MAROC
15/05/2019 17h:01 CET

Marrakech: 6 personnes devant la justice pour avoir pratiqué des avortements clandestins

Une affaire qui émerge alors que le débat autour de l'avortement continue d'agiter le pays.

SOCIÉTÉ - Six personnes aurait pratiqué une trentaine d’avortements clandestins dans un appartement à Marrakech. Parmi elles, deux internes en médecine, un étudiant en médecine et un pilote, chargé d’importer d’Espagne un anti-inflammatoire fréquemment utilisé au Maroc par les femmes souhaitant avorter.

Les suspects encourent entre un et six mois de prison, mais risquent jusqu’à cinq ans d’emprisonnement si leur appartenance à un réseau plus large est confirmée.

“Il faut bien comprendre que dans cette affaire, aucune des femmes ayant subi une interruption volontaire de grossesse n’a déposé plainte. Les personnes accusées d’avoir participé à ce soi-disant réseau ne faisaient que répondre à l’appel à l’aide de ces femmes”, affirme au HuffPost Maroc Omar Arbib, membre de l’Association marocaine des droits de l’Homme (AMDH) à Marrakech.

Pour le militant associatif, cette affaire est symptomatique d’une situation plus large, qui dépasse le simple cadre du fait divers. “Le réel problème, c’est que l’État refuse de reconnaître l’avortement: le médicament administré par les médecins à ces femmes est illégal au Maroc, alors qu’il est reconnu par l’OMS et autorisé dans le reste du monde. Selon sa voie d’absorption, il peut déclencher un avortement. Et c’est précisément sur ce point que le gouvernement du Maroc a décidé de se montrer intransigeant, en le rendant illégal l’an dernier”, rappelle-t-il.

Le membre de l’AMDH déplore une situation dans le pays où les femmes n’ont d’autre choix que de tomber dans la clandestinité lorsqu’elles souhaitent avorter. Si en mai 2015, le roi Mohammed VI appelait à modifier la loi pour autoriser l’avortement dans certains cas de grossesse (viol, malformation foetale ou grossesse pouvant entraîner la mort de la mère), le projet de loi, adopté en 2016 par le gouvernement, n’est toujours pas passé devant le Parlement et la pratique est donc toujours condamnée. “Au Maroc, on estime que par jour, ce sont 800 interruptions volontaires de grossesse qui sont pratiquées dans la clandestinité”, explique Omar Arbib.

Une pratique qui bien souvent oblige ces femmes à subir des interventions chirurgicales dans des conditions sanitaires désastreuses. Pour Omar Arbib, “plus que jamais, il est nécessaire de remettre cette question au coeur des débats, pour que l’avortement puisse être légalisé et ainsi permettre aux femmes de reprendre possession de leur corps.”

Le Mouvement alternatif pour les libertés individuelles (M.A.L.I) a quant à lui dénoncé, sur sa page Facebook, le “business lucratif” de l’avortement clandestin. “M.A.L.I. condamne ces pratiques où des personnes, parfois médecins ou étudiant-es en médecine, profitent de la détresse des filles et des femmes enceintes afin de leur soutirer de l’argent et mettent souvent leur santé et leur vie en danger”, écrit le mouvement pro-avortement, qui accompagne gratuitement les femmes désirant avorter.