MAROC
02/04/2018 16h:44 CET | Actualisé 02/04/2018 16h:53 CET

Maroc: De l'école au milieu professionnel, comment les inégalités hommes femmes persistent

Et le fossé entre les genres se creuse très tôt.

Bruno Morandi / robertharding via Getty Images

INÉGALITÉS - Accès difficile à la formation, sous-représentation des femmes dans les postes à haute responsabilité, inégalité salariale… Malgré les efforts consentis, le royaume a encore beaucoup à faire pour que les femmes soient véritablement l’égale de l’homme, notamment en milieu professionnel. 

Dans un rapport publié le 29 mars 2018 intitulé “Les femmes, l’entreprise et le droit”, la Banque Mondiale met en exergue certains domaines économiques et sociaux dans lesquels les Marocaines sont discriminées ou traitées de manière différente des hommes.

Sur 189 pays étudiés, le Maroc obtient les notes comprises entre 40 et 91 sur 100 concernant les sept indicateurs mesurés par l’institution économique mondiale, à savoir l’accès aux institutions (91/100), la jouissance de la propriété (40/100), l’obtention d’un emploi (67/100), les incitations au travail des femmes (60/100), l’accès à la justice (75/100), l’accès au crédit (50/100) et la protection des femmes contre la violence (70/100).

Le constat n’était pas plus glorieux dans le rapport annuel publié le 1er novembre dernier par le Forum Économique Mondial (WEF), qui dévoilait alors le classement des plus mauvais élèves en matière d’inégalités hommes femmes dans le monde. Les “cancres” se trouvent majoritairement en Afrique, dans le golfe Persique et dans la péninsule Arabique. Sur les 144 pays étudiés, le Maroc pointe à la 136e place devant le Liban et juste derrière la Jordanie. Parmi les nombreuses causes d’inégalités, celles qui s’exercent dans le milieu professionnel sont particulièrement présentent au royaume.

WEF

Des disparités dans l’accès à la formation

Le phénomène commence dès l’enfance, plus précisément à l’école. L’éducation est une condition essentielle de la réussite professionnelle et pourtant, au Maroc, les femmes sont moins concernées que les hommes. Si le Haut Commissariat au Plan révèle dans une étude parue en 2016 que la parité est quasi similaire entre les filles et les garçons dans l’accès à l’école primaire (94,1% des petites filles sont scolarisées et 95,2% des petits garçons), l’écart se creuse à l’entrée du secondaire où la population féminine ne représente que 45,1% des inscrits, contre 54,9% pour les garçons.

Autre point clivant, l’analphabétisme. Un tiers des Marocains est encore analphabète et cela concerne majoritairement les femmes. Le Haut Commissariat au Plan révèle qu’en 2014, 41,9% d’entre elles étaient ainsi concernées, contre 22,1% pour la population masculine. Ces disparités ont un impact sur les conditions de travail puisque 50% des Marocaines en activité occupent un emploi sous-qualifié et 72,1% d’entre elles n’ont aucun diplôme. Pour les hommes, le taux s’élève à 60,1%.

Inégalité de l’accès à l’emploi

Cette hétérogénéité pose problème aux femmes dans leur recherche d’emploi. En 2017, les données publiées par le Haut Commissariat au Plan révèlent que les femmes figurent parmi les personnes les plus touchées par le chômage avec un taux de 14,7% alors que les hommes ne sont impliqués qu’à 8,8%. Ces derniers sont plus embauchés que les femmes, si bien que le taux d’emploi diverge de près de 46 points (respectivement 65,4% et 19,2%). À noter que cette relation varie en fonction de la situation géographique. Un écart qui s’affirme davantage en milieu rural puisqu’on constate que 80,1% des femmes actives sont salariées en milieu urbain, tandis qu’elles sont 73,6 % à travailler en tant qu’aides familiales en milieu rural.

Cette constatation apparaît également dans le taux d’activité, où l’écart entre les hommes et les femmes fait aussi état d’un fossé entre les deux genres (71,6% pour les hommes et 22,4% pour les femmes). Un taux d’activité accentué par le fait que les femmes sont essentiellement embauchées dans les secteurs à faible productivité, pour occuper des emplois peu qualifiés et faiblement rémunérés.

Enfin, bien que le Maroc ait connu un accroissement du volume de l’emploi en 2017 avec 86.000 postes en plus, ces emplois ont majoritairement profité à la gent masculine qui en a décroché 55.000 contre 31.000 pour les femmes.

Inégalité salariale et plafond de verre

Cela ne s’arrête pas là puisqu’on constate même des inégalités au sein de l’entreprise. L’écart de rémunération est énorme. Il y a plus d’un tiers de différence. Sur ce point, le Maroc fait partie des plus mauvais pays. Selon le Forum Économique Mondial, par an et pour le même travail, une femme gagne en moyenne 3.295 dollars (soit environ 30.000 dirhams), alors qu’un homme gagne en moyenne 12.471 dollars (soit environ 118.000 dirhams).

Pour ce qui est des postes à haute responsabilité, les femmes sont sous-représentées. En politique par exemple, le “plafond de verre” est nettement visible puisque celles-ci ne sont que 20,5% à siéger au Parlement, contre 79,5% pour leurs collègues masculins. De même que ces derniers sont plus présents sur des postes ministériels avec 87% de fréquentation, contre seulement 13% pour les femmes.

Le constat est le même dans la catégorie des cadres et hauts fonctionnaires. Les femmes marocaines en activité ne représentent que 7,3% (dont 0,8% d’élues et de hauts fonctionnaires, 1,8% de cadres supérieurs et membres des professions libérales et 4,7% de cadres moyens). En revanche, elles sont sur-représentées dans les secteurs ou les conditions de travail sont précaires comme l’agriculture, le travail domestique et le textile.

La lutte continue

Pour en finir avec ce clivage des sexes, de nombreuses actions sont menées par des ONG et associations pour femmes. Petit à petit, ces dernières parviennent à susciter la réflexion et instaurent le débat au sein des partis politiques. Si cette dynamique progressiste semble être soutenue par le royaume avec notamment la réforme du nouveau Code de la famille promulguée en octobre 2004 par le roi Mohammed VI, le progrès se fait très lentement et aucune nouvelle mesure n’a été prise depuis. Pourtant, le Maroc a tout intérêt à agir rapidement s’il veut voir son pays se développer. La femme est un acteur majeur au développement humain et économique. De plus, le droit des femmes est un droit fondamental et constitue, avec la promotion de l’égalité des sexes, le troisième objectif du Millénaire pour le développement, adopté en 2000 par 193 États membres de l’ONU, dont le Maroc.