MAROC
29/10/2018 16h:14 CET

Match en Arabie saoudite: Nadal et Djokovic pris dans la polémique après l'affaire Khashoggi

La Juventus et le Milan AC, qui doivent s'affronter à Ryad, sont également épinglés.

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INTERNATIONAL - En décembre et janvier prochain, l’Arabie saoudite doit accueillir deux prestigieuses rencontres sportives internationales. Mais la récente disparition du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, qui a jeté un pavé dans la mare des relations diplomatiques mondiales, semble ne pas épargner davantage le monde du sport.

Hier, à Paris, Rafael Nadal et Novak Djokovic ont échangé avec la presse lors d’une conférence avant l’ouverture du Rolex Paris Masters où ils se disputeront le titre de numéro un mondial. S’ils ont été questionnés sur ce duel très attendu avant la fin de saison, les journalistes ont saisi l’occasion de mettre sur la table le prochain match d’exhibition auquel prendront part les deux monstres du tennis, le 22 décembre à Djedda en Arabie saoudite.

Le 7 octobre dernier, bien avant qu’il reconnaisse le meurtre du journaliste Jamal Khashoggi, le royaume wahhabite annonçait en grande pompe cette rencontre entre les deux champions, l’un et l’autre déclarant ”être impatients de jouer et de visiter ce magnifique pays”. Mais la teneur de cet événement en Arabie Saoudite dérange la communauté internationale, quelques semaines après cet assassinat dont le prince héritier Mohamed Ben Salmane serait le commanditaire, selon de nombreux observateurs.

Dans l’attente d’une clarification

Ce dimanche, les deux joueurs se sont timidement prononcé quant à ce match d’exhibition qui pourrait leur rapporter 1 million de dollars chacun, selon Le Monde. “Personnellement, j’essaie de rester apolitique et de ne pas m’impliquer dans les échanges ou situations politiques, s’est défendu Djokovic, justifiant un engagement pris il y a plus d’un an avec l’Autorité générale du sport saoudien. Pour le Joker, il s’agissait, à l’époque, d’une “décision tennistique, professionnelle”. 

Aujourd’hui, il se dit conscient de ce qui se passe avec l’Arabie saoudite. “Quand on voit quelque chose de ce genre, bien entendu, on a un ressenti. Mais je ne peux pas vous en dire davantage. Mon équipe est en contact avec les gens d’Arabie saoudite. Il en va de même pour celle de Rafa. On essaie de mieux comprendre la situation, de mieux la capter. Parce que, pour l’instant, on n’a pas assez d’informations. Il faut étudier cela de près”, poursuit-il dans une déclaration reprise par le quotidien sportif L’Equipe. 

Même son de cloche du côté de Rafael Nadal, conscient à son tour des tensions autour de cette rencontre. “Je suis au courant de la situation mais je m’étais engagé à jouer un an auparavant. Mon équipe leur parle afin d’analyser les choses. Quand un tel fait se produit, c’est absolument terrible. Un journaliste a perdu la vie. Je sais que des choses horribles se sont passées à l’intérieur (du consulat d’Arabie saoudite à Istanbul, ndlr). Nous sommes en train d’évaluer la situation et j’espère que les choses seront clarifiées le plus vite possible”,t a expliqué le numéro un mondial. 

Amnesty International épingle les géants du foot italien

La polémique enfle et ne s’arrête pas qu’au tennis. La Supercoupe d’Italie opposera la Juventus, vainqueur du Championnat italien et de la Coupe, et l’AC Milan, finaliste. Suite à l’assasinat de Khashoggi, Amnesty International a pressé, samedi, les deux clubs de boycotter ce match qui doit se tenir à Riyad en janvier 2019.

“Même avant l’effroyable meurtre de Jamal Khashoggi, l’Arabie saoudite présentait un épouvantable bilan à propos des Droits de l’Homme”, a déclaré Allan Hogarth, responsable de la section politique d’Amnesty International au Royaume-Uni. “Les grands clubs comme la Juventus et l’AC Milan doivent comprendre que leur participation à des événements sportifs dans ce pays pourrait être considérée comme une caution sportive”, a expliqué Hogarth dans un communiqué, appelant les deux club à “réfléchir à deux fois au signal que cela enverrait aux supporters sportifs dans le monde et aux courageux militants des Droits de l’Homme en Arabie saoudite”, a-t-il précisé, rapporte l’AFP.

Une décision regrettée par Luca Lotti, ex-ministre italien des sports et actuellement député de l’opposition. Sur sa page Facebook, il intime au Championnat italien de réexaminer la décision de disputer cette finale en Arabie saoudite et invite le gouvernement à tout mettre en oeuvre pour éviter au football italien “d’écrire une des pages les plus sombres de son histoire”.

Après la Libye, la Chine, les États-Unis et le Qatar, l’Italie a choisi, le 6 juin dernier, l’Arabie saoudite pour héberger les éditions 2018-2019 et 2020 de sa “Supercoppa”. L’accord financier entre le royaume et la Ligue italienne Serie A rapportera sept millions d’euros à partager entre les deux clubs et la Ligue selon des médias italiens.