TUNISIE
05/12/2018 16h:37 CET

Mhamed Hassine Fantar, lauréat du prix international d'Archéologie Amedeo Maiuri: Le patrimoine tunisien est réellement menacé

Le lauréat du prix international d'archéologie “Amedeo Maiuri”, tire la sonnette d'alarme sur la situation du patrimoine tunisien.

zhuzhu via Getty Images

Du haut de ses plus de 3000 ans d’histoire, la Tunisie regorge de sites archéologiques connus ou méconnus qui retracent le passé glorieux de ses ancêtres. Phéniciens, Carthaginois, Berbères, Arabes ou Romains... Tous ont laissé jusqu’à aujourd’hui une empreinte profonde témoignant des fastes de grandes civilisations passées.

Des vestiges, soigneusement façonnés par les anciens, et des trésors exceptionnels, défiant le temps, se dressent encore dans les différents coins du pays. Mais dans la foulée des changements que vit la Tunisie, ces derniers sombrent peu à peu dans l’oubli.

Délaissé, le patrimoine archéologique se trouve grignoté par des pillages, des constructions illégales et des dépassements de tous bords.

Conscient de l’énorme potentiel de ce dernier, l’archéologue Mhamed Hassine Fantar a fait donc de la valorisation et de la sauvegarde du patrimoine tunisien son cheval de bataille.

Pendant des années, il n’a cessé de mettre en lumière la richesse archéologique du pays et creuser dans l’histoire des civilisations antiques qui ont traversé la Tunisie.

Une vingtaine d’ouvrages et une centaine d’articles académiques consacrés principalement aux Phéniciens et à la civilisation carthaginoise, sont à son actif. Un travail de fourmi qui vient, d’ailleurs, d’être couronné récemment par le fameux prix international d’archéologie “Amedeo Maiuri.”

“C’est un honneur pour la Tunisie” se réjouit-il dans une interview accordée au HuffPost Tunisie. C’est une nouvelle reconnaissance qui souligne, une fois de plus, l’importance de ses travaux et son acharnement à valoriser le patrimoine tunisien. 

Inlassable, ce Professeur émérite et historien spécialiste de la civilisation punique et des langues ouest-sémitiques se bat pour préserver cette part de l’histoire du monde. “Ce prix est également une reconnaissance méditerranéenne” ajoute-t-il.

Pour lui, il s’agit d’un clin d’oeil à la Tunisie et aux archéologues tunisiens qui oeuvrent pour la découverte du passé.

Malheureusement, “notre patrimoine est vraiment menacé” regrette-t-il.  “Non seulement par ceux qui le détruisent, l’accaparent, mais aussi par l’absence d’appropriation du patrimoine” confie-t-il en tirant la sonnette d’alarme. 

À ses yeux, ce sentiment de désintérêt et de désengagement de la part des Tunisiens ne fait que compliquer la situation. Selon lui, il est temps de renforcer et de changer la perception collective du patrimoine.    

Pour ce faire, Mhamed Hassine Fantar estime qu’il est primordial d’agir en premier lieu au niveau de l’État. Un projet culturel, bien ficelé, dans le cadre d’une stratégie globale sera également un moyen efficace pour revaloriser et protéger la richesse historique du pays.

Pour étayer son idée, l’archéologue chevronné rappelle la nécessité d’intensifier les efforts déployés par l’État afin d’améliorer la situation. Entretenir les sites archéologiques, former les cadres et les archéologues, pousser les recherches... seraient des atouts efficaces pour préserver le patrimoine et déceler ses mystères. “Il faut absolument former une élite capable d’étudier et de creuser encore plus dans l’Histoire du pays”, réplique-t-il en proposant de booster la formation en langue latine pour décrypter les secrets cachés dans les fouilles.

De plus, nourrir et enrichir l’appétence des élèves et des jeunes générations pour l’histoire serait une phase importante pour changer la donne.

Selon Fantar, des changements structurels doivent avoir lieu pour améliorer la situation. Un réveil salutaire s’impose.  

D’après lui, même au plus haut niveau de l’État, le regard envers patrimoine n’est pas juste. Il est perçu comme étant un business, une vache à lait, dont il faut en tirer profit. “D’ailleurs, les échanges des députés lors de l’adoption du budget du ministère des Affaires culturelles, n’a tourné qu’autour de l’aspect touristique du patrimoine” déplore-t-il en précisent que “la Tunisie devrait prendre en charge son patrimoine multiple, matériel et immatériel”. 

“Le Tunisien doit être le propriétaire de son patrimoine et fortement conscient des créations de ses ancêtres, conclut-t-il.  

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