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07/08/2019 10h:13 CET | Actualisé 07/08/2019 17h:04 CET

Martine à la plage (au Maroc)

"Voilà que cette période, qui devrait être un grand moment de détente, devient un grand moment de… n’importe quoi!"

Frédéric Soltan via Getty Images
Des gens sur une plage de Casablanca, le 20 juin 2019.

SOCIÉTÉ - Mon Maroc est une grande étendue dont la moitié des frontières sont des côtes. Qui dit côtes, dit plages ce qui tombe bien car nous sommes dans une société de loisirs et que le Maroc compte fortement sur le tourisme pour équilibrer sa balance commerciale. De plus, quoi de mieux pour se ressourcer que de bronzer sur la plage et barboter dans l’eau pour recharger ses batteries, afin de pouvoir, le reste de l’année, se lever quotidiennement pour aller gagner durement son pain?

Oh bien sûr, tout le monde ne peut pas partir en vacances vu le salaire moyen. Tout le monde ne sait pas nager non plus, cette activité ne faisant pas partie des priorités de l’éducation nationale, enfin pour ceux qui fréquentent encore ces établissements…

Mais bon, cela nous laisse encore un grand nombre de touristes étrangers et de touristes de l’intérieur.

Et voilà que cette période, qui devrait être un grand moment de détente, devient un grand moment de… n’importe quoi!

Nous lavons nos intérieurs à grandes eaux mais nous jetons nos poubelles un peu partout.

La première difficulté réside bien sûr dans le fait de trouver un coin de plage gratuite. Je ne viendrais pas plaindre ici ceux qui ont les moyens de se payer un carré de tranquillité à 200 dirhams le bed et dont les seuls soucis sont constitués par la lenteur du service et la fraîcheur de la bière qui va avec!

Non, je parle des puristes qui refusent le système de la privatisation du littoral ou qui plus simplement et plus nombreux n’ont pas les moyens de ce luxe. Ceux-là doivent déjà trouver un petit coin propre pour étendre leur serviette de bain en évitant les plastiques échoués, les morceaux de verre brisés et les poubelles laissées innocemment par les gros dégoûtants que nous sommes. Eh bien oui, il faut bien le reconnaître, le peuple marocain a un rapport à l’hygiène et aux poubelles bien particulier. Nous lavons nos intérieurs à grandes eaux mais nous jetons nos poubelles un peu partout. Dans la rue mais pas à côté de notre porte, non, non mais 2 mètres plus loin peut-être par soucis de vengeance pour nos voisins en pensant que l’odeur ne leur sera profitable qu’à eux. Dans la rue, sur les plages, dans la nature enfin bref, un peu partout. Seuls les abords des villas d’Anfa sup et les résidences fermées et sécurisées semblent épargnés par cette triste mauvaise habitude. Nous pensons certainement que Dieu qui pourvoit à tout s’en occupera comme du reste mais visiblement, il a d’autres choses plus importantes à faire. Nous ne pouvons pas plus compter sur les communes qui ne peuvent pas s’occuper de ce détail tout en négociant le bout de gras avec les promoteurs et autres habitués des marchés publics plus ou moins privatisés. Il est vrai que l’odeur, l’image déplorable de notre beau Maroc et les problèmes sanitaires sont des plus accessoires…

Bon, bref. On trouve notre petit carré propre. Pas trop près des cocottes sur butane dont le sifflement est horripilant pour se reposer et qui s’accompagne généralement d’une smala dont les cris vous vrillent les tympans mais on devrait être habitués puisqu’au Maroc, on ne parle pas doucement, on s’exprime afin que tout le monde puisse profiter de la conversation.

Ils gagnent quasi à tous les coups et vident la plage de tous ces corps “haram” qui représentent un véritable blasphème à leurs yeux

Et voilà que cet endroit quasi idéal trouvé, on veut se mettre à l’aise en maillot de bain histoire de prendre sa dose de vitamine D et éventuellement un coup de soleil voire, en cas d’oubli, un petit mélanome bien à soi. Et avant même d’avoir fini de se déshabiller dans la mesure de la pudeur, on sent toute l’intensité des regards de quelques barbus, jeunes et vieux, habillés ou en short de bain et de quelques femmes voilées ou portant carrément leur tente, au cas où la famille décide de camper la nuit sur la plage.

Le plus grand calme et l’indifférence ne faisant que les exciter alors même qu’ils sont avec leurs propres femmes donc, ne serait-ce que par respect pour elles ils devraient faire semblant de ne pas nous voir. L’histoire continue systématiquement par des remarques, des insultes, des explications non demandées sur ce qu’est la décence au nom du livre qu’ils ne savent pas lire, voire sur des agressions physiques! Bref, ils gagnent quasi à tous les coups et vident la plage de tous ces corps “haram” qui représentent un véritable blasphème à leurs yeux bien que je doute qu’ils sachent la définition exacte de ce mot. On doit bien convenir qu’avec ce retour à la tradition dont je ne connais pas trop l’origine (afghane ou saoudienne?) est arrivée une religiosité plus forte dans cette terre d’islam que le Maroc ne connaissait pas il y a encore 20 ans, tel que nos mères l’ont pratiqué et nous l’ont enseigné. Mais il est vrai qu’une lettrée ne peut pas vraiment convaincre une armée de moutons bêlant des vérités glanées sur Internet…

Nous vivons ainsi ce que nous pouvons appeler le schisme des sardines féminines. Il faut qu’elles soient bien emballées dans leur boîte histoire de ne pas donner faim aux hommes marocains dont le ventre semble aussi vide que leur cerveau. 

Je me dis que ce n’est pas gagné et que je ne risque pas beaucoup de coups de soleil dans ce Maroc que j’ai du mal à reconnaître

Et pendant ce temps-là, on nous ressort chaque été l’objectif des 10 millions de touristes! Sachant que nos capacités hôtelières sont loin du compte. Sachant que les Marocaines un tant soit peu modernes, avec des moyens et voulant un peu de liberté et s’échapper de cette pression sociale délétère, préfèrent les plages espagnoles…

Il ne nous reste que deux options que je suggère fortement au ministère du Tourisme: soit il ouvre quelques antennes au Pakistan, dans la péninsule arabique et dans tous les pays ayant cette même vision archaïque de la femme, de ses droits et de la liberté individuelle pour atteindre enfin les objectifs du plan, soit on interdit plus simplement l’accès aux plages aux femmes et on les désigne gay-friendly pour attirer uniquement des touristes masculins mais je crois que sur ce second point, il restera des mauvaises langues qui invoqueront quelques sourates pour s’y opposer.

Quelle que soit la solution, il ne restera plus qu’à éduquer les Marocains à la propreté, au respect de la nature et au ramassage des déchets. Quand on voit que l’on a du mal à les éduquer pour qu’ils respectent les femmes et la liberté des autres, je me dis que ce n’est pas gagné et que je ne risque pas beaucoup de coups de soleil dans ce Maroc que j’ai du mal à reconnaître!

#safibaraka