TUNISIE
16/04/2019 18h:27 CET

Mhamed Ressaissi, ce peintre de la mémoire de la Tunisie d'antan

Chacun de ses tableaux raconte une histoire.

Mhamed Ressaissi /FB

Derrière ses traits creusés par l’âge et son sourire jovial, l’artiste peintre Mhamed Ressaissi se livre au HuffPost Tunisie. Son nom ne vous dit peut-être rien, mais c’est l’un des doyens de la peinture tunisienne notamment en style naïf. Focus sur cet artiste de talent.

Des ruelles de la Médina au port de la Goulette en passant par la falaise de Sidi Bou Said, les oeuvres de Ressaissi s’articulent autour du paysage, de la nature et de la vie. Mais ce n’est pas tout. 

De ses doigts nait un trait lourd d’histoire sans altérer les contours de ses souvenirs d’enfance, encore intacts. À travers son art, Ressaissi nous plonge dans la Tunisie d’antan. 

Ses toiles sont souvent imprégnées de cette atmosphère typique de la Médina de Tunis avec ses rues étroites, ses échoppes de brics et de brocs, entassées les unes sur les autres, ses commerçants et ses artisans; alors que d’autres lèvent le voile sur ce qui se cache derrière les murs des maisons d’antan. 

Ses oeuvres résument des fragments d’histoires, des scènes où se dévoilent le quotidien de nos grands-parents, raconte-t-il. Ses tableaux ne laissent personne indifférent: Des scènes de fête, des traditions ... toutes ont été traduites dans les moindres détails.

On y voit là par exemple, une scène de mariage avec la “Hannena” portant son gilet traditionnel brodé, doré, en face de la future mariée au regard timide, entourée de jeunes adolescentes brandissent des bougies...

Ou encore, une fête de circoncision traditionnelle, minutieusement présentée avec le petit garçon circoncis, les groupes de musiciens, la Jarre “Qolla” remplie de bonbons, cassée dans la cour de la maison...

Une savante imbrication picturale qui nous plonge sans transition dans une époque passée, parfois oubliée. 

Entre réalité, imaginaire, passé et présent, il dépeint un univers riche de couleurs, de poésies et de symboles. Il affirme, ainsi, l’identité tunisienne en empruntant un style naïf. “A travers mes tableaux, je vise à immortaliser nos traditions” souligne-t-il.  

Une motivation qui l’a poussé à creuser au fond de sa mémoire pour représenter des objets relégués aux oubliettes ou des scènes de vie passées de mode dans sa collection de plus de 2000 tableaux. 

L’artiste s’est attardé à expliquer avec tant d’émotion l’utilité du “Kanara”, un instrument utilisé auparavant pour attraper le seau du puit. “Avant, lorsque une femme emprunte de chez sa voisine cet instrument, elle lui donne en contre-partie son marteau-pilon, sous forme de gage” décrit-il. Des détails qui, sans doute, révèlent une forte sensibilité de sa part.

Travaillant dans ce sillon depuis près d’un demi-siècle, Ressaissi a fait de ces thèmes son empreinte artistique. “Il est de notre devoir en tant qu’artistes de mettre ce patrimoine à disposition des générations futures” note-t-il. 

À ses yeux, les jeunes d’aujourd’hui s’intéressent à ce genre de tableaux. “Ce style est devenu à la mode” argue-t-il. “D’ailleurs, offrir des tableaux retraçant une scène d’accouchement traditionnelle comme cadeau de félicitations pour la naissance d’un enfant est la grande tendance du moment” précise-t-il. 

Ses tableaux, il les décrit comme étant ses enfants: “Je les aime tous” dit-il, “mais il y en un qui m’est précieux: C’est le tableau de portrait de mes parents. C’est mon plus beau chef d’oeuvre” confie-t-il, la voix pleine d’émotion.

Mhamed Ressaissi semble avoir l’art dans la peau. “Je n’avais suivi aucun cours de peinture. Un don de dieu” confie-t-il avec sa voix enjôleuse. 

Banquier à la base, Mhamed Ressaissi est tout de même issu d’une famille d’artistes. “Mon oncle Béchir Ressaissi est le premier tunisien qui a apporté la phonographie en Tunisie, mon père était décorateur au palais arabe”, dit-il. Sa passion pour l’art semble contagieuse. Son fils, est aussi peintre. 

Autodidacte, il a été entouré par la suite par une artiste allemande qui lui a montré des techniques de base de dessin et de peinture. 

Revenant sur ses débuts, il raconte que s’il se targue aujourd’hui d’une carrière florissante, il a tout de même galéré avant de connaître le succès.

Comme la plupart des artistes des débuts difficiles, Ressaissi a du enchaîner les expériences afin d’imposer son style naïf. Il a peut être eu la chance de pouvoir côtoyer les grands artistes de l’époque dont notamment le grand Ammar Farhat pour développer son art. 

Pour mieux valoriser l’art en Tunisie, l’artiste a appelé à la nécessité de mettre en place un musée d’art contemporain, de booster les jeunes à exposer notamment à travers des subventions d’encouragement et de locaux gratuits.

Pour le moment, Ressaissi a une petite école où il enseigne la peinture aux jeunes passionnés d’art. “Le don seul ne suffit pas” rétorque-t-il en soulignant la nécessité de la pratique pour polir ce talent brut.  

Avant de conclure, Mhamed Ressaissi a rendu hommage à son ami de parcours, le grand peintre Hédi Turki, décédé le 31 mars dernier. “Nous avons perdu un des pionniers de l’art tunisien, Si El Hédi. Il était notre père, notre conseiller ... Je pourrais vous dire que c’est l’artiste le plus décoré, le plus renommé et le plus diplômé de la Tunisie” dit-t-il en précisant que jusqu’à présent il suit ses conseils. “Il a beaucoup de mérite sur de nombreux artistes tunisiens” conclut-t-il, encore ému à l’évocation de certains souvenirs avec lui.

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