MAROC
25/12/2018 15h:52 CET

Maternité des Orangers: "Mon fils s'appelait Ryad et je ne veux pas qu'on l'oublie" (TÉMOIGNAGE)

“On a essayé de faire pression sur moi pour que je retire ma plainte", nous raconte le père du bébé décédé le 17 décembre à la maternité des Orangers.

NikiLitov via Getty Images

TÉMOIGNAGE - C’est un père choqué qui cherche encore à comprendre ce qui s’est vraiment passé. Mohamed Ennassiri est le papa du nourrisson décédé, lundi 17 décembre à la maternité des Orangers relevant du CHU Ibn Sina à Rabat. “Il s’appelait Ryad, il est né le samedi 15 décembre. J’avais tenu à ce que ma femme accouche dans la maternité où je suis né, mais je ne pouvais pas deviner qu’un drame nous y attendait”, raconte-t-il au HuffPost Maroc.

Mohamed Ennassiri, employé dans le semi-public, n’a eu le droit qu’à un bonheur éphémère, un week-end au cours duquel il a eu la grande joie de devenir papa pour la première fois, en accueillant de jumeaux, une fille et un garçon. “On leur avait choisi un prénom avant même leur naissance. Rinade et Ryad. Mais le sort a voulu séparer nos inséparables”, dit-il, la gorge serré. Une injection supposée être un vaccin contre l’hépatite B a brusquement anéanti le bonheur de la famille. “Le lundi, j’apprends que Ryad est mort et que Rinade a été transférée, ainsi que d’autres nourrissons, à la réanimation à l’hôpital d’enfants. Je ne pouvais pas l’assimiler, je ne tenais plus sur mes pieds”, confie-t-il. 

Une erreur de produit injecté aux six nourrissons, ce lundi là, a chamboulé la vie de leurs parents et des familles. À la place du vaccin, c’est un anesthésiant, d’après nos sources, qui leur avait été administré provoquant le décès d’un nourrisson, en l’occurrence Ryad et une détresse respiratoire chez 5 autres bébés. Le ministre de la Santé, Anass Doukkali, a précisé, hier, lors de la séance des questions orales de la Chambre des représentants, que quatre de ces nourrissons ont quitté l’hôpital et qu’un seul est resté sous surveillance. Et d’ajouter que les investigations préliminaires menées par la commission centrale multidisciplinaire relevant du ministère de la Santé sur cet incident n’ont enregistré aucun dysfonctionnement concernant la qualité du vaccin et les conditions de son stockage.

En attendant de dévoiler les origines du drame, deux infirmières, une sage femme et une préparatrice de la maternité, ont été arrêtées et poursuivies pour “meurtre involontaire”, indique au HuffPost Maroc, Habib Karroum, président de l’Association marocaine des sciences infirmières et techniques sanitaires (AMSITS). Il précise qu’elles ont été déférées devant le juge, hier, au tribunal de première instance de Rabat en état de détention.   

“Tout de suite après le drame, j’ai porté plainte contre le ministère de la Santé, la maternité des Orangers et les deux infirmières. Je veux une justice pour mes enfants et pour cela je me battrais jusqu’au bout”, promet Mohamed Ennassiri qui s’est présenté, hier, au tribunal pour suivre le procès. “Je suis convaincu que ces deux infirmières ne doivent pas endosser toutes seules la responsabilité de cette erreur”, précise-t-il.  

Les deux infirmières, auxquelles la liberté provisoire a été refusée, sont maintenues en détention durant le procès, dont une prochaine audience a été fixée pour lundi prochain. Mohamed Ennassiri dit être conscient que le combat ne sera pas facile. “On a essayé de faire pression sur moi pour que je retire ma plainte, mais j’ai refusé catégoriquement. J’ai récupéré mon petit Ryad de la morgue de Hay Ryad et je l’ai enterré, vendredi dernier, au cimetière de Témara. Et à présent, je suis très inquiet pour l’état de santé de Rinade. Alors, comment puis-je abandonner ma plainte?” s’interroge-t-il, comme pour défendre un droit des plus légitimes. 

Tout aussi légitime, ce père estime également que la prise en charge de Rinade doit être assurée par le CHU Ibn Sina. “Je suis allé, hier, récupérer ma fille et la pédiatre m’a demandé de la soumettre à des examens médicaux et un scanner que je croyais gratuits, jusqu’à ce qu’on me demande de payer la facture qui s’est élevée à près de 1.000 dirhams. Je suis parti offusqué, sans payer”, confie-t-il. Il considère que les parents de ces nourrissons devraient s’unir pour se faire entendre, exiger une prise en charge médicale gratuite. “J’ai commencé à les appeler un à un. Un autre père vient de déposer également une plainte et d’autres réfléchissent à l’éventualité d’en faire de même. C’est auprès d’un avocat que nous coordonnerons cette saisie commune de la justice”, nous révèle-t-il.

L’inconsolable père s’accroche à l’espoir, non seulement pour ses jumeaux, mais aussi pour leur maman. “Je ne peux pas décrire l’état dans lequel elle est. La douleur a remplacé la joie d’une mère. Elle pleure de jour comme de nuit et malheureusement, il n’y a pas non plus de suivi psychologique”, regrette-t-il.

Mohamed Ennassiri a dû prendre congé de son travail pour se consacrer aux suites de ce drame. Il attend de récupérer le rapport médical consacré l’état de santé de sa fille pour comprendre de quoi elle souffre au juste. “Le CHU tarde encore à me le procurer et chaque jour, on me demande de revenir le lendemain. Si j’ai perdu Ryad, je ne veux pas perdre aussi Rinade. Je veux qu’elle vive et en bonne santé, comme le mériterait tout enfant”, espère-t-il.