre français Edouard Philippe. 

Dans un courrier envoyé il y a quelques jours au chef du gouvernement et resté sans réponse, Eric Lejoindre décrit une “situation alarmante” qu’il faut traiter de toute urgence. “Ces jeunes sont en danger. Ils commettent de nombreux actes de délinquance et d’agression qui risquent d’entrainer un drame à tout moment”, peut-on lire dans la missive dont le HuffPost Maroc s’est procuré copie. 

Poly-toxicomanes et à la merci des dealeurs du quartier, ces jeunes de 10 à 14 ans embrasent la poudrière qu’est le 18e arrondissement qui connaît déjà des difficultés “réelles mais connues, liées notamment au trafic de stupéfiants ou à la vente à la sauvette”, rappelle son maire. Il décrit “des jeunes ancrés dans l’errance” qui refusent aide et prise en charge et dont “la vulnérabilité entraîne des comportements d’une très grande violence contre les habitants du quartier”.

Ces derniers, tiraillés entre compassion et peur, jettent, pour la plupart, l’éponge. “Ils n’ont plus aucune limite. Maintenant, ils mènent des attaques en groupes contre les passants. Parfois en brandissant des couteaux. Impossible de se promener avec une chaîne au cou ou un portable à la main: ils sont ingérables, inaccessibles à la discussion. Ils nous font vivre l’enfer”, confie une riveraine au Parisien.  

En mars 2017 déjà, les autorités consulaires marocaines s’étaient déclarées disposées à contribuer à toute solution permettant de sortir ces jeunes de la rue et à les protéger des risques auxquels ils sont exposés... Un an plus tard, bien que la ville de Paris, la Préfecture de Police et les associations sur place aient pris des engagements, aucune solution satisfaisante ne semble avoir été trouvée.

L’État comme dernier recours 

Malgré des courriers aux ministères de l’Intérieur et de la Justice, des réunions publiques, des interventions des services du Procureur de la République française sur le terrain, un coup de pouce de l’exécutif semble aujourd’hui plus que nécessaire, selon Eric Lejoindre et une adjointe d’Anne Hidalgo.

“L’action du gouvernement me semble indispensable et urgente dans au moins trois directions: renforcer la capacité d’action du commissariat local, activer les contacts diplomatiques avec les pays d’origine de ces très jeunes mineurs non accompagnés et trouver les moyens de droit adaptés pour les sortir de la rue et les mettre à l’abri. Y compris contre leur gré”, implore Eric Lejoindre à la fin de sa lettre, demandant à l’État un plan d’urgence d’ampleur. 

De son côté, Colombe Brossel, adjointe à la sécurité d’Anne Hidalgo citée par Le Parisien, la question est “trop complexe pour être gérer à l’échelle municipale”. “La police prend les empreintes de ces jeunes lors des contrôles, mais ils sont extrêmement mobiles: le lendemain, ils peuvent s’évaporer à Brest (Finistère), Nantes (Loire-Atlantique), Rome (Italie) ou Madrid (Espagne). Et il n’y a aucun suivi. Ni d’envie spontanée d’être pris en charge. La réflexion doit se faire au niveau européen”, invoque-t-elle.

La sonnette d’alarme est tirée pour mettre fin à cette situation décrite comme “inédite”, comme l’expliquait au HuffPost Maroc en mai 2017 Dominique Versini, maire adjointe de Paris, et qui semble s’étendre aujourd’hui au-delà du quartier de la Goutte d’Or, à d’autres communes de France.

 

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