MAROC
17/04/2019 17h:40 CET

Même H&M se met au cuir d’ananas, le Piñatex

Produite aux Philippines, cette alternative au cuir animal gagne du terrain dans l'industrie du luxe et chez les marques de prêt-à-porter grand public.

Instagram/Pinatex

MODE - Produire de manière responsable. Voilà une problématique de taille à laquelle l’industrie du luxe et les enseignes de prêt-à-porter grand public tentent d’apporter une réponse. C’est le cas de H&M qui a dévoilé, jeudi 11 avril, ses nouvelles collections.

Outre l’usage d’un produit à partir de résidus de jus d’agrumes et des fibres textiles d’orties, le géant suédois a présenté pour la première fois une veste conçue avec du Piñatex, une alternative au cuir animal. Elle s’inscrit dans le cadre de la huitième édition de la Conscious Exclusive, une gamme de vêtements élaborée dans des matières durables.

Argenté, il recouvre ici une partie des manches et la zone près des épaules, comme en témoigne le cliché ci-dessous.

Robuste, léger, le fameux tissu, qui se plie sans se déchirer, a le vent en poupe. Depuis quelques années, ce substitut de cuir créé à partir de fibres de feuilles d’ananas séduit des marques de tout horizon. Mode, ameublement et maroquinerie, elles étaient plus de 400 en septembre dernier à y avoir succombé, souligne La Croix qui cite comme exemple Lancel et Hugo Boss.

Un marché en expansion

“C’est un marché en totale explosion. Sachant qu’il y a 13 millions de tonnes de déchets de feuilles dans la production d’ananas chaque année, si l’on valorisait l’ensemble, le Piñatex pourrait remplacer de moitié le marché du cuir mondial”, indique Mélanie Broyé-Engelkes, présidente d’Ananas Anam, manufacture qui distribue le Piñatex, au quotidien.

Cette initiative, on la doit à une femme, Carmen Hijosa. Conceptrice espagnole de produits en cuir, c’est elle qui a fondé l’entreprise en 2011. Elle a développé ledit textile tropical après avoir travaillé comme consultante aux Philippines. Là-bas, la chercheuse a découvert le barong tagalog, une tenue cérémonielle portée par les locaux et fabriquée à partir du tissu en question. 

Depuis son lancement, l’entreprise collabore avec des agriculteurs sur place. Leur travail? Extraire les fibres des feuilles d’ananas, puis les envoyer dans une usine de textile espagnole où elles subissent des traitements industriels et chimiques similaires à ceux employés dans la préparation du feutre. Elles sont compressées pour donner l’impression d’être tissées.

16 ananas le mètre carré

Comme l’indique Fashion Network, 480 feuilles, soit 16 ananas sont nécessaires pour produire un mètre carré de Piñatex. Il est vendu à 45 euros, soit 20% moins cher que le cuir, et se décline en quatre teintes: charbon, naturel (crème), brun et or métallisé.

Difficile à produire, certes, ce cuir comporte des qualités non négligeables. Issu des récoltes de fruits, il possède un impact environnemental plus limité que le cuir animal. Alors que les feuilles d’ananas finissent habituellement à la poubelle, les transformer en cuir représente une source de revenu supplémentaire pour les agriculteurs qui les cultivent.

“En d’autres termes, nul besoin d’utiliser des terres, de l’eau, des pesticides ou des engrais, expliquait Carmen Hijosa au magazine Fast Company en 2016. Nous nous basons en fait sur un matériau de récupération que nous ‘surclassons’ en lui apportant de la valeur ajoutée.”

Reste que la culture de l’ananas n’est pas forcément synonyme d’écologie. Au Costa Rica, pays qui assure 65% des exportations mondiales du fruit, son agriculture est un désastre écologique, comme l’avait pointé du doigt une enquête de France 5, diffusée en septembre 2018. En cause, les dizaines de pesticide pour maîtriser la croissance des plants et déclencher la floraison à l’année.

Autre problème, le Piñatex n’est pas encore biodégradable, contrairement à la fibre d’eucalyptus et la fibre de coco, deux autres textiles naturels. Du moins, pour le moment. Comme le souligne Vege Mag, un site d’actualité dédié à la protection animale, des recherches sont en cours pour atteindre cet objectif. 

Cet article a été initialement publié par Le HuffPost France.