ALGÉRIE
29/06/2018 13h:52 CET

M’hamed Issiakhem, une œuvre magistrale en manque de visibilité

L’illustre peintre M’hamed Issiakhem aurait eu 90 ans en ce mois de juin. Parti il y a 33 ans, il laisse une œuvre abondante, peintures, timbres, billet, dessins.

HuffPost Algerie
Mère Inconnue de M'hamed Issiakhem

L’illustre peintre M’hamed Issiakhem aurait eu 90 ans en ce mois de juin. Parti il y a 33 ans, il laisse une œuvre abondante, peintures, timbres, billet, dessins. Un Précieux legs, en manque de visibilité, estime Djamila Kabla Issiakhem, petite-cousine du peintre.

“Il est temps que cette œuvre magistrale soit accessible à tous, et la meilleure vitrine pour cet artiste hors pair est un musée totalement dédié à son art», souligne Djamila Kabla Issiakhem.

Un musée à son nom qui rassemble son œuvre telle est la volonté de la famille. Un projet pour honorer la mémoire de l’artiste mais aussi pour le faire connaître aux nouvelles générations.

Plusieurs musées recèlent des tableaux de M’hamed Issiakhem. Le musée des beaux-arts d’Alger conserve une trentaine de toiles. Dans l’aile qui porte son nom, le visiteur découvre des œuvres acquises entre 1955 et 2017. Parmi ces tableaux : Dépression, Oblique, Mère inconnue, Amertume, La mendiante, et Carré Bleu.

Selon Djamila Kabla, Carré Bleu est une pièce maîtresse dans l’œuvre de son Cousin. L’artiste l’a peinte en 1983, après sa sortie du coma suite à un accident. Cette huile de 100x81 centimètre pigmentée avec du sable de Bainem, révèle d’après elle un nouveau tournant dans l’art de l’artiste.

“M’Hamed Issiakhem est souvent classé comme un artiste figuratif et expressionniste violent, seulement avec Carré Bleu, il a parfaitement démontré qu’il pouvait être dans l’abstraction pure” précise-t-elle.

D’autres musées disposent de toiles de M’Hamed Issiakhem. Le Moma d’Oran conserve deux toiles le deuil et les réfugiés. Le Musée de Constantine détient Fillette. Et le musée Étienne Dinet de Boussaada possède deux autres œuvres également.

Toutes ces œuvres et celles des collectionneurs devraient faire l’objet d’expositions et rétrospectives régulières afin de permettre au public de se familiariser avec la peinture Issiakhem, souligne Djamila Kabla. “C’était un homme généreux, il donnait ses toiles sans hésiter, c’est pourquoi je pense qu’il aimerait aujourd’hui que son art soit accessible à son peuple”, ajoute Djamila.

Depuis son décès en 1985, il n’y a eu seulement que deux expositions rétrospectives : la première au musée des Beaux-arts d’Alger en 2005 à l’initiative de Djamila Kabla. Cette date marque pour elle, le début d’un long travail de mémoire dans lequel elle s’est engagé et qu’elle poursuit à ce jour.

“En 2005 je me rends compte que 20 ans sont passés après le décès de M’Hamed et aucun hommage n’a été organisé en son honneur durant cette longue période. Je suis donc allée voir la ministre de la culture de l’époque, Mme Khalida Toumi, qui a instruit de suite l’organisation d’une exposition rétrospective”, confie Djamila Kabla.

Djamila Kabla prendra part à l’organisation de cette exposition. Elle est également l’initiatrice du premier livre d’Art sur M’hamed Issiakhem paru en 2008 aux Éditions Casbah.

“Répertorier les œuvres de M’hamed est un travail colossal. Pour la réalisation de ce livre d’art nous nous sommes appuyés sur le listing des œuvres que l’artiste a fait de son vivant, celui des musées et des collectionneurs. Le livre répertorie 85 œuvres de M’Hamed”.

Rendre hommage à M’Hamed Issiakhem avant tout c’est répartir sur ses traces. En juin 2008, dans son village natal à Taboudoucht à Tizi Ouzou, Djamila lui rend hommage à l’occasion de son anniversaire avec la participation de ses enfants. Elle est la commissaire d’un évènement qui a vu la participation d’une centaine d’artistes dont les œuvres ont été exposés à l’occasion de cette commémoration.

À l’occasion du 30e anniversaire de son décès, un hommage lui est rendu à Relizane où il a passé son enfance.

Djamila informe qu’à travers ces évènements elles souhaitent aussi promouvoir les jeunes artistes Algériens. Elle explique que le travail de mémoire sur l’œuvre de Issiakhem dans lequel elle s’est investie a pour objectif de mettre en avant l’art algérien, composé des œuvres des artistes algériens autour d’un vecteur commun qui s’appellent Issiakhem.

Les œuvres des artistes qui ont pris part aux différentes expositions en hommage à l’artiste peintre, constituent aujourd’hui le fonds M’Hamed Issiakhem. Ce fond créé par Djamila Kabla est encore à ses débuts mais tend à se développer.

Djamila Kabla Issiakhem promet que d’autres évènements sur le parcours de l’artiste et son œuvre seront organisés à l’avenir. Elle appelle toutes les personnes qui l’ont connu, à se joindre à ce “devoir”:  celui de rendre M’Hamed Issiakhem à son public.