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14/08/2019 14h:18 CET | Actualisé 15/08/2019 10h:40 CET

Mi-Mi. Ni-Ni. Le Legs de Béji Caid Essebsi

Se vautrer dans l’autocélébration pour ces acquis parce que nos institutions (...) se sont conformées à la Constitution est franchement immature. Je ne nie pas l’évidence mais je ne vais pas la sublimer non plus!

Zoubeir Souissi / Reuters

Mi parlementaire, Mi présidentielle, la Tunisie votera.

Ni convaincue. Ni convaincante.

Le pays est parvenu à un point de déséquilibre démocratique consacrant le cloisonnement constitutionnel dans un écosystème politique à l’hégémonie défaillante.

Révision Constitutionnelle et Charte de Conduite Consensuelle Commune s’imposent.

La Tunisie a honoré admirablement Béji Caid Essebsi paix à son âme. Allah yarhmou.

Sauf votre respect, l’Histoire nous presse au lendemain de votre décès.

Par des impératifs électoraux. Par des enjeux sociaux. Par des cafouillages colossaux.

Monsieur le président, je suis né un 25 juillet.

Je n’ai pas voté pour vous en 2014. J’ai voté blanc.

Mars 2016 fut la dernière fois où je vous interpellais Pour Un Nouveau 25 Juillet.

Désenchanté par le manque de réalisme historique pour faire de la présidentielle de 2014, un rêve de renouveau porté par un candidat de rupture, j’ai composé avec mes compatriotes pendant ces cinq dernières années, catastrophiques, avec le don de votre personne qui devait atténuer notre malheur. Il n’en fût rien.

2019. Vous décédez. Et le pays se retrouve sans aucun renouveau politique possible parce qu’impréparé. Et c’est le souk aux présidentiables chez l’ISIE. 98 candidatures.

Votre présidence-à-mort, au sens littéral et au sens figuré, est née de la ligne de conduite illogique, initiée par votre compagnon politique, l’ex-président Foued Mbazaa.

Ce dernier, pour se débarrasser de la patate chaude de la démission de l’ex-premier ministre Mohamed Ghannouchi, à bout de souple, y parât en vous nommant premier ministre pour vos 50 ans de services rendus. Et vous voilà à 88 ans candidat.

Pour les lectrices et les lecteurs qui crieraient au sacrilège de mon propos, revisitez l’interview du 28 Février 2019 à la chaîne Al Arabiya en marge des travaux du 30ème Sommet arabe fin Mars 2019 où Béji Caïd Essebsi esquiva de manière folklorique les questions de fonds, sans concessions, de la journaliste Libanaise Rima Maktabi avec des réponses creuses, clichés et condescendantes. Ses reparties sur sa retraite de la vie politique et sur le rôle d’Ennahdha lors des prochaines élections présidentielles futures sont édifiantes et révélatrices du double discours qu’il a toujours tenu: hautain vis-à-vis des tunisiens avec ce prétexte paternaliste bourguibien “Ma fhemtou chay” - parce que nous sommes tous une masse homogène imbécile - , et complaisant vis-à-vis des étrangers, avec son discours démocratique alors que le pays est en pré-faillite sociale, économique et politique.

Depuis 2011, la Tunisie subit ces politiciens-pansements pour ses plaies pleines.

Présidents et premiers ministres nous ont été imposés par les pressions urgentes des évènements qui n’ont pas freinées les négociations laborieuses entre classe politique, classe syndicale et classe entrepreneuriale pour décider de l’homme-sans-providence.

Par calculs politiques, ces classes ont toujours mis de côté LA qualité la plus importante pour la Tunisie post-2011: est-il un bâtisseur politique? par son charisme, sa rectitude, sa persévérance, son affranchi politique et la FORCE de son PARTI?

Le Bourguibisme, c’est exploiter l’évènement, d’avoir un but honorable et fascinant, des qualités morales, une ténacité à tout épreuve, le sens du possible, le sens des étapes, la persévérance, le mépris de la mort et des risques, les calculs justes, les vues lointaines les plus justes, c’est avec ça que j’ai fait ce que j’ai fait."Habib Bourguiba

 

Si nous considérons le legs de Bourguiba, le savoir-être politique est la somme combinée de deux composantes – Mafhoum Essiyassa ET Mafhoum Eddawla. On a tout fait sauf mettre une compétence qui avait ces deux qualités. Absentes en 2014. Absentes en 2019. Je ne fais pas du passéisme béat du père de la nation. À recette gagnante, ingrédients gagnants. Ces ambitions sont légitimes, légales et longs termes.

Au lieu de persévérer durant les cinq dernières années sur une médiation nationale pour une moralisation politique, de concert avec son Premier ministre, afin de convaincre TOUS les partis politiques de se doter, avec le concours de l’ISIE, du Parlement et du concours de la Commission de Venise d’un Code de Conduite Consensuel Commun, Béji Caïd Essebsi préféra manœuvrer au lieu d’assainir et de renforcer le système politique fait d’un parlement souverain, dans sa discipline, dans son exemple, dans le respect qu’il inspire et de partis politiques, cohérents et compétents. L’esprit “Choôba” s’est légalisé en prenant de nouvelles étiquettes: députes (la plupart du temps) absents et “kiyédiyinn ahzeb”. Leaders. Losers. 

La démocratie, ce n’est pas organiser seulement des élections. La démocratie, c’est organiser politiquement et légalement des ambitions.

 

Qu’enfin, le président s’est trouvé lui-même piégé, sur le tard et sans fard, par un vide politique et politicien, qu’il créa autour de lui, par sa passivité de parer face à l’indiscipline des partis – et surtout de son parti. Il finissait d’achever le peu d’aura que cette démocratie avait créer chez les Tunisiennes et les Tunisiens en déliant l’exercice de la politique dans un spectacle d’opportunismes de partis et de tourisme politique de députés. Sommer par la suite les partis de mêmes sensibilités pour qu’ils s’unissent comme il l’a fait a été de la poudre aux yeux car il avait perdu le momentum et la force de les convaincre. Ses fidèles le quittent. De Mohsen Marzouk jusqu’au fidèle parmi les fidèles Selim Azzebbi, son ex-directeur de cabinet.

Azzebi est parti improviser un parti à la Macron, une sorte d’En Marche Tounes où de la myopie du logo jusqu’au programme politique témoignent que jeunisme pour jeunisme, ne vaut rien sans un projet fédérateur. Ne vous fiez pas aux pamphlets et à leurs jargons vides de rêves. Si un seul parti depuis 2011, non 2014, ou pire 2018, devait se former sur des assises solides, il se devait de commencer par une rupture d’image, de ton et de philosophie politique. Au lieu, on en reste toujours aux mots de maux “Tounes”, aux graphismes triviaux et à ces rouges bien que patriotiques, agressent plus qu’ils ne professent.

Drôle de paradoxe que seul le bleu, porté par Ennahdha, inspire les domaines des technologies, de l’informatique, et de l’aéronautique. Le bleu est également une couleur étroitement liée à l’imagination citoyenne, au voyage démocratique, à l’azur de notre Méditerranée, et au rêve Tunisien. Comme l’eau limpide qui laisse tout transparaître, le bleu est symbole de vérité. Ces partis “rouges” qui pullulent aujourd’hui devraient être dans ce bleu, politique, patriotique, et vice versa pour un parti qui a insinué dans notre inconscient collectif par son bleu un rouge radical: de feu, de sang, d’attentats, d’assassinats, de bombes, de balles assassines et de terrorismes. Aparté fermé.

Ne soyons pas légers aux lendemains des funérailles du président Béji Caïd Essebsi.

Le paradoxe des cafouillages colossaux actuels tient dans le fait que nos partis et leurs représentants élus se comportent en boutiquiers névrosés du processus politique dans une confusion juridico-politico-partisane où ni éthique, ni idéologie, ne semblent se conformer à une conduite saine d’intérêt public pour notre démocratie.

Défections. Retours. Détours, Destour(s) de vestes. Deals, foireux. 2011. 2014. 2019.

La plupart des opportunistes de nos partis politiques sont disposés à respecter les règles juridiques et les normes d’éthique applicables sauf si la rivalité partisane et les bénéfices d’une victoire politique les poussent à contourner et à enfreindre ces mêmes règles ou à s’engager dans des activités préoccupantes pour gagner des avantages politiques. Le discours des chefs de partis sur la nécessité de la classe politique ment par omission sur le manque de probité de celle-ci à se discipliner dans ses convictions, dans ses orientations et dans ses propositions. Myopie myopathe. Myopathie myope.

Vous comprendrez donc pourquoi le prochain président et son premier ministre doivent se mobiliser pour la Politique et les Partis, avec un grand P. 

Il ne s’agit pas là de brider les libertés de l’exercice politique mais de l’encadrer car le mi amateurisme mi professionnalisme des huit dernières années est épuisé. L’opinion publique internationale n’aura ni plus d’ambition ni plus de patience pour assurer notre avenir à notre place.

On nous a donné le Prix Nobel. On nous a donné les dons. On n’applaudira pas la Tunisie ad vitam aeternam parce qu’elle a changé de régime. Et c’est là où nous sommes hors-jeux pour 2019. Les candidats de l’ISIE n’ont pas l’étoffe du métier.

La Politique est un métier. Le Parti est un métier. Or il n’y a pas de personnalité et de parti à la légitimité de ces métiers. C’est patent! 

Ces métiers ont des codes que peuple, président, et premier ministre devront affronter collectivement pour se doter d’une assise offrant les garanties nécessaires à nos futures générations. Pour que celles-ci puissent s’y émanciper comme elles s’y émanciperaient en redoublant d’efforts pour rejoindre les meilleures universités. 

Les partis doivent inspirer pour assurer l’avenir de la Tunisie. Car un parti n’est autre qu’une université du civisme citoyen avec un doyen, des étudiants et un projet social et une vision politique. Et ces universités, inspirantes, existent en Tunisie. 

J’ai toujours admiré une université civique qui a fait un travail remarquable, où l’éthique et la discipline se mêlent à la compétence et à la transparence, comme Mourakiboun. Je rêve d’une Tunisie politique, organisée, confiante et sérieuse, comme l’est Mourakiboun avec une présidence de fortitude d’un (ex) président dédié comme Rafik Halaouani.

Montrez-moi UN candidat qui a les qualités de Rafik Halouani? Tel un marathonien, il a rodé les deux qualités que Bourguiba a soigné dans son propre combat pour l’indépendance, Mafhoum Essiyassa ET Mafhoum Eddawla, pour son propre combat pour la démocratie.

Fondateur, coordonnateur général d’un réseau d’observateurs déployés sans déficit géographique quadrillant le territoire national, et précurseur concret pour intégrer les femmes et les jeunes, Rafik Halaouani a œuvré à “institutionnaliser et développer Mourakiboun à l’échelle nationale et internationale” en préservant avec ses équipes, compétentes, dédiées, résiliantes, et romantiques, à l’image de ses convictions de justice et d’équité, le bon déroulement de nos élections. Cette organisation aux ambitions organisées, dans le respect de la loi et de la foi, patriotiques, a contribué à l’essor démocratique tunisien. Concrètement. Je répète con-crè-te-ment.

Montrez-moi un seul parti politique qui a une feuille de route comme Mourakiboun? Dans l’attitude, la discipline, le sérieux, “toul enn’fass” (l’endurance), et qui arrive à cette élection présidentielle, préparé, avec un chef inspiré et inspirant. Aucun parti. Alors qu’un parti est un réseau citoyen comme l’est Mourakiboun. Un réseau avec une couleur politique et une feuille de route pour le futur de la nation.

Le parallèle que je fais ici n’est pas farfelu. Je ne connais pas M. Halouani. Et je ne fais pas l’apologie de Mourakiboun par subjective affection mais par devoir journalistique.

Je constate que Mourakiboun, a l’expérience de l’histoire, la compréhension de la politique, la volonté de la vérité, et, au point d’arrivée, la décision et l’action démocratiques.

Après avoir vu depuis ce 25 Juillet 2019 l’en-plein d’effusions justifiées pour l’homme dont moi-même, larmes au poing, regrettais son décès, je ne pouvais que questionner l’en-plein de confusions injustifiées pour le politique dont moi-même, vacarmes en Juin, regrettais son insuccès. Comme tant de fois dans l’Histoire, l’aventure d’un homme, politique, s’achève en tragédie, politique, d’une nation à plat.

Pendant ces temps las du Essebsisme chancelant, et sans effet d’annonce grandiloquent, Rafik Halouani quittait ses fonctions au terme de son mandat lors de l’Assemblée Générale du 24 mars 2019, dans une passation digne, impeccablement organisée, sobre, et émouvante à un nouveau timonier, Mohamed Marzouk, déjà au four et au moulin, sur la transparence des prochaines élections présidentielles.

Je n’ai pu empêcher mes larmes en visionnant le reportage d’une AG de Mourakiboun où la discipline tranquille, l’inclusion régionale, l’exemplarité diligente et l’exercice démocratique habitent ses membres. Dévoués, ils s’appliquent collectivement les mêmes principes qu’ils prêchent. Un patriotisme digne, concret, et moderne d’une Tunisie, juste et jubilante, à laquelle nous devons tous aspirer.

Savez-vous combien de likes et de shares a obtenu cette video postée sur Facebook ? 34 likes et 23 shares. 34 Likes. 23 Shares.

Si nous voulons une démocratie représentative, nous avons une bien belle manière de nous intéresser aux acteurs qui la façonnent. 34 likes et 23 shares, méditons … Même Bourguiba et Essebsi, ceux du Neo Destour n’auront pas réussi le panache de quitter la table du devoir accompli comme l’a fait Halouani, celui de Mourakiboun.

Dans le documentaire consacré à son parcours politique par la chaîne Al Arabiya, documentaire où il y ouvre les portes de sa maison et le cœur de ses intimes comme il ne l’a jamais fait à notre chaîne nationale, le défunt président Essebsi, en contradiction navrante, nous apprends comment il est arrivé aux responsabilités en remplaçant le défunt Taieb M’Hiri, mort d’une crise cardiaque pour épuisement professionnel. “M’herri” nous disait Si El Béji. En passant, dans ce même documentaire, un certain Nabil Karoui se fait l’historien-témoin privilégié en nous racontant les coulisses de la rencontre de Paris entre les deux briscards, Essebsi et Ghannouchi.

Pour peu, nous avons été acculés cinq ans plus tard par Béji Caïd Essebsi, qui sachant qu’il était mourant, aurait dû, dès le 25 Juin 2019, prendre ses responsabilités en se démettant de la présidence pour donner un coup de douce au pays. Il n’en fut rien.

J’aurais échangé toute “l’insolence juvénile” de Béji Caïd Essebsi contre toute “la sagesse du doyen” Béji Caïd Essebsi pour éviter de nous retrouver aujourd’hui dans cet imbroglio électoral présidentiel, forcés d’y faire face démocratiquement.

Je ne serais, ni hypocrite, ni insultant, mais ce 25 Juillet 2019 était là, à sa portée, alors pourquoi ne pas le convoiter? Il a fini, dans un pied de nez à la mémoire de la Tunisie, par l’obtenir, certes avec la volonté de Dieu, mais surtout et peut-être avec une grande volonté de forcer. Je trouve qu’avoir escompté à la Tunisie sa date républicaine pour la confondre en sa personne par son décès, transformant cette journée en un aigre-doux pour tous, est l’ultime, subtil, affront d’un despote-démocrate, plus attaché à la symbolique de son legs qu’au legs de sa politique.

Nous devons comprendre, sans préjudice et en toute bonne foi juridique, dans la Tunisie d’aujourd’hui et dans la Tunisie de demain, si oui ou non le décès du président Essebsi fut teinté par le hasard d’une préméditation médicale afin de pouvoir le faire coïncider avec le 25 Juillet. Je vous entends déjà jurer de ma tête mais vous ne pouvez m’empêcher de ne pas penser comme vous. Liberté de douter, je ne diffame personne.

Après moi le déluge.  

Hélas, il a voulu, à tout prix, finir en président en 2019. Après moi, le déluge. Et déluge sur l’ISIE fût. L’idée, répandue, de s’improviser politicien, chef de parti politique et même président de la République, par le droit légitime de la liberté d’expression, est en train de montrer ses limites et appelle à deux chantiers systémiques. La politique est un corps de métier que nous avons dissipé depuis huit ans en talon d’Achille d’argile.

Oui, la passation de pouvoir s’est faite en quelques heures.

Oui, l’ISIE a assumé ses responsabilités civiques.

Oui, les funérailles nationales ont été un moment de communion.

Oui, Mohamed Ennaceur, est le président garant de la continuité de l’État en Tunisie.

Mais se vautrer dans l’autocélébration pour ces acquis parce que nos institutions, pour lesquelles le sang de nos martyrs ont fait le sacrifice ultime, se sont conformées à la Constitution est franchement immature. Je ne nie pas l’évidence mais je ne vais pas la sublimer non plus! Ces institutions ont été façonnées pour qu’elles fonctionnent. Et elles fonctionnent. Point. Vous vouliez quoi? Un coup d’État? Pour devenir une exception tunisienne des deux extrêmes? Soyons soyeux. 

On ne va tout de même pas s’ébahir que notre démocratie carbure. Par contre si son pot d’échappement fait un bruit de tracteur depuis 2011, soit sa ligne d’échappement est trouée quelque part, soit un des éléments s’est déboité provoquant un effet d’échappement libre et donc un bruit accentué. 

Ce déboité a commencé avec les longs tiraillements qui ont exaspéré les députés de la Constituante qui finirent par opter pour un système politique mi parlementaire, mi présidentiel en 2013. Feu Béji Caïd Essebsi aurait pu le débrider durant sa présidence, comme avocat et homme de droit, de toute ses incongruités constitutionnalistes qui l’ont rendu inopérant.

Il ne s’agissait pas là de retourner vers la Tunisie des régimes présidentiels outranciers, mais d’asseoir les ressorts concrets de la Tunisie des régimes démocratiques avec des prérogatives qui se conjuguent et non qui s’enchevêtrent entre un président et son premier ministre.

Et le déluge fût.

La semaine passée que nous venons de vivre sonne la fin du début du vaudeville désolant dans les bureaux de l’ISIE où les candidatures à l’élection présidentielle affluèrent comme des appels d’offres et où les slogans de campagne confluèrent comme des décibels de coffres devant les caméras, les micros et les stylos.

L’acte II du 14 août prochain ne sonnera pas le début de la fin de ce vaudeville:

Abir Moussi se présente femme des 4T. Et votre Tunisie sera un Trésor?

Moncef Marzouki se présente homme de sagesse. Et votre populisme, bonté divine?

Youssef Chahed se présente homme de rupture. Et votre primature premier ministre?

Abdelfateh Mourou se présente homme d’Ennahdha. Et votre rareté, sidna echeikh?

Abdelkrim Zbidi se présente homme de nulle part. Et votre déontologie, docteur?

Nabil Karoui se présente homme des pauvres, Et votre cœur, l’antre, preneur?

Et ainsi de suite, Salma Elloumi, Mohsen Marzouk, Mehdi Jomaa, Hamadi Jebali, etc… Bref de la vingtaine de candidats qui seront homologués par l’ISIE, 99% vont se positionner pour vous convaincre d’être contre l’ancien système, les anciennes pratiques et les anciennes mentalités alors qu’ils sont tous issus, vieux et moins vieux, de l’ancien système, des anciennes pratiques et des anciennes mentalités. Ni bon grain. Ni ivraie.

Aucun de ces candidats, femmes et hommes, n’ont le vernis pour lustrer les espoirs de nos futures générations. Au lieu, nous assistons déjà à des tripotages électoraux, néfastes, qui, en dépit du suffrage universel, accoucheront d’un président sans relief dans une démocratie faussée car ses partis et ses programmes sont faibles.

Le défi est dantesque vu la priorité d’amorcer une refonte sans égos mais d’égaux pour inspirer nos futures générations. Car le seul programme de la prochaine présidentielle se résume à UNE question: Que faisons-nous pour nos futures générations?

Le premier chantier du futur président est de promouvoir une Révision Constitutionnelle sur les aspects pratiques de l’exercice des prérogatives présidentielles et de celles du premier ministre sans aucun soupçon d’aucune soustraction juridique. 

Le deuxième chantier pour le président, en symbiose avec son premier ministre, est de promouvoir des lignes directrices renforcée sur la réglementation des partis politiques, d’une Charte de bonne conduite renforcée, Charte de Conduite Consensuelle Commune, au vu de ce tourisme partisan indécent et de la réglementation de leur financement en s’inspirant, plus ardemment, de ce qui a été accompli en 2013 par les travaux de la Commission de Venise.

Le concours de cette Commission européenne pour la démocratie par le droit où a Tunisie siège parmi 62 membres, serait plus qu’opportun vu que celle-ci planche depuis Novembre 2017 sur la révision de sa première édition, approuvée, en 2011. Comme quoi, l’assainissement de la gouvernance et le renforcement des pratiques en matière de l’exercice démocratique, via les partis, n’est pas statique, bien au contraire.

L’amélioration de l’organisation de chaque parti, de ses conduits d’opération et de la mobilisation de ses adhérents autour de son programme fédérateur sont les principaux atouts d’un devoir PATRIOTIQUE pour se conformer par une approche ISO 9001, dans l’esprit, selon des principes d’indépendance, d’objectivité, de transparence, d’équité, de bonne administration et d’impartialité applicables à leurs chefs, leurs représentants élus, leurs candidats, leurs associations, leurs employés et leurs bénévoles.

La Commission de Venise, via amicus curiae ou avis adoptés, nous assisterait dans la création de cette Charte de Conduite Consensuelle Commune née d’un Pacte National des Partis, sorte de sceau de confiance ISO 9001 collectif pour l’application effective et conforme de principes directeurs définis et acceptés de tous par rapport à la norme de droit. Cette charte évoluera, par la suite, aux moyens de consensus établis par les partis politiques ayant déclaré leur intention de s’y conformer. Adopter l’agile utile comme attitude progressiste légale avec diligence, adresse et promptitude raisonnable est un contrat moral à signer illico presto par toutes les parties prenantes de l’avenir tunisien, y compris l’UGTT et l’UTICA qui doivent y assumer leurs solidarités responsables.

Le processus d’élaboration et d’adoption d’un telle charte ne devrait pas être fondé sur des réflexions antipolitiques ou sembler l’être, car cela reflètera ou renforcera les stéréotypes déjà “catastrophiquement” négatifs de nos politiciens et de nos partis politiques qui sont faux ou à tout le moins exagérés car nous sommes dans une phase de mi amateurisme politique médiocre. Le fait de choisir des règles juridiques et des normes éthiques actualisées par rapport à notre vécu politique depuis 2011 restreignant pas indument la portée d’un jugement politique devraient résulter d’une telle Charte. Celles et ceux qui avanceraient que la démocratie électorale tunisienne gagnera davantage à faire confiance aux partis politiques pour qu’ils prennent une plus grande responsabilité, partielle, dans la détermination, la promotion et la réglementation de leur propre éthique que si cette Charte est élaborée puis mise en œuvre par ces mêmes partis et supervisée par un organisme externe n’ont pas tort.

Il s’agirait d’une prise de conscience collective des partis où la franchise, la conviction, l’agilité-utile sans la précipitation qui nous accable depuis huit ans, et la concurrence dépassé entre eux, sonnera la joie d’une Charte nécessaire, foncière et refondatrice.

Tous les partis en Tunisie ont besoin d’une stratégie pour que leurs membres et leurs électeurs sachent ce qu’ils ne sont et ce qu’ils ne font pas.

 

Les ambitions concertées du futur président, du futur premier ministre et du futur parlement seront déterminantes pour les convaincre inlassablement et à les encadrer inlassablement. Le concours, juridique et indépendant, de la Commission de Venise, fera le lustre du reste. L’exception tunisienne sera l’accomplissement d’un tel aller-détour de forces politiques, sans farces démocratiques. Exception. Tunisienne.

Par ailleurs, ces chantiers de la Révision Constitutionnelle et de la Charte de Conduite Consensuelle Commune, il faut les expliquer, les communiquer et les relayer auprès de tous, sans relâche, par le prochain président, son premier ministre, son parlement et les chefs de partis pour une adhésion nationale constante, imputable et responsable.

Car ils seront longs, complexes, étendus sur la durée de la prochaine magistrature suprême au minimum, et dépendants déjà des dynamiques des forces politiques à la suite des élections présidentielles et législatives de cet automne. Les nouvelles majorités devront consolider et, le cas échéant, s’ouvrir à revisiter l’architecture politique, constitutionnelle, institutionnelle, et systémique de la Tunisie.

Dans ce contexte, une présidence de fortitude ne signifiera pas un président qui force. 

La résultante de l’enclenchement de ces deux chantiers, en même temps, à travers l’engagement de la classe politique sera un gage de sérieux pour nos générations futures, définition plus précise que je préfère au rébarbatif “Ecchabeb” pressé au-delà de toute décence et qui sera encore galvaudé d’ici octobre prochain.

Nos générations futures, actuellement séduits à coup de slogans creux sortis comme souffre-programmes à chaque élection par tous les partis à court d’inspirations, ont besoin d’entrevoir un nivellement par le haut pour professionnaliser la politique dans l’exercice de ses mandats militants et dans l’exercice de ses mandats parlementaires. 

Raisonnons. La prof de statistiques s’improvise pédiatre. L’ingénieur agronome s’improvise cardiologue. L’avocate s’improvise pilote d’avion. Si nos corps de métiers se comportaient comme nos politiciens en amalgamant les genres et les gens, penseriez-vous que nos générations futures iront s’instruire, se soigner, se défendre ou voter? La confiance se construit par la décision. La confiance se nourrit par l’action.

Soyons concrets. La Tunisie souscrit, actuellement, au futur de ses générations futures dans le cadre de l’Agenda 2030. Cet agenda international de développement durable devrait être piloté en Tunisie par l’Instance du développement durable et des droits des générations futures.

Or cette instance, qui fait partie des cinq instances constitutionnelles indépendantes, en plus du pouvoir législatif, du pouvoir exécutif et du pouvoir judiciaire, et qui est ancrée dans le cadre de l’équilibre des pouvoirs dans son Titre IV - Article 129 de notre Constitution du 27 Janvier 2014, n’est pas encore constituée, faute de loi organique. Le tandem gouvernement-parlement y travaille mais l’agile utile n’est pas optimal, comme il ne l’est pas pour d’autres lois, fondamentales, afin d’aller de l’avant.

Dans ce dossier de l’Agenda 2030, la Commission de Venise, saisie officiellement pour la Tunisie au sujet de cette loi organique par Mohamed Fadhel Mahfoudh et Ameur Laarayedh, a conclue dans son avis adopté à sa 119e session plénière, les 21-22 juin 2019 derniers, que “l’efficacité de l’Institution telle que prévue dans le projet de loi est très incertaine, quant à deux axes importants de l’Institution : le manque de clarté du mandat de l’Instance, ce qui a un impact sur la potentielle charge de travail, et deuxièmement la procédure au sein de l’Instance et l’interaction entre les différents organes. Le projet de loi semble manquer d’une certaine cohérence qui permettrait de donner à l’Instance l’efficacité nécessaire dans un domaine jugé constitutionnellement important”. Cette conclusion, critique constructive, met à nu, par ricochet l’insuffisance de la performance des gouvernants en Tunisie depuis 2011 et particulièrement depuis 2014 jusqu’en 2019 en la personne du défunt président Essebsi et de son premier ministre Youssef Chahed.

Revisitez les promesses électorales du défunt président. Constatez. Circulez.

Revisitez les actions gouvernementales du premier ministre. Constatez. Circulez.

Manque de clarté du mandat politique. Manque de cohérence du cadre d’action.

Nous devons politiquement investir à encadrer notre système de partis pour qu’il devienne moderniste et non mercantiliste sous les impulsions coordonnées du prochain président et de son premier ministre. Et que l’on ne m’objecte pas les contraintes constitutionnelles de leurs prérogatives respectives, car il faudra au parlement de faire un examen de conscience constitutionnelle et amender celle-ci pour rendre réaliste le pas de deux entre un président capable de présider et un premier ministre capable de gouverner, et non un pas de d’eux délirant.

Autant la Révision Constitutionnelle que la Charte de Conduite Consensuelle Commune devra clarifier pour le président, le premier ministre et les partis politiques un New Deal de principes directeurs et de prérogatives pratiques qui forment le cadre du comportement moral attendu des personnes participant au processus politique en Tunisie.

Nous avons consolidé le respect profond et durable du processus démocratique en Tunisie et l’observation des lois électorales qui codifient les règles des élections et des campagnes électorales de base, notamment le droit de vote, le scrutin secret, l’accessibilité au vote, le droit d’être candidat, l’administration indépendante des élections, la liberté d’exercer ses droits démocratiques sans intimidation, l’honnêteté et la véracité dans les campagnes électorales.

La divulgation publique, transparente et exacte de toute information se rapportant au financement des partis, leur organisation, leurs membres et leurs représentants élus, doit se renforcer de façon à maintenir et à renforcer la confiance du peuple par rapport à l’intégrité de la classe politique tunisienne. 

Mourakiboun l’a fait. La Tunisie, en elle, recèle.

"Une constitution n’est jamais bonne ou mauvaise en soi. Elle est bien ou mal adaptée à certaines des circonstances, conforme ou non à une certaine théorie, efficace ou non en vue d’une certaine fin"Raymond Aron (Les libertés en péril, Combat, 27 avril 1946)

 

La vérité est que notre Tunisie n’a jamais été au plus mal. “Pourquoi? Quels discours défaitistes vous nous tenez brabbi”, vous esclaffez-vous.

Je vous répondrais que c’est exaspérant d’entendre un président dire une chose et faire son contraire. Pendant cinq ans.

Que c’est exaspérant d’entendre des premiers ministres dire une chose et faire si peu. Pendant cinq ans.

Que c’est exaspérant d’entendre des députés dire une chose et voter une autre.

Que c’est exaspérant de faire compliqué depuis 8 ans au lieu de faire efficace.

Que c’est exaspérant de voir des compétents, comme un Ezzedine Saidaine, qui s’époumone depuis la révolution à prévenir contre les risques d’une faillite économique et monétaire, ET d’autres compétents s’époumoner comme lui sur le social, l’environnemental, l’éducationnel, l’énergétique, l’industriel et le sanitaire du pays, et que je dois subir avec vous, un Zied Ladhari, un Hatem Ben Salem, un Imed Hammami et tous ces ministres sans saillies depuis 2014, chacun à leurs sans-façons, ostraciser ces patriotes, aussi, et les marginaliser au lieu de les écouter. 

Que c’est exaspérant d’assister au chassé-croisé happant de mes confrères d’Al Watania 1 en rencontrant Youssef Chahed le 1er août 2019. Un crève-écran de plus où les trois interlocuteurs s’interrompent, s’estompent, et n’articulent aucun dialogue qu’en monologuant sur des platitudes. 

Que c’est exaspérant d’y entendre le premier ministre sur Al Watania 1 nous louer la digitalisation, la digitalisation, chers compatriotes, esquivant au passage ses réponses concrètes sur l’efficacité de la lutte contre la corruption par exemple de son gouvernement, alors que « la dette publique et la dette extérieure, représentaient respectivement 77 % et 94 % du PIB à la fin de 2018 » ou de la dégradation des corps de métiers comme l’éducation et la santé aux orties depuis des années.

Que c’est exaspérant de constater le 27 août 2019 prochain qu’en trois années de primature, le premier ministre actuel ne communique toujours rien et parle mollement de tout concernant son bilan.

Que c’est exaspérant de voir le Youssef Chahed candidat ne rien assumer du Youssef Chahed premier ministre et nous la raconter en pré-campagne avec ses propos de Jeudi et de Vendredi derniers, comme le quadra affranchi anti-Ennahdha. S’il incarnait le Belhouane du Neo Machiavelisme tunisien de 2025 qu’il veut vous vendre, il devait assumer, droit dans ses bottes, il y a trois ans, l’anti anarchie au lieu de prononcer des mots sans soigner les maux.   

Que c’est exaspérant de se retrouver à plébisciter parmi ces présidentiables ad-hoc, un Abdelkarim Zbidi, qui révèleront le passif de leur charisme politique inintelligible. Rania Barrak, j’accepte vos excuses et vous comprends. Bardé de diplômes et d’ethos, Dr. Zbidi serait un futur excellent ministre de la défense de la Santé, comme en 2001. Basta cette approche du consensuel des résiduels. Depuis 1975, on paye. 

Que c’est exaspérant de voir que les nouveaux terrassas politiques abhorrés par le système exploitent le désespoir populaire pour en faire un espoir populiste. Méthodes 4.0, disruptive marketing, financements à gogo, et discours de téléréalités givreux, ils font paradoxalement le même jeu de l’angle opposé, plus raffiné et plissé, que faisait Gassas en 2013. Sauf que Gassas ne s’est pas déguisé pour faire de la politique en détournant l’axe populiste du cœur et du caritatif. Il nous parlait cash le Brahim. 

Que c’est exaspérant de voir les mauvaises nouvelles, les marasmes inciviques et les catastrophes affecter la psyché du peuple. Où, écrivons-le, par responsabilité pour notre performance comme médias, nous avons été boulimiques au lieu d’être lucides et surtout, vaillants substantifiques, préférant un journalisme de desk et de disques, roués, à un journalisme de joutes et de jugeotes, affirmées.

Que c’est exaspérant que nos années sont faites de précipitations sans ambitions.

Que c’est exaspérant que la corruption et l’injustice perpétuent la lutte contre nous. 

Que c’est exaspérant que l’obligation de moyens prime sur l’obligation de résultats.   

Que c’est exaspérant que l’imputabilité à mi maux adoptée n’est jamais respectée.

Que c’est exaspérant que nos futures générations sont lasses de promesses basses.

Que c’est exaspérant qu’en Tunisie tout le monde baratine et que personne ne fascine.

Que c’est exaspérant ce long dîner démocratique où on nous prend pour des cons.

Et que c’est exaspérant que nos bébés et martyrs, yarhamhom, ne cessent de partir.

Ces campagnes présidentielles et législatives se feront dans une litanie quotidienne de déclarations ronflantes sur le futur progrès des générations futures sans répondre à mes exaspérations, programme tout haut de ce que nos candidats évitent tout bas. 

Mettons-nous sur les rails des tâtonnements positifs et non sur des à-peu-près barbons. La Tunisie doit aspirer à un civisme, politique, social et économique en 2025.

Pour votre gouverne, il n’y a pas de plan B. Parce qu’il n’y a pas de Tunisie B.

Ni Mi-Mi. Ni Ni-Ni. Aidekom Machroôu.

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