MAROC
23/03/2019 14h:21 CET | Actualisé 23/03/2019 14h:21 CET

Meknès: Pour ses premières projections, le FICAM met l'Asie à l'honneur

De l'horreur des Khmers rouges à une Chine "tarantinesque".

© Les Films d'Ici

ANIMATION - Des talibans aux Khmers rouges. L’an dernier, le Festival international de cinéma d’animation de Meknès (FICAM) projetait en séance d’ouverture “Parvana, une enfance en Afghanistan”, film d’animation réalisé par Nora Twomey, qui raconte l’histoire d’une petite fille obligée de se déguiser en garçon pour subvenir aux besoins de sa famille, dans un Afghanistan encore sous le joug des talibans et sur le point d’être envahi par les troupes américaines.

Cette année, l’Asie est également à l’honneur mais de l’Afghanistan, nous nous rendons cette fois au Cambodge, avec le film d’animation français “Funan” du réalisateur franco-cambodgien Denis Do. Pour son premier long métrage, il s’est inspiré de l’histoire de sa propre mère.

“Cette histoire a commencé en 2009, pendant une pause café avec un ami, en dernière année de l’école des Gobelins à Paris” explique le réalisateur. Pendant cette pause, il raconte à son ami l’histoire de sa mère, survivante du régime des Khmers rouges. En entendant ce récit, ce dernier conseille à son camarade d’en faire un film.

“Funan” est l’histoire de Chou (doublée par l’actrice française Bérénice Bejo), inspirée de la propre mère du réalisateur, son mari Kwon (doublé par l’acteur français Louis Garrel) et leur famille, dont leur fils Sovan.

Une famille qui, au lendemain de la prise de pouvoir des Khmers rouges, parti communiste révolutionnaire, en 1975, se retrouve contrainte de quitter leur maison pour les rizières du pays où ils sont soumis au travail forcé. Au cours de leur voyage forcé hors de la capitale, Chou perd la trace de son fils. 

Commencent alors quatre longues années marquées par la faim, la torture, les exécutions sommaires et la maladie. Il est estimé qu’entre 1,5 million et 2 millions de personnes sont mortes pendant les quatre ans de pouvoir des Khmers rouges.

Travail de recherche

Quelques heures avant cette projection, Denis Do et son producteur Sebastien Onomo participaient à une masterclass, dans une médiathèque bondée, notamment de jeunes lycéens et étudiants.

Le réalisateur est ainsi revenu sur la période de gestation du film, durant laquelle il a mené un travail minutieux. Il s’est notamment rendu au Cambodge pour récolter des informations supplémentaires et s’inspirer des paysages. Il assume parfaitement d’ailleurs que certains de ses dessins aient “des airs de carte postale”. “Quand je suis au Cambodge, je me sens rien et je fais partie d’un tout”, explique-t-il à l’assistance.

Des paysages superbes qui clashent avec la violence destructrice des Khmers. Une violence souvent plus suggérée par le réalisateur que montrée. “C’est une violence hors champs” explique Denis Do qui ne “voulait pas essentialiser les Khmers rouges à la violence”. A la place, ce dernier a illustré la violence des Khmers sur les corps de ses personnages, notamment les visages amincis de Chou et sa famille.

À l’issue de sa projection, “Funan” a provoqué un tonnerre d’applaudissements du public du FICAM.

Not a very nice day

Second film projeté en compétition vendredi soir, “Have a nice day”, qui a pour seul point commun avec “Funan” de se dérouler en Asie, plus précisément en Chine.

Cette fable de gangster loufoque et cynique, écrite, réalisée et produite par Liu Jian, qui double également un des personnages, nous plonge dans les bas fonds de Nanjing, ville à l’est du pays.

Un film censuré par les autorités chinoises au Festival d’Annecy en 2017. Et pour cause: on est très loin de l’image de la Chine comme puissance économique et culturelle. La Chine de Liu Jian est peuplée non pas de crazy rich Asians, mais de jeunes et moins jeunes précaires, à la recherche du confort matériel, de gangsters philosophes, ou encore d’inventeurs autodidactes un peu barrés.

Si les premiers films du FICAM n’offrent pas une image des plus reluisantes de la nature humaine, ils ont le mérite de déplacer l’épicentre du film d’animation de l’Europe vers l’Asie.