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10/11/2019 11h:00 CET | Actualisé 10/11/2019 11h:00 CET

Midnight Traveler,: Au-delà du courage, une famille afghane à la recherche d’un refuge (2019)

Indiewire

En 2015, Hassan Fazili réalise un documentaire pour la télévision afghane intitulé Peace in Afghanistan. Quelques mois plus tard les Talibans ont assassiné le protagoniste de son film et ont condamné Fazili à mort. Malheureusement, son cas n’émeut personne et ne mobilise pas les médias internationaux. Aucun gouvernement, aucune institution n’offre de protection au réalisateur. Aucune pétition internationale n’est signée. L’indifférence est parfois plus meurtrière qu’une fatwa.

Pour sauver sa famille, Hassan Fazili décide de quitter l’Afghanistan pour le Tadjikistan mais après 14 mois il ne parvient toujours pas à obtenir le statut de réfugié pour lui, sa femme Fatima Hussaini et ses deux filles Zahra et Narjis. 

Contraint de retourner en Afghanistan, il décide de prendre son téléphone mobile et d’enregistrer son quotidien. Ce sont donc des heures et des heures de films qu’a monté Emelie Mahdavian pour retracer le parcours incroyable de cette famille depuis le l’Afghanistan jusqu’à la Serbie. 

Dans ce documentaire, sorti en septembre aux Etats-Unis, et primé dans plusieurs festivals (Vision du réel à Nyon, Doxa Documentary Film Festival à Vancouver), on voit la famille traverser l’Iran et la Turquie, séjourner en Bulgarie et en Serbie. Marcher de jour comme de nuit, dormir dans des lieux de fortunes, s’entasser à l’arrière de vans inconfortables, trembler de froid dans des forêts inconnues. Faire des gestes anodins comme cuisiner, chanter ou danser. 

On voit Hassan mettre un imperméable à la petite Zahra quand il se met à pleuvoir. Elle sourit, et lève les mains docilement pour enfiler l’habit et on a le cœur brisée de la savoir trempée jusqu’aux os. Que fait-elle donc là ? Quel est ce monde qui l’oblige à vivre cela ?

On les voit vaillamment affronter la violence et les menaces des passeurs et des gangs d’extrême droite. Subir humiliation après humiliation. On les voit en danger, terrifiés, épuisés. On les voit attendre patiemment dans un camp de réfugié d’avoir une autorisation de passage car ils ne peuvent plus se résoudre à risquer la vie de leurs filles en traversant illégalement la frontière. 

On les voit aussi dans leur intimité. Narjis est pleine de vie et danse pour tromper l’ennui. Zahra retrouve le sourire en construisant un bonhomme de neige. Le couple se chamaille dans une scène de jalousie mémorable, pleine de tendresse. Toutes et tous tordent le cou à tous les préjugés que l’on peut avoir sur ces “réfugiés” qu’on évoque sans cesse sans jamais leur donner de nom, sans jamais leur donner de voix. Sans jamais au fond les humaniser. 

Filmé en immersion totale, le documentaire se fait vie. Il n’est plus seulement cinéma, il est un témoignage unique de ce qu’on appelle « la crise des réfugiés ». Mais la famille de Hassan Fazili, n’en déplaise aux analystes, n’est pas en crise. Elle est pleine d’humour, d’amour et de courage. Elle est une leçon pour tous. Un rappel à nos manquements et à nos égoïsmes.  Un appel à œuvrer à un monde plus solidaire et plus juste.