LES BLOGS
07/05/2018 11h:17 CET | Actualisé 07/05/2018 11h:17 CET

Maroc: Le "cyberactivisme", un nouveau mécanisme de gouvernance?

"Avec le boycott, l’activisme cybernétique pénètre, pour la première fois, le champ économique et risque d’avoir des conséquences sonnantes et trébuchantes".

Manczurov via Getty Images

Au Maroc, le rôle des réseaux sociaux dans la vie publique et politique s’amplifie au point de se transformer en un activisme à faire pâlir les mécanismes politiques classiques, dont la déconfiture n’est plus à démontrer.

En effet, depuis la démocratisation de l’accès aux nouvelles technologies d’information, les partis politiques, les syndicats et les élites politiques semblent avoir abdiqué devant la capacité de mobilisation que permettent ces technologies. Et ceci d’autant plus facilement qu’ils étaient déjà coupés de leurs bases et surtout qu’ils n’ont plus l’exclusivité de l’information dont ils faisaient un outil de pouvoir et d’exclusion.

Ainsi, grâce aux réseaux sociaux, l’information circule et devient un bien partageable sans possible main mise. D’un autre côté, cette circulation favorise la prise de conscience et l’entreprise d’actions tant il est simple, de nos jours, d’être un acteur dans la scène publique. Il suffit pour cela d’être confortablement assis face à un ordinateur ou de manipuler son smartphone.

C’est dans cette logique que nous assistons, depuis plus deux semaines, via les réseaux sociaux, à une campagne de boycott de produits de marques connues sur la place commerciale. C’est ainsi que les cyberactivistes marocains, face à la cherté de la vie et à l’instar de sœur Anne du conte de Barbe bleue, ne voyant venir aucun secours du côté des mécanismes politiques classiques, ont pris leur sort en main sur la toile. Leur appel au boycott a trouvé un écho favorable auprès des internautes. Et si l’on se réfère aux retombées véhiculées par les réseaux sociaux, il ne donne pas l’impression de s’essouffler pour l’instant.

La nouveauté de cette action ne réside pas seulement dans le fait de mettre à mal le fatalisme de rigueur vis-à- vis de la claustration des décideurs, puisque d’autres mobilisations ont eu lieu et ont un impact sur la machine administrative, à l’exemple de celle qui remettait en cause la grâce du pédophile Galvan et qui eut pour conséquence son annulation, ainsi que celle qui a suivi le suicide d’Amina Filali après son mariage avec son violeur et qui a conduit à l’abrogation de l’article du code pénal qui permettait au violeur d’échapper à la prison en épousant sa victime. L’activisme cybernétique pénètre, pour la première fois, le champ économique et risque d’avoir des conséquences sonnantes et trébuchantes. Sans oublier que le choix des marques visées n’est pas fortuit puisqu’il vise principalement leurs dirigeants qui sont, simultanément, influents sur la scène politique et économique.

A bien considérer, il semble important de dire que les probables conséquences économiques et la remise en cause par ce boycott de personnalités publiques sont deux éléments à ne pas négliger dans l’évaluation de ce genre de cyberactivisme, qui pourrait devenir un nouveau mécanisme de participation à la gouvernance publique avec lequel il faudra compter.