MAROC
01/07/2018 17h:03 CET

Mawazine: Sabry Mosbah, l'artiste tunisien qui fait revivre le patrimoine musical de son pays

Façon rock-folk, le chanteur revisite la tradition tunisienne.

Sabry Mosbah/Facebook

MUSIQUE - La Tunisie était invitée ce samedi 30 juin au site historique du Chellah à Rabat. Pour le dernier jour de cette 17ème édition du festival de Mawazine, le public a eu le droit à une jolie découverte avec le chanteur et guitariste Sabry Mosbah. Accompagné de Imed Rezgui aux percussions et de Lucien Zerrad à la guitare électrique et au oud, le jeune chanteur a fait revivre, à sa manière, les chansons du patrimoine tunisien comme Baba Jelloul ou Tunis Ya Lkhadra.

Les quelques Tunisiens présents dans le public n’ont d’ailleurs pas résisté à l’envie de chanter avec le jeune artiste, ravi pour sa part de retrouver dans l’assistance des compatriotes.

Fils de Slah Mosbah, célèbre musicien, compositeur et chanteur tunisien des années 90, Sabry Mosbah s’est fait un prénom en partageant sur sa chaîne YouTube des reprises de chansons du patrimoine tunisien, mais également des chansons occidentales.

L’artiste à la voix envoûtante est aujourd’hui basé à Toulouse et a sorti son tout premier album en 2017, “Mes Racines”, hommage à ses origines, où bendir se mêle à la guitare électrique.

Ces sonorités modernes aux influences traditionnelles forment un mariage des styles qui décrit bien la Tunisie d’aujourd’hui. Interview avec un talent considéré comme un des chefs de file de la scène musicale tunisienne actuelle.

HuffPost Maroc: Vous êtes nés dans une famille d’artiste. Faire de la musique, était-ce une évidence pour vous?

Non, pas du tout. Au début, je voulais être pilote de ligne, comme tous les gamins de mon âge. La musique, c’est tout récent. Et même quand j’ai commencé dans ce domaine, j’étais technicien de son, je ne pensais pas que je serais un jour au devant de la scène. Tout ce que je fais dans la vie vient après un déclic. Pour la musique, c’était suite à une déception.

Un jour, j’ai pris mon courage à deux mains, parce que je suis quelqu’un de très timide, et j’ai chanté devant un public. J’ai réalisé qu’en faisant de la musique, je n’étais plus aussi timide. 

Comment êtes-vous passé des reprises à l’interprétation de vos propres chansons?

Lors d’un soirée à Toulouse, Abdelkoddous Saadaoui, qui est aujourd’hui l’auteur de mes textes, est venu vers moi après m’avoir écouté chanter à la guitare. Il m’a demandé pourquoi je ne chantais pas mes propres chansons et je lui ai avoué que je trouvais mon écriture un peu trop naïve. Aujourd’hui, c’est lui qui écrit mes textes et ma carrière a été lancée un peu grâce à lui. On ne peut rien faire seul et je crois beaucoup au travail de groupe.

Votre style oscille entre musique traditionnelle et musique moderne...

Jeune, j’écoutais de la musique occidentale, du blues, du jazz, du Michael Jackson, du Green Day. Mais il y a avait tout le temps de la musique classique à la maison avec mon père qui répétait ses morceaux et je ne pouvais pas ignorer cette musique. J’ai eu des influences des deux cultures.

Au départ, j’étais un peu éparpillé, je me cherchais encore. Grâce à la guitare, j’ai trouvé ma vocation et en y travaillant, j’ai opté pour une formation rock. Avant, je disais que je faisais du blues avec du gnaoua ou je ne sais quoi, mais maintenant, les arrangements ont changé. Aujourd’hui pour moi, je fais du rock tunisien. 

Avec sa reprise dans les années 90, votre père avait rendu célèbre la chanson “Yamma Lasmar Douni” (Maman, le brun est-il mauvais ?) qui fait partie du patrimoine musicale tunisien. La chanson est notamment symbolique de l’abolition de l’esclavage en Tunisie. Ce combat influence-t-il aussi vos textes?

C’est un sujet qui dérange et il faut en parler. Pour ma part j’essaie plutôt de transmettre un message de paix à travers mes chansons et si j’arrive à passer ce message, j’arriverais forcément à participer au combat contre le racisme en Tunisie.

Votre premier album, “Mes Racines”, compte plusieurs reprises de musiques traditionnelles tunisiennes. Comment arrivez-vous à y ajouter votre propre touche?

Les arrangements ont changé mais je n’ai pas touché à la mélodie ou la structure. J’essaie de garder l’authenticité des morceaux que je reprends. Il y a de la batterie, de la basse, les percussions arabes sont plus développés, il y a plus de groove, c’est un rock hybride, ça fait bouger!

Vous choisissez de chanter en arabe tunisien...

Je veux que la langue tunisienne soit reconnue. Beaucoup d’artistes marocains, par exemple, choisissent de chanter dans leur langue, comme Hamid Lkasri, ou mon ami Mehdi Nassouli, tu peux ne pas comprendre, mais tu les acceptes. 

Quand je pars dans les pays du Moyen-Orient, j’arrive à comprendre les gens mais eux n’y arrivent pas. Parce qu’ils ont su promouvoir leur culture à travers les feuilletons, la musique... Mais nous n’avons pas encore réussi à faire ça.

Envisagez-vous des collaborations avec des artistes Marocains?

Sincèrement, si on me le propose, je serais honoré. J’adore la musique marocaine et j’ai déjà fait plusieurs reprises de chansons marocaines sur ma chaîne YouTube. D’ailleurs, je viens de composer un nouveau morceau qu’on retrouvera dans le prochain album et j’y ai intégré du guembri.

Il y a donc déjà un nouvel album en préparation?

Oui, dès qu’on a clôturé cet album, on pensait déjà au deuxième. Lais j’essaie d’abord de faire connaître ce premier album et d’acquérir un public.