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13/04/2018 15h:40 CET | Actualisé 13/04/2018 15h:40 CET

Médias en ligne en Tunisie: état des lieux et perspectives

Le modèle économique actuel des pure players d’information est le tout gratuit. Ce modèle est basé sur la publicité comme unique source de revenu. Un marché très faible.

Prykhodov via Getty Images

Un constat a été établi concernant le financement des médias en ligne. Depuis certaines affaires survenues, comme le scandale des Panama Papers (Inkyfada) par exemple, le citoyen porte un regard de plus en plus sévère sur les médias et les journalistes, dont il souligne le manque d’indépendance face aux pressions des partis politiques et du pouvoir, mais aussi face au pouvoir de l’argent. 

La question qui se pose: Un pure player d’information peut-il garantir une ligne éditoriale indépendante avec un modèle économique non rentable vu le contexte médiatique général et l’étroitesse du marché publicitaire national?

Le cas du pure player ?

Un Pure player (ou “tout en ligne”) est un site Web d’information ne proposant son contenu qu’en version électronique. Il s’agit d’un site d’information qui est lancé directement sur la plateforme web sans passer par l’étape papier.

Étant donné le faible coût des investissements techniques, au regard de ceux de la presse écrite (système d’impression, matière première comme le papier, système de distribution …), la presse en ligne a explosé en Tunisie après 2011.

En effet, la presse en ligne a introduit dans le paysage médiatique tunisien une véritable révolution à trois niveaux:

  • une révolution économique, traduite par une concurrence au niveau du “gâteau” publicitaire, dommageable pour la presse écrite essentiellement,

  • une révolution socio-culturelle au niveau du récepteur et des habitudes de lecture du citoyen, surtout les jeunes, plus enclins à suivre les infos sur l’Internet,

  • et enfin, une révolution politique, au niveau de la diversification des titres et du pluralisme des sources dans un paysage figé par la dictature de l’ancien régime.

Afin de mieux dresser un état des lieux des pure players tunisiens, un état des lieux juridique, éditorial et financier s’impose.

L’aspect juridique: De l’ère Ben Ali, à ce jour, la presse en ligne connait le même vide juridique. Si le Code de la presse en vigueur peut parfaitement s’appliquer en matière de diffamation ou d’injure, les web journalistes n’ont pas encore le droit à la carte de presse professionnelle, sauf exceptions de quelques pure players qui n’ont pu avoir de carte de presse qu’à partir de 2015.

L’absence d’une loi reconnaissant la presse électronique en Tunisie, ainsi que l’absence de mécanisme de répartition de la publicité publique (après la dissolution de l’ATCE), gêne le développement de ce secteur, essentiellement sur le modèle économique, puisque les annonceurs du secteur public ne peuvent pas accéder directement à ces journaux.

De nouvelles mesures visant à redéfinir le cadre législatif de la presse électronique sont, semble-t-il, en cours de préparation (conseil de la presse). Mais, jusqu’à maintenant, rien d’officiel n’a été publié.

L’aspect éditorial: Faire la distinction entre les sites commerciaux, les sites institutionnels et les sites purement médiatiques s’impose.

À l’ère Ben Ali, la ligne éditoriale des pure players d’information était à dominante économique, culturelle, boursière ou sportive. 

Etant donné l’absence de liberté d’expression, les médias en ligne traitaient le volet politique avec prudence, et se contentaient de publier les communiqués de presse envoyés et validés par le gouvernement Ben Ali. Le premier pure player web média tunisien qui a vu le jour le 09 Novembre 1998 est Infotunisie.com. Produit jusqu’à la révolution de 2011 par l’ATCE, il était classé comme vitrine ou porte-parole du gouvernement Ben Ali.

Les revenus publicitaires en ligne sont très faibles et des pressions sont souvent exercées par les annonceurs sur le contenu éditorial. 

C’est quoi un modèle économique?

Le modèle économique d’un site web c’est le moyen qu’il a d’atteindre l’équilibre financier puis de gagner de l’argent. Parfois cet argent couvre seulement les frais d’hébergement du site. Parfois, il permet de rémunérer de nombreuses personnes.

Selon les chiffres publiés à l’occasion de l’Open Sigma 2017, le montant global brut de l’investissement publicitaire en Tunisie (en HT) a augmenté de 9.9%:
241.1 millions de dinars contre 219 millions de dinars en 2016. La part du lion revient à la télévision avec 66,1% (159.46 MDT), suivie par la radio avec 14,5% (34.9MDT). En troisième et quatrième positions, on retrouve l’affichage avec 9,7% (23.3 MDT) suivi de la presse écrite avec 6,7% (16,2 MDT).

Pour le digital, la publicité a progressé de 5%, de 7 millions de dinars en 2016 à 7.35 millions de dinars en 2017. Mais, par rapport aux autres supports médiatiques, elle est encore très faible. Il est à noter que les chiffres de Sigma englobent l’investissement publicitaire pour tout le web, sans préciser le quota alloué aux pure players d’information. Par conséquent, nous ignorons le montant exact alloué à la presse web, qui demeure le parent pauvre de l’investissement publicitaire en Tunisie, et malheureusement, nous ne disposons pas d’une autre source de statistiques sur ce point. Même les appuis au secteur médiatique tunisien menés par les bailleurs de fonds internationaux, depuis 2011, sont limités à l’audiovisuel (un seul projet pour les journalistes web).

On note aussi des appels à l’introduction d’une loi organisant le mode de financement participatif, permettant d’appuyer, financièrement, les jeunes promoteurs (forum CONECT, Association internationale financement Participatif en Méditerranée) .

Modèle économique actuel des pure players: Un modèle économique en constante redéfinition

Le modèle économique actuel des pure players d’information est le tout gratuit. Ce modèle est basé sur la publicité comme unique source de revenu. Un marché très faible. Comme en témoigne les chiffres publiés par Sigma conseil (Open sigma 2017) : 3% pour Internet, par rapport aux autres supports médiatiques (presse 6.7%,affichage 9.7%, radio 14.5%, TV 66.1%).

Pour survivre en gratuit, il faut être extrêmement puissant financièrement, ce qui est compliqué pour les sites tunisiens, qui combinent un large éventail de sources de revenus pour compenser la faiblesse du marché publicitaire en ligne.

En effet, afin de compléter leurs revenus, certains ont recours à des produits dérivés, les contrats annuels, les partenariats, le sponsoring, l’organisation des forums, la vente de solutions informatiques.

Il est à noter que les pure players d’information en Tunisie souffrent de la concurrence des sites d’actualité adossés à un média traditionnel (journal, radio et TV), ces derniers intègrent leur site web comme un complément dans l’offre proposée aux annonceurs. Du coup, les pure players en question, multiplient les offres et essayent de renouveler leurs outils et services.

Renouvellement des services et des offres publicitaires pour davantage de sources de revenus

Il est important de mentionner que les plateformes des différents pure players d’information sont 100% compatibles sur tous les mobiles et tablettes, étant donné que le taux de pénétration mobile et la couverture du haut débit mobile est en progression.

La Banque mondiale estime le nombre de personnes connectées à l’Internet en Tunisie à 46,16%, dont 4,43% au haut débit. À fin juin 2017, la Tunisie comptait un peu plus de 17 millions d’abonnés, actifs pendant les 6 derniers mois, au réseau GSM avec un taux de pénétration de 124,1%. En 2016, pour les sites médias, les connexions mobiles ont dépassé les connexions desktop depuis le mois d’avril. Ainsi, plus de 50% des personnes se sont connectées par mobile. Les sites médias ont entre 60 et 65% de leur trafic sur mobile (Open sigma 2016).

Les pure players gratuits souffrent d’un marché publicitaire où les tarifs se sont effondrés, notamment avec des années 2013 et 2014 marquées par une économie tunisienne qui a connu des catastrophes sécuritaires et une instabilité politique achevée par un impact négatif sur les finances publiques. Les pure players d’informations gratuits souffrent également de la migration des annonceurs vers les réseaux sociaux.

Face à ces contraintes et, pour réaliser un chiffre d’affaire significatif, les sites tunisiens ne comptent pas sur les seules bannières publicitaires.

Réseaux sociaux: Arme à double tranchant

Sur les 7,5 milliards d’habitants, 3,81 milliards sont internautes (51%) et 2,91 milliards sont actifs sur les réseaux sociaux (39% de la population mondiale).

En Juillet 2017, le nombre d’utilisateurs Facebook en Tunisie est de 6.700.000 utilisateurs, le nombre d’utilisateurs d’Instagram est quant à lui de 1.500.000 utilisateurs. Le nombre d’utilisateurs Linkedin se situe aux alentours de 830.000 utilisateurs alors que 115.000 utilisateurs seulement sont sur Twitter.

Les réseaux sociaux ne permettent pas seulement la création d’une communauté active, ils sont aussi une aubaine pour le référencement des sites web. En effet, la notoriété sociale est de plus en plus prise en compte par l’algorithme Google. Il est devenu primordial de développer une communauté active sur les réseaux sociaux à travers des Tweets ou encore des partages Facebook. Aujourd’hui, le meilleur moyen de partager ses backlinks et d’augmenter sa visibilité est d’utiliser les réseaux sociaux comme outil de référencement.

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