TUNISIE
28/05/2019 12h:09 CET

Médias français: Les six films tunisiens au Festival de Cannes 2019 à la loupe

Voici un Round-up à travers des médias français autour des oeuvres tunisiennes qui se sont fait remarquer lors de la 72ème édition du Festival de Cannes

VALERY HACHE via Getty Images

Pour une année considérée record dans son histoire avec le festival de Cannes, le cinéma tunisien présent cette année avec six films dans les différentes sections de la sélection et de la compétition officielles a attiré l’attention des grands médias Français, notamment les supports spécialisés dans la critique cinématographique.

De nationalité ou d’origine tunisienne, les cinéastes ont marqué de leur présence la 72ème édition du Festival de Cannes (14-26 mai 2019) avec des oeuvres dont les scénarios, l’écriture cinématographique, les sujets, l’image, la mise en scène... ont été à la loupe: à commencer par le “coup de coeur” pour “La femme de mon frère » de Monia Chokri jusqu’au film “polémique”, “Intermezzo” d’Abdellatif Kechiche retenu en lice à la dernière minute pour la Palme d’Or 2019.

Voici un Round-up à travers des médias français autour des oeuvres tunisiennes qui se sont fait remarquer en ne passant pas inaperçues:

Monia Chokri, prix coup de cœur du jury “un certain regard”

 “Un coup de tonnerre!”, “une fable pop et tendre” “Une caméra d’Or qui aurait sacrément du chien”, c’est ainsi que le magazine ” Paris Match” a présenté le premier film « La femme de mon frère » de l’actrice tuniso-canadienne Monia Chokri, fille du peintre et militant de gauche tunisien exilé depuis longtemps à Montréal Ahmed Chokri.

 Le magazine Télérama parle quant à lui d’un « film pop, personnel et politique». Dans le quotidien « Le Monde », on parle d’ « une comédie décalée, menée au rythme d’un montage syncopé et de dialogues mitraillette ».

L’écriture cinématographique audacieuse de Monia Chokri a été aussi saluée par le rédacteur culturel au sein de « France info » Lorenzo Ciavarini Azzi. De l’humour, de l’audace et une écriture originale, la québécoise d’origine tunisienne a su charmer le jury de la section parallèle « Un certain regard » et a obtenu le prix coup de cœur au titre de l’année 2019 du jury en ex-æquo avec l’Américain Michael Angelo Covino pour son film”The Climb”.

Dans un portrait croisé intitulé “Monia Chokri et Hafsia Herzi : filiations et racines», la radio “France Culture” met en perspective les points communs entre les deux actrices. Même si l’une est née à Marseille, l’autre à Québec, elles partagent toutes les deux des racines tunisiennes. Cette identité commune a permis à toutes les deux de se démarquer par des films qui chantent l’amour universel et brisent les stéréotypes négatifs autour de la communauté d’origine maghrébine.

Dans son autofiction “La femme de mon frère», Monia Chokri a voulu rendre hommage à travers le personnage du père d’origine maghrébine à son père tunisien symbole d’ouverture et tolérance. Pour Hafsia Herzi, son film “Tu mérites un amour” est un chant d’amour et de liberté pour aller au-delà des origines et parler d’une thématique universelle, celle du chagrin d’amour.

 

Les débuts de Hafsia Herzi derrière la caméra avec ” Tu mérites un amour” 

 

S’inspirant du fameux poème de Frida Kahlo “Tu mérites un amour”, le premier film de Hafsia Herzi a été applaudi par la critique. “Un premier long métrage percutant et délicat sur un chagrin d’amour”, c’est ainsi que le site “toute la culture” présente ce film où Herzi a voulu “filmer une histoire d’amour pour comprendre ce chagrin si particulier, celui qui rend parfois malade, celui contre lequel on lutte pour rester en vie.”

De son côté, le magazine spécialisé “Première” a parlé “des débuts réussis” de la réalisatrice en qualifiant le film comme “un rayon de soleil dans la sélection cannoise”. Pour le critique de cinéma Thierry Cheze, Hafsia Herzi a su d’une manière originale et “réjouissante” aborder le sujet classique de l’infidélité. Pour Cheze, Herzi met en scène avec beaucoup de justesse le sentiment amoureux “A la manière de son mentor Abdellatif Kechiche, elle laisse la vie -d’autant plus naturelle qu’elle y est travaillée, recréée...sans jamais rien y paraître- envahir l’écran”. 

“Tlamess” d’Ala Eddine Slim : ingéniosité dans l’écriture cinématographique 

 

Dans le journal “Libération», le critique de cinéma Didier Peron a tenu à saluer l’ingéniosité du réalisateur Ala Eddine Slim dans son écriture cinématographique: “le cinéaste, qu’on pourrait dire héritier ou cousin de Sharunas Bartas et Apichatpong Weerasethkul, témoigne par sa liberté et sa confiance dans la puissance expérimentale du cinéma de l’effervescence artistique en Tunisie sans jamais chercher à produire un discours ou un commentaire sur son pays lui-même”.

“Tlamess”, ces mots qu’ont dit avec les yeux, c’est ainsi que titre le quotidien “Le Monde”, une manière de mettre en avant l’écriture poétique particulière d’Ala Eddine Slim. Pour “Le Monde”, “Tlamess” est un film qui a su s’imposer dans la section “Quinzaine des réalisateurs” où le réalisateur “dévoile une proposition esthétique forte venue du monde arabe, Maghreb et Machrek confondus”.

« Caméra d’Afrique » de Ferid Boughedir: la mémoire du cinéma africain

 

Sélectionné dans la prestigieuse section “Cannes Classics” avec une copie restaurée (le film a été déjà présenté en 1983 dans la section “un certain regard”) « Caméra d’Afrique » de Ferid Boughedir a permis aux festivaliers de découvrir l’éveil du cinéma africain dans les années 70.

A cette occasion, un entretien a été accordé au réalisateur par le site officiel du festival de Cannes. Un entretien où l’accent a été mis sur la valeur historique du documentaire. “Caméra d’Afrique” donne à voir le début du cinéma africain, sa richesse, sa spécificité et sa lutte pour la consolidation d’un cinéma africain indépendant, libéré des stéréotypes colonialistes.

L’entretien a été aussi l’occasion pour Boughedir de mettre l’accent sur les défis actuels du cinéma africain en soulevant la question du manque de financement.

  « Fouledh » de Mehdi Hmili, un projet prometteur autour de la Tunisie d’aujourd’hui

 

Sélectionné par le jury de la « La Fabrique Cinéma », un dispositif initié par l’Institut Français offrant un accompagnement personnalisé par des réalisateurs de renommée à des films venus des pays du Sud, et ceci dans le but de compléter le financement du film, le projet “Fouledh” de Mehdi Hmili a fait l’unanimité chez le jury, comme le rapporte le magazine culturel « Télérama ».

“Un projet en acier dans la cité de la Palme d’or”, c’est ainsi que titre le magazine culturel en parlant du premier documentaire de Mehdi Hmili “Fouledh”. Le film propose de découvrir la Tunisie postrévolutionnaire à travers quatre ouvriers de l’usine sidérurgique de la ville de Menzel Bourguiba “El Fouledh”. Perçue et présentée comme une fierté de l’industrie nationale d’après l’indépendance, cette usine en difficulté financière, aujourd’hui, est en voie de privatisation. Dans une Tunisie postrévolutionnaire sujette à une crise économique et sociale, Hmili suit le quotidien des quatre ouvriers, témoins de l’explosion d’un four qui a coûté la vie à l’un des leurs. 

Dans un entretien “intimiste” accordé au magazine français “Télérama”, le réalisateur Mehdi Hmili a livré ses motivations personnelles ainsi que sa manière de filmer ses protagonistes, leur douleur, leur détresse et leur fragilité.

 « Mektoub my love : Intermezzo » d’Abdellatif Kechiche, le film “polémique” 

  

« Il n’y a pas de Festival de Cannes, sans un film à scandale », c’est avec cette maxime que plusieurs médias ont tenu à expliquer le déferlement médiatique suscité par le dernier film d’Abdellatif Kechiche “Mektoub my love: Intermezzo” en lice dans la compétition officielle de Cannes 2019.

S’inscrivant dans le cadre d’une trilogie entamée par le réalisateur franco-tunisien avec un premier film intitulé “Mektoub, my love: canto uno”, ce second opus continue à suivre une bande de jeunes qui passe leurs vacances à Sète dans les années 90. Le film met en scène une journée ordinaire d’été de ce cercle d’amis, passée entre la plage et la discothèque.

Le réalisateur a suscité “le malaise et la polémique” en filmant durant trois heures et demi les postérieurs des actrices, dans un scénario jugé “minimaliste”.

Dès sa projection, le film a fait couler beaucoup d’encre en créant le débat. “Sulfureux” et “Choquant” pour certains, “philosophique” avec “une dimension supérieure et cosmique” pour d’autres, le dernier film de Kechiche n’a pas laissé les médias indifférents.

Pour le journaliste Seigfried Forster de la radio internationale RFI, la mise en scène à outrance de la nudité dans le film est une occasion pour Kechiche de s’interroger sur le « destin » (Mektoub) des protagonistes et « à quel point ils se retrouvent enchaînés ou prisonniers de leurs envies et leurs pulsions et dans quelle mesure ils peuvent eux-mêmes décider de leur futur ou leur destin ». Pour Forster « Abdellatif Kechiche fait vibrer pendant trois heures l’énergie vitale et les rêves cachés de ses protagonistes à travers leurs postérieurs ».

Le magazine spécialisé « Première » a mis l’accent quant à lui dans sa version électronique sur “l’onde de choc créée par ce film chez les journalistes spécialisés dans le septième art en sélectionnant quelques tweets critiquant le film”. Alliant humour noir et consternation, le magazine Marianne qualifie le film d’ « anecdote » alors que pour Telerama le film n’est qu’une « redite décevante du premier volet de la trilogie”. 

Pour le magazine “Les inrockuptibles”, Kechiche a bouleversé les codes de la réalisation d’un film en changeant “la quantité d’événements qui suffit à faire un film aussi ample, la destinée même d’un film comme expérience physique, le rapport du temps d’une narration et du temps d’une chose vécue, la nature du désir filmé, la liberté, l’insouciance”.

Dans une déclaration aux médias au lendemain de la projection de son film le 23 mai, le cinéaste franco-tunisien s’est défendu “La chose (la) plus importante pour moi était de célébrer la vie, l’amour, le désir, le pain, la musique, le corps et de tenter une expérience cinématographique la plus libre possible”.

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