MAROC
10/07/2019 17h:43 CET

Marrakech du Rire: Quand Jarry raconte son homosexualité au public marocain

Et rappelle le fameux dicton: "l’habit ne fait pas le moine".

HUMOUR - Il rit de tout, c’est Jarry! Invité à la toute dernière édition du Marrakech du rire, en juin dernier au palais El Badi, et dont la soirée de gala sera diffusée ce mercredi 10 juillet sur M6 à 20h05 (GMT+1), l’humoriste français revient, dans des interviews accordées à la presse française, sur son passage sur scène où il a évoqué son homosexualité face au public marocain.

“II y a des mecs qui aiment le foot, ce soir? Tapettes!”. Le ton est lancé dès les premières minutes de son entrée sur scène. “J’avais envie d’ébranler les choses”, a déclaré l’humoriste au Figaro

Une standing-ovation inattendue 

Avec son personnage de professeur de chant pour lequel le trait efféminé a été particulièrement accentué, Jarry a choisi d’aborder le thème de l’homosexualité avec humour et légèreté. “3.600 personnes se sont levées, personne ne s’y attendait”, raconte l’humoriste au quotidien 20 minutes.

“Je pense que les gens ont été surpris par le fait que j’ai beaucoup d’autodérision. J’ai chanté un chant coranique, j’ai parlé de foot et de mes enfants, mais j’ai assumé très clairement le fait d’être homosexuel”, ajoute l’artiste chouchou de l’émission hebdomadaire de TF1 “Vendredi tout est permis”. 

Je suis un homosexuel qui est aussi un papa, qui sait parler arabe, donc j’avais envie de leur dire ‘L’habit ne fait pas le moine’.

“Avec Caroline Vigneaux qui parlait de sexe et de sex-toys, on est les deux à être sortis du cadre des sketchs sur le ramadan ou les blancs et les noirs”, explique-t’il à ce journal. Et de préciser: “je connais bien le Maroc et les Marocains. Je les aime énormément et je n’avais pas envie de les choquer pour les choquer. Si j’y étais allé pour ça, je n’aurais rendu service à personne, cela n’aurait fait que nourrir l’homophobie ou les clichés. Il y a certainement des personnes dans le public qui ont été choquées par moments, mais j’ai fait un truc plus soft. C’est comme si je rencontrais ma belle-mère et que je voulais lui plaire”, s’amuse l’humoriste.

Pour Jarry, le passage au Marrakech du rire “est une expérience positive qui confirme que quand c’est drôle, c’est drôle”. Mais il est parfaitement conscient qu’au-delà du rire, “il y a des tonnes de choses à faire” pour les droits des homosexuels au Maroc. “C’est aussi ça qu’a défendu Jamel Debbouze en m’accueillant. Je pense que c’est en désacralisant, en montrant que les choses sont tout à fait normales, que les gens prendront conscience que c’est tout à fait normal.”

Caroline Vigneaux, qui a choisi elle aussi d’aborder le sujet, a eu droit à son moment de trac avant de monter sur scène. “J’appréhendais avant de monter sur scène”, admet cette ex-avocate devenue humoriste. Elle avait surtout peur de se “faire huer”, que “les gens quittent la salle”. Mais, ce n’était pas le cas, pour l’artiste qui s’en réjouit dans une déclaration au Figaro avant d’ajouter: “Vous allez voir, les hommes se font entendre et les femmes aussi. Elles crient et sifflent...”.

Alors que l’homosexualité reste un sujet tabou dans la société marocaine, Jamel Debbouzze, maître de cérémonie et instigateur de l’événement a voulu se servir de ce festival pour faire “passer des messages de tolérance”.

“Caroline peut tout dire. Il y avait simplement une ou deux répliques…”, évoque le mari de Melissa Theuriau et fondateur du Jamel Comedy Club. Pour lui, “le public marocain est particulier. Le Maroc reste un pays musulman avec tout ce que cela implique. Ce n’est pas forcément simple”.

Le code pénal est clair là-dessus. Dans son article 489, il prévoit de 6 mois à trois ans d’emprisonnement pour “actes contre nature avec des individus du même sexe”. En 2018, 170 personnes se sont retrouvées devant la justice pour homosexualité (contre 197 en 2017)”,  rapporte l’agence de presse espagnole EFE.