MAROC
15/03/2019 12h:29 CET

Meurtres d'Imlil: Une blogueuse danoise pourrait perdre la garde de sa fille adoptive pour avoir partagé la vidéo de décapitation

La blogueuse et son mari ont été convoqués par les services sociaux de leur ville.

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JUSTICE - Accusée de violation du code pénal danois pour avoir partagé la vidéo de la décapitation d’une des deux touristes scandinaves tuées par des terroristes marocains à Imlil en décembre dernier, une blogueuse danoise pourrait se voir retirer la garde de sa fille adoptive.

Comme l’ont rapporté plusieurs médias danois jeudi 14 mars, Jaleh Tavakoli, blogueuse danoise d’origine iranienne connue pour ses positions anti-islam et sa défense de la liberté d’expression, a été convoquée par les services sociaux de sa ville après avoir été inculpée il y a une semaine pour avoir partagé la vidéo du meurtre sur les médias sociaux. 

Dans une lettre adressée mercredi à Jaleh Tavakoli et son mari, l’Inspection sociale écrit qu’elle a l’intention de leur retirer l’autorisation d’être une famille d’accueil pour leur fille adoptive. Adoptée à sa naissance, elle est aujourd’hui âgée de huit ans.

La lettre souligne que les enfants en famille d’accueil ont particulièrement besoin de sécurité et de stabilité. “En tant que famille d’accueil (...), on s’occupe d’une tâche spéciale en ce qui concerne la prise en charge des enfants ayant des besoins spéciaux, de sorte que la moralité ou l’éthique de la famille ne puisse être remise en question”, indique la lettre que Jaleh Tavakoli a montrée au site d’informations danois DR.

L’autorité de surveillance sociale indique également que la mère de 36 ans aurait dû l’informer qu’elle avait été inculpée, alors même qu’elle en parlé via son profil Facebook public la semaine dernière et qu’il est obligatoire pour les familles d’enfants adoptés de prévenir les autorités en cas d’inculpation. La lettre mentionne également à plusieurs reprises que Jaleh Tavakoli apparaît dans “le débat public” et que cette exposition massive sur la scène publique est incompatible avec les tâches de la famille d’accueil.

“Nous sommes totalement sous le choc. Je n’ai aucun mot pour ça. Je ne sais même pas comment réagir émotionnellement ou physiquement. C’est totalement fou. Ils vont détruire la vie d’une fille parce que sa mère - ou sa mère psychologique - a partagé une vidéo”, a déclaré Jaleh Tavakoli au média danois BT.

“Beaucoup de parents prennent des décisions stupides, mais nous n’enlevons pas leurs enfants. Après tout, cela ressemble à la façon dont une république bananière gère la vie des enfants”, a également déploré Jaleh Tavakoli, indiquant qu’elle ne savait pas qu’il était illégal de partager la vidéo du meurtre. “Je l’ai partagée parce que je pensais que la police n’avait pas tout raconté sur cette affaire et faisait de la rétention d’information. C’est ma liberté de parole qui est violée”, a-t-elle dit.

Selon la lettre, le couple dispose de 14 jours pour répondre à la demande de convocation des services sociaux et présenter ses arguments et objections. 

La semaine dernière, 14 personnes ont été accusées d’avoir partagé la vidéo du meurtre où Louisa Vestager Jespersen, 24 ans, est brutalement assassinée. La Danoise et son amie suédoise Maren Ueland, âgée de 28 ans, s’étaient rendues au Maroc pour une excursion sur le mont Toubkal. Alors qu’elles dormaient sous la tente, elles ont été tuées dans la nuit du 17 décembre par un groupe de partisans de Daech et une vidéo de la décapitation prise par un des terroristes a fait le tour de la toile.

Jaleh Tavakoli avait partagé cette vidéo sur le média social Reddit. Elle est maintenant accusée d’avoir enfreint l’article 264 D, paragraphe 1 du code pénal danois et risque une peine de prison allant jusqu’à trois ans si elle est condamnée.

La ministre danoise de l’Enfance et des Affaires sociales, Mai Mercado, a écrit sur Twitter qu’elle est au courant de l’affaire et est prête à vérifier si la législation en vigueur est suffisante. “Je suis sans voix. Je ne peux pas me prononcer sur ce cas spécifique qui n’a pas encore été réglé. Si les règles font que des enfants de familles d’accueil peuvent se faire retirer, je suis prête à les appliquer”, a-t-elle indiqué.

Sur le réseau social, beaucoup d’internautes ont condamné cette décision des services sociaux:

“Les autorités sociales se vengent en retirant une petite fille de 8 ans de la seule mère qu’elle ait jamais connue! Ce dont Jaleh Tavakoli est accusée - ET NON RECONNUE COUPABLE - n’a rien à voir avec sa fille adoptive. Je ne reconnais plus ce Danemark!”

“Priver un enfant de ses parents adoptifs parce que sa mère est islamophobe est complètement fou. (...) Je n’ai jamais rien entendu d’aussi stupide.”

“Ce soir, trois personnes pleurent. Je ne suis pas d’accord pas avec le partage de la vidéo du meurtre. Mais mon cœur saigne pour la petite personne de 8 ans qui perd maintenant ses adultes les plus importants, qu’elle a toujours appelés maman et papa”