MAROC
13/11/2018 17h:01 CET | Actualisé 13/11/2018 17h:49 CET

À Marrakech, l'Afrique s'engage pour la sécurité routière

Si les choses ne changent pas, les routes seront plus meurtrières en 2015-2030 que le virus du VIH.

AIC Press

FORUM - Ce 13 novembre, le palais des congrès de Marrakech dessine les contours de l’avenir africain en matière de sécurité routière avec le lancement du premier forum continental dédié à la question. Près de 50 pays africains, secteurs privés, publics, ONG internationales et société civile se retrouvent au Maroc pendant trois jours autour d’un engagement: améliorer la sécurité routière et réduire le nombre de victimes de la route sur le continent. 

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“Nous devons déployer davantage d’efforts pour sauver des vies”, a souligné le chef du gouvernement marocain, Saad-Eddine El Othmani, à l’ouverture du forum. Chaque jour, environ 675 personnes perdent la vie sur les routes africaines. “Nous devons construire ensemble un nouveau futur. La sécurité routière est un levier pour le développement durable, économique et social du continent. C’est un challenge africain. Il en est de notre responsabilité”, a ajouté El Othmani.

Un coût économique et humain

L’Afrique enregistre le taux de mortalité sur les routes le plus élevé du monde. “Si rien n’est fait, il va doubler d’ici 2030”, a souligné Franz Drees-Gross, directeur au pôle mondial d’expertise en Transport et développement numérique de la Banque mondiale.

Les prévisions annoncent une augmentation de 51% sur la période 2015-2030 alors que dans le même temps, la mortalité due au VIH pourrait, elle, baisser de 18%. Un véritable enjeu donc pour le continent, avec ses répercussions économiques: les accidents de la route coûtent ainsi 3 à 5% du Produit Intérieur Brut des pays à faible et moyen revenus.

“Mais nous ne devons pas seulement prendre des chiffres en considération. Ces accidents laissent des orphelins, des personnes handicapées, une immense souffrance physique et morale”, a rappelé Abdelkader Amara, ministre de l’Equipement, du Transport, de la Logistique et de l’Eau.

Zoleka Mandela, petite fille de Nelson Mandela et ambassadrice mondiale de la sécurité routière au sein de la Fédération Internationale de l’Automobile, en témoigne. Elle a tenu a partagé sa douleur en racontant que sa fille a perdu la vie en 2010, écrasée par un chauffard ivre. “Aujourd’hui, je souffre d’insomnie. Les enfants d’Afrique ont peur de traverser la rue. Il faut que les choses changent”, souligne-t-elle, après avoir invité l’assistance à observer une minute de silence pour tous ces enfants morts sur les routes.

Les premiers contours de l’Observatoire africain sur la sécurité routière

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Pour aboutir à des mesures concrètes, une réflexion collective est conduite jusqu’au jeudi 15 novembre. Première séance: un échange entre les ministres des Transports de plusieurs pays, dont la Gambie, le Libéria, le Ghana, le Maroc, la République centrafricaine ou encore les Comores, sur le thème du management stratégique et institutionnel. Les problèmes évoqués sont souvent les mêmes: manque de discipline (port de la ceinture de sécurité, excès de vitesse), “un code de la route vétuste”, comme aux Comores, ou encore des zones encore sous-équipées. Les solutions apportées sont aussi communes à de nombreux pays: création d’une agence spécialisée sur la question, de plans d’actions et de comités ministériels. “Mais c’est un challenge global”, souligne Mattias Landgren, secrétaire d’État au ministère de l’Entreprise et de l’Innovation suédois, venu apporter l’expertise d’un des pays où le taux de mortalité est le moins élevé au monde. “L’important est la collaboration pour relever le défi”. L’échange d’expérience est donc obligatoire.

Le forum marque aussi l’éclosion du premier Observatoire africain sur la sécurité routière. “L’engagement sur la sécurité routière est important pour l’avenir de l’Afrique. Mais nous avons besoin de données fiables pour élaborer des mesures efficaces. L’Observatoire africain sur la sécurité routière est une opportunité. Le lancement sera annoncé jeudi, durant la clôture du forum. Mais rien ne se fera sans implication”, a souligné Young Tae Kim, secrétaire général du Forum International des Transports. 

“Nous allons développer une feuille de route pour l’Afrique avant la fin de la décennie. L’Observatoire africain sur la sécurité routière contribuera dans ce sens-là. Mais pour que cela fonctionne, il faut du travail, de l’acharnement et du partage”, a affirmé Jean Todt, président de la Fédération Internationale de l’Automobile et envoyé spécial du secrétaire général des Nations unies pour la sécurité routière.