ALGÉRIE
12/03/2019 13h:33 CET | Actualisé 12/03/2019 14h:43 CET

"Matzidech dkika": À Alger centre, les étudiants mettent à jour les slogans et poursuivent les manifestations

Des milliers d'étudiants à Alger centre ont rejeté les décisions de la veille, vues comme une "ruse" du pouvoir. Reportage.

Hamdi Baala
Des milliers d'étudiants marchent à Alger centre contre "le prolongement du 4e mandat" de Abdelaziz Bouteflika, le 12 mars 2019.

Des milliers d’étudiants ont manifesté mardi 13 mars à Alger centre contre “le prolongement du 4e mandat” de Abdelaziz Bouteflika qui contourne, selon eux, les revendications du mouvement contre le 5e mandat. 

La veille, une lettre du chef de l’Etat avait annoncé le report sine die de la présidentielle prévue pour le 18 avril, après trois semaines de manifestations contre sa candidature. Une annonce vue comme une “ruse” pour rester en poste après la fin de son mandat, le 28 avril prochain. 

Le Premier ministre Ahmed Ouyahia a été remplacé par le désormais ex-ministre de l’Intérieur Noureddine Bedoui.

Des étudiants de divers facultés de la capitale ont rejoint ce rassemblement, prévu depuis quelques jours pour dénoncer la décision du ministère de l’Education supérieure d’avancer les vacances du printemps, une autre décision perçue comme une tentative d’affaiblir la mobilisation.

Les universitaires ont également mis à jour leurs slogans et pancartes suite aux décisions de la veille. 

“Notre responsabilité est d’expliquer que les décisions d’hier ne sont qu’une ruse”, a déclaré Amine, 23 ans, étudiant en droit à la faculté de Saïd Hamdine. Et d’ajouter: “Ce n’est que la dernière carte d’el issaba (le gang) au pouvoir”. 

Des rassemblements ont eu lieu à la place Maurice Audin et à l’esplanade en face de la Grande Poste. Les étudiants ont également marché le long de la rue Didouche Mourad et l’avenue Pasteur qui relient les deux endroits, sous les yeux de la police qui ne les a pas empêché de circuler. 

“Non au mandat 4,5”, “Non au prolongement du mandat” ou encore “Non à la période de transition dirigée par le gang”, a-t-on pu lire sur les pancartes. 

 

“Matzidech dkika”

Les manifestants ont aussi mis à jour le slogan phare des manifestations contre le 5e mandat suite aux annonces de la veille. “Makach el khamsa ya Bouteflika” (Bouteflika, il n’y aura pas de 5e mandat) est ainsi devenu “Matzidech dkika ya Bouteflika” (Bouteflika, pas une minute de plus). 

A la place Audin, les étudiants ont collé sur un mur des étiquettes sur lesquelles ils ont écrit des revendications. “Dégage système”, “Libérez notre Algérie”, “L’histoire ne vous sera pas clémente, dégagez” ou encore “Deuxième République”, peut-on lire sur ces notes. 

 

 

 

“El issaba”

Un terme qui revient souvent depuis le début des manifestations le 22 février: “El issaba” (le gang). Il désigne les figures du pouvoir et ce que beaucoup perçoivent comme une gouvernance de l’ombre par des intérêts divers qui se cachent derrière le président Abdelaziz Boutelfika, notamment depuis son AVC en 2013 qui l’a laissé aphone et incapable de marcher. 

“Hey oh, hey oh, ennahou el issaba w nwellou labes”, (Quand on aura viré le gang, on sera bien), ont longtemps chanté les étudiants sur les escaliers de la Grande Poste. 

“Celui qui a ramené Ouyahia et l’a limogé pour ramener Bedoui, celui qui écrit les messages de Bouteflika. C’est lui que nous voulons dégager”, a expliqué Hichem, 21 ans, étudiant à l’Ecole Supérieure de l’Informatique.