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10/10/2018 13h:23 CET | Actualisé 26/11/2018 12h:33 CET

ÉDITO - [+212] #MeToo, un an après: perspectives marocaines

"L’année #metoo ne pose pas tant la question des combats à mener pour les droits des femmes, mais celle des différentes façons avec lesquels ils peuvent être menés"

AFP Contributor via Getty Images

La rubrique +212 est un espace de dialogue et d’échange, une fabrique d’idées. Elle rassemble un faisceau de regards sur le Maroc, formulés de l’extérieur vers l’intérieur par des plumes expatriées, exilées, émigrées, nomades, membres de la diaspora marocaine à l’étranger.

PARIS - Sur les recommandations d’une amie plutôt inquiète des conséquences potentielles de la nomination du juge Kavanaugh par Trump à la Cour Suprême américaine, je commence à regarder un documentaire sur Netflix. “Reversing Roe” raconte l’histoire d’un droit à l’avortement fragile aux Etats-Unis, à partir de témoignages et d’interviews d’activistes “pro-life” (1) et “pro-choice” (2). Le documentaire est passionnant, bien réalisé, bien monté et j’apprends de nouvelles choses sur un des nombreux combats pour les droits des femmes outre-Atlantique.

Un passage m’a particulièrement marquée. On est en 2012, à Austin au Texas. La sénatrice Wendy Davis performe, c’est le cas de le dire, une obstruction parlementaire (filibuster en anglais) de onze heures dans le but d’empêcher le vote d’une loi très restrictive sur la pratique de l’avortement au Texas. Wendy Davis commence son discours-fleuve en fin de matinée et doit tenir jusqu’à minuit, heure limite pour procéder au vote. Elle porte un tailleur pour la forme et ses chaussures de sport pour rester debout. Quelques heures plus tôt, elle se fait placer un cathéter par son médecin pour pouvoir se passer de nourriture et d’eau le temps de cette épreuve. Elle réussit son marathon parlementaire qui fait le buzz sur Internet, soutenue massivement sur les réseaux sociaux. 

Wendy Davis a fait de sa permission de minuit un tout autre usage que celui dont beaucoup attendaient d’elle. Elle grandit avec une mère célibataire qui subvient seule à ses besoins et à ceux de ses frères et sœurs après son divorce. Wendy Davis tombe enceinte à l’âge de 18 ans, et devient elle-même une jeune mère célibataire. Elle est contrainte d’interrompre ses études à plusieurs reprises, mais finit par être diplômée d’Harvard en 1993 et entame une carrière politique dans la foulée. 

Netflix a 125 millions d’abonnés à travers le monde, et ce documentaire est doublé et sous-titré en 6 langues. Il met en lumière des parcours et des histoires qui donnent l’inspiration et la résilience de réaliser et d’écrire les siens. La force du récit, portée par la technologie, transforme un combat local en un combat global et supprime momentanément les frontières autour du Texas et d’ailleurs. 

L’année #metoo ne pose pas tant la question des combats à mener pour les droits des femmes, mais celle des différentes façons dont ceux-ci peuvent être menés et véhiculés au monde, notamment aux hommes. Si l’action politique est souvent celle qu’on a tendance à mettre en avant, le fourmillement d’initiatives en tous genres est réel, et il commence autour de soi, ici et là.

Parmi ces femmes qui se battent, des femmes marocaines comme la dessinatrice Zainab Fasiki, en ce moment en tournée européenne, propulsée par son projet Hshouma, qui nous parle de la réception de son travail à l’étranger depuis sa résidence d’artistes à Ferrera en Italie. Aicha Del-lero elle, œuvre à l’amélioration de l’intégration économique des femmes dans la région MENA avec la coopération allemande (GIZ) et nous écrit depuis Bonn pour expliquer son engagement dans la campagne #masaktach avec un éclairage sur le féminisme numérique au Maroc et dans le monde. Et elles sont encore nombreuses.

Ce n’est qu’assez récemment, au détour d’une conversion, que j’ai réalisé la chance absolue d’être témoin, émissaire et actrice d’une période troublée mais à laquelle nous sommes nombreuses à avoir décidé de croire.

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(1) anti-avortement

(2) pro-avortement

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