MAROC
01/06/2018 17h:01 CET | Actualisé 01/06/2018 17h:01 CET

Une ONG tire la sonnette d'alarme sur le sort des migrants mineurs en Espagne

En 2017, au moins 60% des mineurs arrivés en Espagne étaient de nationalité marocaine.

Pedro Armestre/ Save the Children

MIGRANTS - Depuis plusieurs mois déjà, le sort des migrants mineurs, marocains notamment, inquiètent de plus en plus les autorités et ONG européennes. L’an dernier, l’arrivée de plusieurs d’entre eux à Paris a déstabilisé les services de la ville, qui n’ont plus été confronté au problèmes de groupes de mineurs livrés à eux-même depuis la fin de la seconde guerre mondiale. 

Des adolescents arrivés en premier lieur via l’Espagne, souvent dans des embarcations de fortune ou cachés dans des bateaux, dans des proportions si inquiétantes que l’ONG “Save the children” a récemment dédié un rapport détaillé à ce phénomène.

60% de mineurs marocains

Dans ce rapport d’une centaine de pages, l’ONG pointe du doigt les ”échecs de l’accompagnement, protection et intégration des migrants mineurs en Espagne”. “Après avoir traversé les déserts, voyagé cachés dans les camions, survécu à des voyages dangereux et sauté les clôtures, les enfants migrants sont soumis à un traitement et des tests sans discernement, dont le seul objectif est de leur éviter la protection que les institutions publiques sont obligées de fournir”, dénonce ce rapport.

L’enquête, qui a nécessité plusieurs mois, a été initiée l’été dernier, explique au HuffPost Maroc Jennifer Zuppiroli, une des auteurs du rapport et membre de l’ONG. Ces derniers ont notamment interrogé 65 mineurs pris en charge par des centres gérés par Save the children, d’autres organisations, ou sous la tutelle d’organisations gouvernementales. Pour ce dernier cas de figure, les témoignages ont été plus compliqués à récolter: “ils ont tardé à nous accorder les autorisations car en ce moment, plusieurs centres sont saturés et ils craignaient que les mineurs ne nous en parlent”.  

Ministere de linterieur Espagne
Évolution des arrivées maritimes et terrestres à Melilla.

Selon l’ONG, au moins 60% des mineurs arrivés en Espagne en 2017 sont de nationalité marocaine. Loin derrière, pour 9% des mineurs migrants, on retrouve les jeunes algériens. “Les migrants mineurs marocains ont toujours été les plus nombreux en terme de nationalité en Espagne”, explique Jennifer Zuppiroli. Cependant, l’Espagne se retrouve ces dernières années “confrontée à une pression migratoire de plus en plus conséquente, notamment en raison du fait que la migration par bateau est de plus importante. Plus les bateaux vont en Espagne et plus ces mineurs, qui habitent souvent des villes côtières, ont de chance d’embarquer”, continue la co-auteure.

Des jeunes aux profils variés mais, comme nous explique Jennifer Zuppiroli, ont souvent entre 16 et 17 ans et viennent de villes proches de l’Espagne comme Tanger, notamment. 

Save the children

En 2017, ils étaient surtout issus de Larache, Kénitra ou encore Moulay Bousselham. “Souvent, ils ont vécus dans la rue pendant des mois avant leur arrivée en Espagne, et sont issus de familles où ils ont été victimes de violences. Beaucoup ne sont plus en contact avec leurs proches au Maroc”. 

Plus de 6000 mineurs en 2017

Selon Save the children, en 2017, 6404 migrants mineurs non accompagnés (MMNA) sont arrivés en Espagne, soit presque le double de l’année 2016 où ils étaient 3997. 

Pedro Armestre/ Save the Children

En parallèle, le nombre de jeunes migrants syriens a lui chuté drastiquement, passant de plus de 20% des jeunes mineurs en 2014 à 4% en 2016 pour finalement disparaitre du “top 5” en 2017. Une baisse notamment dû au fait que nombreux d’entre eux ne sont pas restés en Espagne, ayant souvent de la famille dans d’autres pays Européens, nous explique-t-on. Aussi les migrants syriens ont de plus en plus de mal à atteindre le Maroc, notamment en raison des “conditions d’obtention de visa drastique”.

Datos del Ministerio de Interior
Évolution des principales nationalités des mineurs migrants pris en charge.

Un problème qui a traversé les frontières espagnoles

Ces dernières années, la situation de certains de ces jeunes migrants a traversé les frontières espagnoles. Depuis plusieurs mois déjà, les autorités françaises s’inquiètent ainsi face à la présence de groupes de jeunes migrants dans le quartier de la Goutte d’or à Paris. Cependant pour Jennifer Zuppiroli, ces jeunes sont une exception et non pas la règle. “les mineurs marocains vivant dans la rue en Espagne et en France sont une minorité, la majorité vivent encadrés par des systèmes de protection”. 

Pedro Armestre/ Save the Children

Jennifer Zuppiroli reconnait cependant des défaillances des système sensés protéger ces jeunes. “Nos centres de protection n’ont pas les moyens d’aider tous ces mineurs. Certains d’entre eux choisissent de vivre dans la rue. D’autre ayant atteint leur majorité, prennent aussi le chemin de la rue et sont souvent obligés d’avoir recours à des moyens désespérés pour survivre”.

Pedro Armestre/ Save the Children

Une régularisation compliquée pour les plus âgés

Une fois arrivés sur les côtes espagnoles, les MMN doivent ensuite prouver leur âge aux autorités ibériques. “En Espagne, il y a des manques quant à l’identification des profils vulnérables de migrants”, regrette Jennifer Zuppiroli. Le migrant mineur doit en effet présenter des papiers d’identité prouvant son âge, au risque d’être traité comme un migrant adulte en situation irrégulière et être redirigé vers des centres d’expulsion.

S’ils peuvent en théorie être aidés dans leur régularisation par les centres d’accueil, dans les faits, les choses s’avèrent souvent plus compliquées. “C’est un grand problème pour les jeunes âgés de 18 ans ou ceux qui sont arrivés en centre d’accueil trop tard où y sont restés trop peu de temps. Ces derniers, devant quitter ces lieux à leur majorité, se retrouvent malheureusement souvent à la rue et livrés à eux-mêmes”.

“Il faut qu’il y ait un système de réception et de protection qui respecte les besoins et les attentes de ces mineurs, qui garantisse leur arrivée dans de bonnes conditions et les accompagne au sein de petites structures plutôt que dans des centres saturés, et qui prennent en compte l’opinion et le point de vue de ces jeunes”, plaide la co-auteure du rapport, pour qui “de nouvelles stratégies et interventions doivent être mises en place”.