MAROC
21/06/2019 13h:56 CET

Meurtre de Fouzia Kabdani: "Tout ce qu’on demande, c’est que les autorités marocaines arrêtent cet homme”

D'origine marocaine, Fouzia et ses trois enfants ont été tués en France, en 2013. Six ans après, le principal suspect, son ex-mari, qui résiderait aujourd'hui au Maroc, n'a pas encore été arrêté.

FAIT- DIVERS - Lundi 24 juin 2013. Habiba Kabdani, qui accueille comme tous les lundis sa fille et ses trois petits-enfants, rentre chez elle à Saint-Paul-Trois-Châteaux, dans la Drôme (sud-est de la France). Sa fille, Fouzia, marocaine, s’est récemment séparée de son compagnon Abdelkarim El Kadaoui, marocain lui aussi. La fin, pour elle, de onze longues années de violence conjugale. En attendant de trouver un appartement, elle est retournée vivre chez sa mère, chez qui elle profite de ses 3 enfants, Ayoub, 8 ans, Oumaima, 7 ans, et Yasmine, 2 ans et demi, placés en garde alternée à l’époque.

Lorsqu’à 17h, Habiba ouvre la porte de son domicile, elle est surprise par le silence inhabituel qui y règne. Pourtant, les enfants devraient être là, avec leur mère. Mais la maison est vide. C’est alors qu’elle remarque au sol des traces de sang, et finit par découvrir l’horreur: le corps de sa fille baignant dans une marre de sang. Fouzia a été tuée, le corps lardé de 47 coups de couteaux, avant d’être éventrée. Les enfants, eux, sont introuvables. Les cris de Habiba finissent par alerter un voisin, qui prévient alors les secours. Lorsque la police arrive sur place, les enquêteurs ne tardent pas à soupçonner l’ex-mari de la victime. Mais tout comme ses enfants, il est introuvable. Commence alors une traque pour retrouver le principal suspect et les enfants.

Chasse à l’homme lancée

Les autorités ratissent la région, préviennent les postes frontières, les aéroports, et élargissent les recherches au département voisin. En parallèle, les gendarmes auditionnent le frère du suspect. Ce dernier explique aux enquêteurs avoir croisé son frère quelques temps après le meurtre, au volant de sa voiture. Ses trois enfants étaient avec lui, à l’arrière du véhicule, et il lui aurait dit: “J’ai fait une bêtise. Demande à maman de me pardonner”.

Le lendemain, la voiture de l’ex-mari est retrouvée sur un parking. À l’arrière, les gendarmes retrouvent les corps sans vie des trois enfants. Le plus âgé, Ayoub, porte des marques de strangulation. Oumaima et Yasmine, elles, ont été asphyxiées. Le père est, quant à lui, toujours introuvable, et les enquêteurs commencent à penser qu’il s’est réfugié au Maroc, à l’aide de faux papiers et avec la complicité de sa famille, murée dans le silence.

L’enquête se poursuit, cependant, jusqu’au procès du suspect, qui s’est ouvert, en son absence en novembre 2017 (cour d’assises de la Drôme). Il est alors condamné par contumace à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d’une période de sûreté de 22 ans. Est alors émis un mandat d’arrêt européen, auquel succédera un mandat d’arrêt international, lancé après décembre 2018. Pourtant, près de 6 ans après le drame, l’homme reste, à ce jour, introuvable.

Le combat d’une famille

La famille des victimes ne baisse pas les bras pour autant. Elle continue de se battre, en réclamant que justice soit rendue pour Fouzia et ses enfants. Dans un entretien avec le HuffPost Maroc, Myriam Kabdani, la soeur de Fouzia, raconte la bataille juridique que sa famille et son avocate mènent depuis le drame: “Nous avons écrit dernièrement à Emmanuel Macron, à son épouse, à Mohammed VI, au ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, et au ministre de la Justice. Tout ce qu’on demande, c’est que les autorités se mobilisent et arrêtent cet homme”.

À la question de savoir comment reconstruire une famille après un tel drame, Myriam se confie: “Je n’ai pas seulement perdu une sœur et mes neveux, j’ai perdu des personnes pleines de vie. Ma sœur m’a toujours soutenue. En tuant Fouzia et ses enfants, il a aussi tué une partie de nous. Ma mère, à ce jour, n’attend plus qu’une chose: qu’il purge sa peine, pour qu’elle puisse enfin partir en paix. On ne pourra faire le deuil de notre sœur et de nos neveux que lorsque qu’il aura été attrapé”.

A ce sujet, l’avocate de la famille, maître Nadia El Bouroumi, espère beaucoup des derniers avancements de l’enquête: “On a reçu le 19 juin des nouvelles de la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN), nous prévenant que tout était mis en place à l’heure actuelle pour retrouver El Kadaoui, qui est à ce jour quelque part au Maroc”, explique-t-elle au HuffPost Maroc.

Selon l’agence MAP, on apprend, effectivement, que le bureau d’Interpol de Rabat avait reçu le mandat d’arrêt international émis par les autorités judiciaires françaises à l’encontre du suspect. Des recherches et investigations ont été menées, mais n’ont pas permis de localiser le mis en cause sur le territoire national, ce qui a conduit à généraliser ces recherches pour faciliter son arrestation, conformément aux dispositions de la coopération sécuritaire et judiciaire internationale.

La DGSN, qui a affirmé avoir interagi avec l’appel diffusé, tient à assurer que le bureau d’Interpol de Rabat poursuivra son étroite coordination avec les autorités sécuritaires françaises, en vue de faciliter l’arrestation du suspect pour le présenter devant les autorités judiciaires compétentes.

Pour une plus grande mobilisation, la famille et les amis de Fouzia ont créé une page sur Facebook qui a très rapidement rencontré un franc succès. Ils y détaillent les derniers avancements de l’affaire, en espérant que cet ultime recours, poussé par le soutien des internautes, puisse faire avancer les choses. “Se sentir épaulé par des messages de personnes qu’on ne connait pas, mais qui nous souhaitent de réussir notre combat, ça fait chaud au cœur. On a passé des années à se sentir seuls. Ces mots nous font du bien, et nous encouragent à ne rien lâcher”.