ALGÉRIE
21/08/2019 15h:55 CET | Actualisé 21/08/2019 16h:03 CET

Me Ali Yahia enfonce le clou: le Panel veut “casser” le Hirak pour aller vers l'élection d’un "dictateur”

Getty Editorial

Ali Yahia a pris les devant en publiant un communiqué sur la tenue de ses discussions avec le Panel de Karim Younes. Dans un entretien au journal Liberté il enfonce le clou: le panel cherche à diviser le hirak et une élection présidentielle avec l’actuelle constitution signifie élire un “dictateur”.

Ali Yahia Abdennour est un homme qui a appris dans sa très longue confrontation politique avec le régime algérien à gérer, autant que faire se peut, sa communication. Tout en étant disponible à dialoguer, le fondateur de la Ligue algérienne de droits de l’Homme, est toujours resté sur ses gardes de crainte que cette disponibilité ne soit utilisée à des fins de  manipulation politico-médiatique. 

Sa rencontre, mardi, avec les membres d’une commission de dialogue très contestée par les marcheurs du vendredi et du mardi et en mal de légitimité populaire, comportait un tel risque. Ceux qui connaissent le vieux militant n’ont pas été surpris de le voir prendre les devants mardi en publiant un communiqué où il explique qu’il a dit aux membres du panel de Karim Younes qu’ils n’empruntent pas la “bonne voie”. 

Un message concis et précis qui a, semble-t-il, fortement irrité les membres du panel, l’un d’eux allant jusqu’à douter, sur Facebook, de la véracité du communiqué. Pourtant, la teneur de la déclaration ne prêtait pas à équivoque, le vieux routier de la lutte pour les libertés ne voulant pas laisser de marge de manoeuvres à un “Panel” dont la mission se limite à dialoguer sur un objectif déjà fixé, celui des élections présidentielles le “plus vite possible”. 

L’entretien publié dans Liberté apporte encore plus d’éclairages sur les raisons qui ont amené Me Ali Yahia à prendre les devants. Selon lui, le projet de communiqué que le Panel comptait publier au sujet de la rencontre était équivoque et c’est ce qui l’a motivé à informer sans attendre l’opinion publique.

Le soir, alors que j’étais au lit, on m’a appelé pour me dire que le communiqué était prêt (...)  La seule chose qu’ils voulaient mettre dans le communiqué, c’est que j’ai fait une rétrospective des événements depuis 20 ans, soit depuis le retour de Bouteflika aux commandes, et c’est tout, alors que nous avons évoqué plusieurs autres sujets. J’ai décidé donc de rendre public le contenu de notre discussion pour lever toute équivoque et toute mauvaise interprétation de la visite de courtoisie.”

Ali Yahia Abdenour a ainsi compris, que l’on voulait circonscrire ses observations et remarques aux vingt ans de règne de Bouteflika, ce qui va dans le sens du nouveau discours du pouvoir visant à  tout mettre sur le règne de la “3issaba”et à disculper le régime. Une lecture qui va clairement à l’encontre des positions connues du vieux militant des droits de l’Homme mettant en cause l’ensemble du système en place. 

 

Ceux qui défendent la Constituante ont raison

Ali Yahia Abdennour, qui fait preuve d’une vivacité d’esprit remarquable malgré le poids de l’âge, ne se prive pas de dire tout le mal qu’il pense du Panel et de sa “mission”.

La mission du panel, explique-t-il, est d’amener “ tout au moins, une partie de la société à accepter une élection présidentielle dans les meilleurs délais..Ils s’appuient sur la situation économique déplorable du pays pour y parvenir.  En résumé, la mission du panel, en mettant la pression pour aboutir à une élection présidentielle aussi rapidement, n’a qu’un seul but : diviser et casser le hirak.”

Selon lui, la mission du panel est de satisfaire les “ exigences du haut commandement militaire qui veut une élection présidentielle dans les meilleurs délais”. Mais le rejet des citoyens les pousse à présenter les choses sous un jour dramatique: “. Ils disent aussi que sans cette élection, ce sera le chaos.”

Ali Yahia Abdennour donne raison à ceux qui appellent à la mise en oeuvre d’une constituante car avec la Constitution actuelle “nous aurons demain un président qui jouira de tous les pouvoirs, donc nous aurons finalement un dictateur, un potentat.”