ALGÉRIE
13/08/2014 12h:23 CET | Actualisé 13/08/2014 12h:23 CET

Maroc: L'embargo russe, une aubaine pour les exportations agricoles?

Huffington Post Algérie

L’embargo russe sur les produits des États-Unis et ceux de l’Union Européenne pourrait donner lieu à des alternatives pour les exportations agricoles du Maroc. Celles-ci sont en effet menacées par la nouvelle politique agricole commune (PAC), annoncée lors du quatrième round des négociations sur l’accord de libre-échange complet et approfondi (Aleca), entre le Maroc et l’Union Européenne.

L’Aleca vise l’intégration progressive de l’économie marocaine dans le marché européen. La facilitation des échanges, la réglementation phytosanitaires, la protection des investissements et la politique de concurrence figurent comme les principaux axes depuis le lancement des négociations en Mars 2013, à Rabat.

Abordée en avril 2014 lors du quatrième round, la nouvelle politique agricole commune, qui entrera en vigueur en octobre suite à son adoption par le Parlement européen, inquiète le gouvernement marocain. Pour ce dernier, l’accord agricole signé en 2012, lui permettant d’exporter 55% de ses produits sans droits de douane, et le règlement de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) sont remis en cause.

Cette mesure, qui prévoit un dédouanement forfaitaire des fruits et légumes importés du Maroc, pourrait non seulement nuire à la compétitivité des produits marocains sur le marché européen, mais de surcroît causer l’effondrement du secteur de la tomate, une des cultures les plus exportées par le pays.

L’actuel ministre de l'Agriculture et de la pêche maritime, Aziz Akhnnouch, qualifie cette mesure de “démarche étonnante et incompréhensible de la part d'un partenaire historique tel que l'Union européenne”, indiquant qu’une relation de confiance et de partenariat durable qui est mise à mal”. “Si cette réforme est adoptée par le Parlement européen, le secteur de la tomate risque tout bonnement de s'effondrer”.

A cet effet, les autorités marocaines ont décidé de reporter le cinquième round, initialement prévu en septembre. et de lancer une étude d’accompagnement des négociations, dont les résultats seront pris en considération pour la suite du processus.

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L’alternative russe, levier de croissance agricole ?

Les produits européens sont interdits d’entrée sur le marché russe. Celui-ci absorbe 10% des exportations agricoles et agro-alimentaires du continent, et importe 35% de sa consommation alimentaire. Ce qui, à première vue, réjouirait les exportateurs marocains. Toutefois, pour l’Association marocaine des producteurs et exportateurs de fruits et légumes (Apefel), “il est encore trop tôt pour parler d’une aubaine”.

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L’embargo contre la Russie, s’il constitue une occasion rêvée pour que le pays nord-africain s'introduisse dans le marché russe, peut également engendrer un excédent considérable sur le marché européen. Ce qui aura pour effet l’éviction des produits marocains.

Par ailleurs, en dépit d’une demande importante de la part de la Russie, Rabat devrait relever le défi de la logistique. Avec actuellement une seule desserte hebdomadaire, le Royaume chérifien devrait lancer un passage à trois lignes, d’autant qu’il n’est soumis à aucun quota des exportations avec Moscou.

Les exportations agricoles du Maroc, qui constituent 12% de la valeur totale, s’inscrivent dans le cadre du Plan Maroc Vert, destiné à renforcer les performances du secteur et favoriser la croissance. L’application de la nouvelle décision européenne risque d’empêcher les autorités d’atteindre cet objectif, et le pousser à réduire le potentiel des exportations agricoles.

Pour le secrétaire général de l’Apefel, le régime imposé pourrait provoquer la disparition de 150 000 emplois, et le secteur agricole, qui représente 39.4% du nombre total d’emplois et 72.7% des postes en zones rurales, en sera fortement ébranlé.

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