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05/04/2018 16h:24 CET | Actualisé 05/04/2018 16h:24 CET

Mes 12 conseils pour faire garder mon enfant sans me faire de souci

"Voici les choses que je me répète en boucle pour laisser 'facilement' mon fils en vue de m’accorder du temps perso."

Je vous le disais ici: une fois mère, on continue à mettre un pied devant l’autre avec un boulet à la cheville. Non, je ne parle pas de votre enfant (quoique) mais de l’inquiétude que sa venue a générée en vous. On a peur d’à peu près tout et ça peut être pétrifiant. Quand j’ai déposé Ezra pour la première fois à la crèche, forcée et contrainte par la reprise du boulot, j’ai fixé l’écran de mon iPhone pendant des heures en espérant faire passer le temps plus vite. Le laisser dans cette pièce au linoléum déprimant pleine de marmots énervés a été déchirant. Je me disais que son caractère paisible allait faire passer ses besoins après ceux des autres, plus bruyants, plus directifs. Je le trouvais encore si petit pour ne plus déjà être au centre de toutes les attentions. Mais voilà, on fait avec parce qu’il faut bien avancer... De façon tout à fait surprenante, je n’ai pas contre eu aucun mal à le laisser quelques heures, voire quelques jours, pour prendre du temps pour moi. Ezra avait moins d’un mois quand il a passé sa première nuit chez ses grands-parents. L’entreprise dans laquelle travaillait mon homme à l’époque organisait sa soirée “conjoint inclus” annuelle. Au programme: cours de cuisine, dégustation de nos préparations, et soirée jusqu’au bout de la nuit pour les plus courageux. J’ai quitté la maison de mes beaux-parents avec un petit pincement au coeur mais ce fut bon, si bon, de mettre une robe, des talons, un headband après des mois de ventre impossible à habiller décemment. La soirée fut douce, drôle, alcoolisée. On a quitté les autres après le repas, vers 1 heure du matin... pour DORMIR. Et là aussi, ce fut incroyablement bon...

Quand il n’était pas encore né, je pressentais déjà l’envie de récupérer ma vie d’avant et de m’accorder des pauses. Depuis, autant être honnête, j’ai revu mes prétentions: j’ai compris qu’en fait, on ne récupère jamais sa vie d’avant. On s’en rapproche vaguement, on entretient une certaine illusion mais on passe à autre chose. Mais oui, j’allais avoir besoin de souffler, j’allais avoir besoin de temps pour redessiner la femme que j’allais devenir en devenant mère et surtout j’allais avoir besoin de faire une place de choix à mon couple pour que la famille qu’il est devenu ne l’engloutisse pas. Sur ma liste de naissance, créée sur Kadolog, j’avais ainsi mis, entre le traditionnel siège-auto et la chaise haute bien pratique, des bons pour du baby-sitting. Un cadeau qui ne coûte rien mais apporte beaucoup... L’idée a eu du succès: quasi tous nos amis ont mis l’un de ces bons dans leur petit panier à côté d’un “vrai” cadeau. Et Ezra a été gardé, le plus souvent à la maison, par tous ceux qui s’étaient manifestés au moment de sa naissance. Quand on est parent, on a toujours peur de refourguer ses enfants aux autres de peur de les ennuyer. De l’autre côté, certaines personnes, par exemple les célibataires sans progéniture, ne pensent tout simplement pas à se proposer pour du baby-sitting parce qu’ils s’imaginent qu’on refusera... Donc j’ai demandé. Clairement et avant même qu’Ezra ne montre le bout de son nez. Nos amis semblaient contents de constater qu’on allait lutter autant que possible contre l’engourdissement social que peut provoquer une naissance. Et ils ont donc participé à nos efforts dans la bonne humeur.

Voici mes autres astuces et les choses que je me répète en boucle pour laisser “facilement” mon fils en vue de m’accorder du temps perso:

Faire confiance à ceux qui acceptent le challenge

Ils veulent nous faire plaisir, nous soulager, donc c’est un acte d’amour. Il faut donc se rappeler quand on ferme la porte avec la boule au ventre qu’ils veulent bien faire. Et donc qu’ils feront bien... Je me souviens avoir gardé la première fille de mon grand frère à 21 ans. Elle n’avait que quelques semaines. Elle s’est endormie sur mes genoux. Je n’ai pas bougé jusqu’à leur retour, pour ne pas risquer de la réveiller ou de la perturber.

Connaître nos limites. Et les siennes

Je laisse Ezra entre les mains de mes amis ou de notre famille sans trop sourciller mais j’évite les babysitters extérieurs et si je fais appel à quelqu’un que je ne connais pas, il m’est recommandé par quelqu’un en qui j’ai entière confiance. J’ai du mal à le laisser avec quelqu’un que je n’ai jamais vu. C’est déjà arrivé mais je préfère éviter parce que du coup, je profite à moitié du temps qui m’est imparti... Ca c’est ma limite. Je suis déjà partie skier cinq jours avec mon homme quand Ezra avait un peu plus d’un an. Ma belle-mère m’a confié au retour que tout s’était très bien passé mais que le cinquième jour était le jour de trop. Il nous réclamait, pleurnichait pour un rien. Le manque se faisait ressentir. Ca c’était sa limite. Je reste attentive à ses besoins et je ne pars pas trop longtemps, pour que ça reste agréable ou en tout cas indolore pour toutes les parties concernées.

Accepter au passage que les gens qui gardent notre enfant ne feront jamais “comme nous”

C’est normal et c’est tant mieux. L’enfant va pouvoir découvrir de nouvelles choses, de nouvelles façons de faire. On explique dans le détail les trucs pratiques: ce qu’il doit manger, vers quelle heure, quand le mettre au lit... Pour le reste, je répète “tu fais comme tu veux et comme tu le sens”. J’aime l’idée qu’Ezra découvre qu’avec les autres, ce n’est pas comme avec papa et maman. Ce n’est ni mieux ni moins bien, c’est différent. Ca éveille sa curiosité, son goût pour la nouveauté. Ce sont des minuscules changements dans une routine bien rodée. Rien n’est grave, il faut lâcher du lest. Tant pis s’il n’a pas eu d’histoire ou s’il en a eu trois avant d’aller dormir, tant pis si le babysitter du jour a oublié de lui enlever ses chaussettes avant d’aller au lit, tant pis si sa grand-mère lui a donné les biscuits sucrés qu’on préfère éviter... Ce n’est pas une seule soirée qui va ruiner tout ce que vous avez entrepris.

Partir quand le petit est au lit

C’est généralement ma technique mais j’ai de la chance: il va dormir tôt et il se réveille peu. Je demande à celui qui le garde d’arriver après la mise au lit le plus souvent et j’explique à Ezra que s’il réveille, maman ne sera pas là mais que Trucmuche pourra régler son problème le temps que je revienne. Parce que oui, je précise toujours que je m’absente mais que je reviens. Et ce, depuis toujours... Je ne suis jamais partie sans prévenir. Même s’il ne me voit pas partir. Je pense qu’il faut qu’il comprenne que je ne peux pas être là tout le temps, que j’ai une vie indépendante de la sienne et que donc, il a une vie indépendante de la mienne, et que d’autres personnes peuvent prendre soin de lui quand je ne suis pas là.

Ne pas en faire toute une affaire

On ne s’agite pas dans tous les sens dans les heures qui précèdent parce qu’on panique, on ne passe pas son temps à l’embrasser en lui disant qu’il va nous manquer. On réagit normalement pour ne pas l’inquiéter. On lui laisse croire que c’est normal d’être parfois sans papa et maman. Parce que c’est vrai.

Je pars l’esprit presque tranquille mais j’envoie toujours un message au cours de la soirée pour savoir si tout va bien

Autant par intérêt pour la vie de mon babysitter que pour me rassurer. Si je pars quelques jours, je demande systématiquement des nouvelles en fin de journée, une fois qu’il dort. Ah oui, et je refuse les appels vidéo: à deux ans, ça lui brise le coeur de ne me voir que sur un écran. Mieux vaut qu’il m’oublie temporairement...

Se forcer un peu, parfois

Et se rappeler qu’on est adulte et qu’on peut donc se raisonner et laissez donc notre cerveau dicter sa loi au lieu de laisser notre coeur affolé l’emporter.

Quand j’ai un peu de mal à le quitter ou que la culpabilité m’envahit, je me rappelle qu’une mère détendue fait un enfant heureux

Quand j’ai eu mes moments à moi, je m’énerve moins vite, je suis plus patiente, plus enthousiaste à l’idée de satisfaire ses désirs, ses besoins, ses délires. L’ambiance générale est plus zen quand maman a bu des coups la veille... (mais pas trop quand même parce que sinon elle a mal à la tête et alors là, c’est une autre histoire...)

Se rappeler qu’on était deux

Avant d’être trois (ou quatre ou cinq...) et que la personne qu’on a aimée assez fort pour lui faire un enfant mérite bien, elle aussi, toute notre attention de temps en temps. Même si ce n’est qu’une fois par mois et que ça ne dure que quelques heures. Il faut se battre pour ne pas se faire manger par la monotonie et faire durer un couple. Ça passe par des moments d’intimité, par des rires, une bonne table, des conversations, du sexe... Et tout ça, ça se fait sans enfant. On s’accorde une parenthèse régulièrement et on se dit que c’est grâce à ça, entre autres, qu’on restera uni.

Commencer petit

1 heure pour un apéro, 2 heures pour un cours de salsa, 3 heures pour un cinéma. Et se répéter que 3 heures dans toute une vie, c’est insignifiant au regard des milliers d’autres à l’embrasser, le cajoler, le rassurer, l’aimer, le supporter...

Se rappeler de l’importance d’une vie sociale

Notre enfant, un jour, volera de ses propres ailes et nous laissera planter là, avec notre amour et nos souvenirs. Il ne sera pas toujours à notre charge et sous notre garde. Nos amis, eux, sont là pour nous accompagner dans ces douloureuses étapes. Ils ne vont nulle part, du moins si on en prend soin... Donc on fait un effort, on reste à l’écoute, on ne ferme pas toutes les portes sous prétexte qu’on est devenue mère.

Profiter à fond du moment qu’on s’accorde

C’est un exercice mental difficile mais à force de pratique, ça vient tout seul. Quitte à culpabiliser un peu et à oser filer en douce dans la nuit, autant que ça soit utile. Profitez. A fond. De vos amis, de la musique, du bruit de la rue, de l’ambiance, de l’odeur du vin, du goût de la pizza. Arrêtez de parler de votre enfant comme si vous deviez vous justifier d’être là. Tout le monde s’en fout, honnêtement. On n’est pas là pour vomir ses états d’âme de grosse flippée, on est là pour se vider la tête alors mettez votre cerveau sur pause un instant, vous serez la première à apprécier cette brève insouciance.

Ce billet, publié sur le HuffPost France, est également publié sur le blog Sea You Son.

 

 
DÉBORAH LAURENT

 

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