27/11/2015 09h:09 CET | Actualisé 28/11/2015 06h:41 CET

Comment le Maroc compte se positionner comme une plaque tournante des relations entre la Chine et l'Afrique

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Comment le Maroc compte se positionner comme une plaque tournante des relations entre la Chine et l'Afrique

INVESTISSEMENT - La Chine et l’Afrique à l’aube d’un rapprochement stratégique. Près de 400 participants sont réunis depuis hier à Marrakech à l’occasion de la première édition du Sino-African Entrepreneurs Summit (SAES) qui se clôturera aujourd’hui. Des dirigeants d’entreprises africaines et chinoises, des investisseurs et des décideurs sont présents.

Objectif: concrétiser des partenariats entre les pays d’Afrique et l’Empire du milieu, consolider la coopération dans des domaines clés tels que l’agro-industrie, les énergies renouvelables ou les mines et développer des activités locales et technologiques génératrices d’emplois.

Un partenariat fructueux

L’enjeu est de taille pour les deux parties: l’Afrique représente actuellement 15 % des investissements chinois à l’étranger. L’hydrocarbure, les mines, la construction, les manufactures et l’agriculture sont les principaux secteurs concernés. Depuis 2004, 2.500 entreprises chinoises se sont implantées en Afrique et y ont investi plus de 60 milliards de dollars.

"La Chine, puissance économique mondiale, se positionne comme un acteur incontournable dans le développement du continent africain et a besoin de partenaires pour consolider cet avantage", a souligné Moulay Hafid Elalamy, ministre de l’Industrie, lors de l‘ouverture du sommet.

En contre partie, "l’Afrique offre un climat très favorable au développement de la coopération économique entre la Chine et l'Afrique", a renchérit Cheb Tao, ancien ambassadeur de Chine au Maroc. Une conjoncture économique favorable dont bénéficie aussi le continent: l’Afrique subsaharienne exporte aujourd’hui près d’un quart de ses produits vers la Chine contre 4,6 % il y a quinze ans, écrit le Monde.

"En 2000, les échanges commerciaux entre la Chine et le continent étaient de 10 milliards de dollars. Ils ont atteint 100 milliards en 2010 et ont dépassé les 200 milliards en 2013", a déclaré lors de la conférence Daniel Kablan Duncan, Premier ministre ivoirien, ministre de l'Economie, des finances et du budget.

Le Maroc, un hub en devenir?

Dans ce contexte, le Maroc veut se positionner comme une plaque tournante: "Le Maroc est en pôle-position pour un partenariat économique et industriel renforcé avec la Chine, à l'avant-garde de l'Afrique", a souligné Moulay Hafid Elalamy.

Même son de cloche chez Othman Benjelloun, PDG de la BMCE Bank: "Le Maroc peut représenter une plaque-tournante pour les relations sino-africaines et au-delà, pour les relations sino-européennes, sino-atlantiques ou encore sino-arabes. Notre pays a vocation d'être une plateforme de production et d'exportation pour le rayonnement des industries, des services et, en général, du savoir-faire chinois vers le continent africain et vers ailleurs."

L’ancien Premier ministre français, Dominique de Villepin, voit lui aussi dans le Maroc une "plate-forme essentielle à partir de laquelle les entreprises européennes et asiatiques peuvent se développer sur le continent africain. Le Maroc a les réseaux nécessaires, réseaux financiers, réseaux techniques, réseaux humains qui prédisposent le pays à faciliter l’entrée sur le territoire", a-t-il rappelé lors de la conférence organisée par BOAO Business Consulting, GL Évents et le Groupe Jeune Afrique.

Équilibrer la balance commerciale

Ces dernières années, les échanges entre Rabat et Pékin ont augmenté, faisant de la Chine le quatrième partenaire commercial du royaume avec 5,4% des parts du marché marocain, derrière l’Espagne, la France et les Etats-Unis. Une croissance qui s’explique par la très forte progression des exportations, en particulier des phosphates et leurs dérivés. Toutefois, la balance reste déséquilibrée, avec un déficit de plus de 23 milliards de dirhams pour le Maroc. "Le caractère nettement asymétrique de la balance commerciale, la présence des produits marocains demeurant très limitée en Chine", selon Rachid Rhattat, enseignant-chercheur en droit à l’Ecole de commerce de Paris (EDC).

Des relations amorcées dans les années 1990

Amorcées au milieu des années 1990, les relations bilatérales entre la Chine et le Maroc s’appuient sur l’accord commercial et économique signé à Rabat en 1995 et entré en vigueur en 1999. Le Plan marocain d'accélération industrielle 2014-2020, lancé en avril 2014, compte parmi ses chantiers stratégiques le raffermissement du partenariat économique Maroc-Chine, et l'attraction des IDE (investissements directs à l'étranger) chinois au Maroc.

Le royaume bénéficie d’ailleurs du savoir-faire chinois dans plusieurs secteurs. A titre d’exemple, la construction de l’autoroute Berrechid-Béni Mellal, inaugurée en 2014, avait été confiée aux entreprises Covec et CWE (China international water & Electric corporation).

Dans le secteur des télécommunications, le géant des télécoms chinois Huawei est le premier fournisseur d’infrastructures de Maroc Telecom (IAM). Leader chinois dans la fabrication de matériel électronique, Lenovo a également installé un bureau régional à Casablanca en 2014. Le groupe pétrolier chinois CNOOC a signé un accord avec l’Office national marocain des hydrocarbures et des mines (ONHYM) pour la recherche pétrolière offshore.

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