13/11/2018 09h:29 CET | Actualisé 13/11/2018 09h:29 CET

MEDays 2018: La 11e Déclaration de Tanger adoptée à l'issue du forum

Ses recommandations seront soumises aux décideurs et acteurs politiques.

Huffpost MG

INTERNATIONAL - Trois jours de débats et de discussions entre experts, politiques et diplomates se sont clôturés ce samedi à Tanger dans le cadre du 11e forum des MEDays. À l’issue de cette édition, une nouvelle Déclaration de Tanger a été adoptée pour appréhender et comprendre les enjeux internationaux actuels autour de 30 thématiques engageant le développement et la paix.

“Chaque année, nous concluons les MEDays par une déclaration rédigée par l’Institut Amadeus qui synthétise de manière finale les principales décisions et recommandations prises lors de ces trois jours. Elle est ensuite soumise aux décideurs et acteurs politiques”, précise au HuffPost Maroc Brahim Fassi Fihri, président de l’Institut Amadeus.

Priorité aux négociations Maroc-CEDEAO 

Parmi les premières recommandations, l’adhésion du Maroc à cette communauté économique ouest-africaine sous forme d’acte additionnel communautaire. La Déclaration de Tanger souligne en priorité la nécessité de prendre en compte les acquis des deux parties dans la négociation d’adhésion, issus des accords avec les partenaires extérieurs, notamment ceux avec l’Union européenne, ajoutant qu’à cet effet, l’adhésion du Maroc, qui dispose d’un statut avancé avec l’Union européenne (UE), pourrait permettre aux pays membres de la CEDEAO et au Maroc de mettre en place une convergence de leurs accords respectifs avec l’UE.

La Déclaration finale souligne également l’importance du travail de veille et de sensibilisation de la société civile marocaine au sujet de l’adhésion du royaume à la CEDEAO et faire de cette ”étape importante dans le processus d’intégration africaine du Maroc” une cause nationale incluant des ONG, des associations, des médias et des universités, entre autres...

Le texte plaide également pour l’adoption d’une stratégie inclusive et durable selon l’agenda des Objectifs de Développement Durable 2030 prenant en considération les exigences et la volonté des petits et moyens agriculteurs africains et recommande aussi l’élaboration d’une stratégie régionale Sud-Sud de la formation professionnelle pour qu’elle profite, dans une démarche inclusive, à l’ensemble de la population de la sous-région en adéquation avec les métiers de proximité mais aussi au développement de l’industrie et des nouvelles technologies dans les pays africains. Cela à travers la création d’un fonds régional pour le soutien des petites et moyennes entreprises (TPME) de l’Afrique de l’Ouest qui serait mis en place grâce à la Banque d’investissement pour le développement de la CEDEAO (BIDC).

L’Europe doit rester un acteur stratégique en Méditerranée 

Si les crises traversées par l’Europe impactent sa politique méditerranéenne, le Forum MEDays 2018 a toutefois salué l’initiative du président français Emmanuel Macron et son “Sommet des Deux Rives” pour réengager un dialogue méditerranéen afin de se hisser au niveau des enjeux économiques, sociaux, environnementaux et politiques de la région. Un appel à l’Europe à devenir un véritable acteur stratégique pour la paix et la sécurité en Méditerranée afin de contrebalancer l’unilatéralisme de l’administration américaine actuelle, mais aussi le relatif désengagement des Etats-Unis dans la région.

La Déclaration de Tanger exhorte également les États européens à ratifier la Convention internationale de l’ONU de protection des droits de tous les travailleurs migrants et de leur famille, à organiser une Conférence internationale sur la Palestine et appelle à une garantie de l’Union européenne et des cinq membres du Conseil de Sécurité d’un accord de Paix, ainsi qu’à consacrer l’essentiel des moyens disponibles de la coopération européenne avec les pays de la Méditerranée autour des questions de la jeunesse, de l’éducation, de la formation, de l’enseignement supérieur et de la recherche.

De l’importance des relations sino-africaines 

La Déclaration de Tanger invite l’Afrique à repenser la diversification de ses partenaires économiques, dans le cadre d’une approche disruptive, afin d’être pleinement insérée dans la chaîne internationale de création de richesses économiques. Deuxième économie mondiale et première partenaire commerciale de l’Afrique, la Chine et le continent africain doivent ainsi rééquilibrer leurs relations et inventer un partenariat mutuellement bénéfique.

Pour ce, l’Afrique est appelée à accueillir davantage de productions industrielles avec le soutien des investisseurs chinois afin de renforcer son offre exportable de produits finis ou semi-finis à destination des pays développés ou des marchés émergents, et à être plus exigeante dans ses relations avec la Chine et d’assurer que les investissements chinois sur le continent soient en synergie avec leur modèle et stratégies de développement.

L’éducation pour répondre aux disruptions

A l’ère de la disruption technologique et de son impact sur les activités économiques, sociales, éducatives et culturelles, le Forum MEDays recommande la mise en place d’une stratégie de protection des données personnelles sur le continent africain: développement de data center sur l’ensemble du continent, adaptation du secteur de l’enseignement et de la formation pour inclure des modules d’apprentissage du numérique et de ses enjeux citoyens et sociaux mais aussi mettre en place des stratégies d’enseignement numérique.

Sans toutefois oublier de mettre l’accent sur l’apprentissage des valeurs humaines universelles, d’une éthique morale et professionnelle, mais aussi de l’esprit critique et de l’autonomie individuelle, d’assurer un accès à l’éducation et à la formation pour les deux genres et de promouvoir la participation de la femme dans les cercles de décisions, dans l’action citoyenne et les activités économiques.

La 11e édition des MEDays, sous haut-patronage du roi Mohammed VI, a rassemblé une pléiade d’experts et personnalités politiques pour échanger sur des questions prioritaires de l’actualité internationale autour de l’intégration régionale et continentale, les défis sécuritaires en Afrique et les nouvelles formes de coopération inter-africaines.

“Après une décennie, il est compliqué de rebondir, de trouver un nouveau souffle mais finalement ce nouveau souffle s’est fait ressentir puisque la majorité des participants cette année ont estimé que ce forum est devenu le Davos africain, un rendez-vous intercontinental de très haut niveau, porté par une structure marocaine, africaine, et en Afrique”, a conclu Brahim Fassi Fihri.