TUNISIE
13/12/2018 16h:46 CET | Actualisé 13/12/2018 19h:50 CET

Mécénat culturel -Parier sur la culture, est-ce une entreprise gagnante? Interview avec Mehdi Houas de Talan

Mehdi Houas et Talan étaient parmi les premiers à se lancer dans le mécénat culturel.

JACQUES DEMARTHON via Getty Images

Parier sur la culture gagne de plus en plus d’investisseurs tunisiens ces dernières années. Et les avantages sont notables aussi bien pour les investisseurs que les artistes.

Ainsi, toute personne ou société qui parrainent un projet culturel bénéficient de l’exonération de l’impôt sur les revenus au titre des bénéfices. Une mesure, mise en place depuis 2014, tendant à encourager l’investissement dans le secteur culturel, qui repose en grande partie sur les aides allouées par l’État.

L’un des premiers à se lancer est l’hommes d’affaires tunisien Mehdi Houas à travers sa société multinationale Talan, spécialisée dans la transformation digitale. 

Depuis des années, Talan fait découvrir de nouveaux talents. Cette année, Talan a misé sur une figure historique et un pionnier de la scène artistique tunisienne, en l’occurrence, Abdelaziz Gorgi, dans le cadre d’une sublime exposition à découvrir au Palais Kheireddine, à la Médina de Tunis.

 

Mehdi Houas en parle au HuffPost Tunisie. (Interview)

HuffPost Tunise: Comment est née l’idée de consacrer une exposition à Abdelaziz Gorgi? 

Mehdi Houas: C’est un choix concerté entre Talan et la fondation Gorgi à l’occasion du dixième anniversaire de Talan et de la disparition d’Abdelaziz Gorgi. Ce dernier est l’un des plus grands artistes que la Tunisie ait connu. Il est parti de rien et il a pu réaliser des œuvres exceptionnelles. 

Notre métier est de créer des vocations, et Gorgi est un exemple à suivre en la matière au regard de son parcours, de son côté multidisciplinaire, de sa capacité à dépasser les limites. 

Quelle est votre perception du mécénat culturel? 

Le développement d’une nation ne peut se faire en marginalisant la culture. Le mécénat culturel est une manière de participer à la vie de la cité. Nous contribuons à la création des métiers de demain, où l’art et les nouvelles technologies ont une grande place. 

En tant qu’entreprise, qu’est ce que vous gagner en contrepartie?  

Investir dans la culture suppose de donner et de recevoir. Autrement, c’est un leurre. Chaque investisseur a ses propres attentes. Pour nous, à travers l’exposition d’Abdelaziz Gorgi, une centaine de nos consultants sont venus découvrir l’exposition. Donner et recevoir est ce qui encourage les investisseurs à financer la culture.

Il y a beaucoup d’autres mécènes comme la fondation Rambourg, la fondation Lazaar, etc. Comment vous évaluez leur travail? 

Je trouve que ce qu’ils font est positif. Il y a de la place pour tout le monde en la matière. Entre nous, il n’y a pas de concurrence mais de la complémentarité.

Y-a-il un danger quand on associe l’argent à la culture? 

Les artistes ont le droit de se méfier si l’investisseur impose un droit de regard sur leur travail. Pour notre part, nous laissons une totale liberté aux artistes parce qu’enfermer un artiste revient à le tuer.

Il faut savoir que pour soutenir la culture, il faut être cultivé, et l’être nécessite de apprentissage. Pour Talan, on veut des artistes libres, nous voulons être choqués et perturbés. Nous voulons à travers une oeuvre sortir de notre zone de confort. C’est le rôle et l’essence de l’art que nous aimons voir. 

Alors que l’État manque de moyens, est-ce que les mécènes peuvent constituer une alternative pour les artistes? 

Non, le premier mécène devrait être l’État. L’État doit jouer son rôle. Les mécènes n’ont pas vocation à le supplanter. La culture ne doit pas être pensée comme un luxe pour les Tunisiens mais comme un accélérateur de développement aussi important que la santé ou l’éducation. L’État doit nourrir le ventre mais aussi l’imagination.

Reste qu’entre le public et le privé, des partenariats sont à établir de plus en plus. Dans ce cadre, lors de l’exposition d’Abdelaziz Gorgi, nous avons étudié un projet de partenariat avec les ministères de l’Éducation et des Affaires culturelles pour promouvoir la culture auprès des enfants. C’est important que des enfants de tout le pays puissent côtoyer de près l’art. 

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