MAROC
19/07/2019 15h:12 CET

Maroc-Algérie: Quand le sport abolit les frontières

“Le football a toujours fait ce que la politique n’a pas réussi à faire”

Safae Sirajeddine

FOOTBALL - Le football, c’est bien plus que du sport. C’est en tout cas ce qu’on a pu déduire du dernier match de l’Algérie contre le Nigeria, pendant lequel les Marocains ne vibraient que pour les Fennecs, laissant toute tension politique de côté. Un soutien qui est parti loin au point de franchir les frontières séparant les deux territoires.

Les peuples des deux pays, dont les frontières sont fermées depuis 1994, se sont retrouvés après la victoire des Verts lors du match de la demie finale de la CAN 2019 pour faire la fête, profitant de cette consécration pour réclamer la réouverture des frontières. Des images immortalisant ces moments de fraternité ont envahi les réseaux sociaux, dont des vidéos de deux supporters algériens qui se sont introduits au Maroc en grimpant le grillage séparant les deux pays. Le HuffPost Maroc a demandé l’avis d’un sociologue pour connaître les raisons derrière cette fraternité de ces voisins qu’on qualifie souvent d’ennemis.

“Le football a toujours fait ce que la politique n’a pas réussi à faire”

Pour le sociologue Khalid Atik, les deux peuples n’ont jamais confondu leur relation amicale avec celle politique. “Nous devons tout d’abord faire la différence entre la relation maroco-algérienne au niveau politique, qui a toujours été caractérisée par la tension, l’apathie, le conflit caché et celui déclaré, et la relation entre les deux peuples, qui a historiquement été caractérisée par son caractère fraternel et amical, où le sens d’appartenance à une seule identité se caractérise au niveau de la langue, l’art, et surtout l’humeur” nous explique-t-il en soulignant que ceci est évident et surtout très remarquable dans les domaines de l’art, du sport et sur les réseaux sociaux.

Le sociologue estime que cette solidarité est aussi due à la situation politique en Algérie. ”Les Marocains n’ont pas soutenu les Algériens seulement pendant la CAN, mais aussi tout au long de leur mouvement de contestation contre le régime de Bouteflika et même bien plus avant. Les deux pays se sont toujours soutenus durant les manifestations sportives, notamment lors de la Coupe du monde 2010 jouée en Afrique du Sud et celle de 2018 jouée en Russie. Ce qu’on voit aujourd’hui n’est pas nouveau. Le football a toujours fait ce que la politique n’a pas réussi à faire”, explique-t-il.

Selon Khalid Atik, les célébrations des deux peuples aux frontières pourraient avoir des impacts positifs. “Ce qui est arrivé aux frontières peut conduire à la réouverture de ces dernières. Mais cela demande beaucoup de courage en termes de politique”, conclut le sociologue.

Rappelons que depuis le début de la CAN 2019 qui se déroule actuellement en Égypte et dont la finale se jouera ce soir (20h00) entre l’Algérie et le Sénégal, les supporters algériens et marocains se sont unis pour soutenir ensemble leurs équipes nationales, d’abord à travers le hashtag “Khawa Khawa” (“fraternité, fraternité”), puis dans les tribunes. Une solidarité qui s’est poursuivie même après l’élimination des Lions de l’Atlas contre le Bénin en huitièmes de finale.