TUNISIE
17/05/2019 18h:12 CET

Manipulation politique et ingérence dans les élections en Tunisie: Une société israélienne pointée du doigt par Facebook

Facebook multiplie les initiatives pour démontrer qu'il a tiré les leçons de la présidentielle américaine de 2016

OLI SCARFF via Getty Images

Un coup de tonnerre! La Tunisie apparaît dans la campagne menée par une compagnie israélienne qui s’affairait à influer sur la politique et les élections en Afrique et en Amérique latine.

Un “complot” qui semble avoir été dévoilé par le géant des médias sociaux Facebook, ce jeudi 16 mai 2019. 

Au total 265 comptes Facebook et Instagram, des pages, des groupes et des événements faisant tous partie d’un même réseau localisé en Israël ont été supprimés. Tous ont été utilisé pour diffuser de fausses informations ou manipuler de manière malhonnête le débat politique dans différents pays principalement africains. 

Ces différents comptes étaient suivis par environ 2,8 millions de personnes. La première annonce a été diffusée en décembre 2012 et la plus récente, en avril 2019.

Ils ont diffusé pour plus de 700.000 euros de publicités politiques. Ces dernières ont été payées en shekels israéliens, en reais brésiliens et en dollars américains, selon les informations données par Facebook.

“Nous nous efforçons constamment de détecter et d’arrêter ce type d’activité, car nous ne voulons pas que nos services soient utilisés pour manipuler des personnes. Nous supprimons ces pages et ces comptes en fonction de leur comportement, pas du contenu qu’ils ont publié. 

Comme dans d’autres affaires impliquant un comportement inauthentique coordonné, les personnes à l’origine de cette activité se sont coordonnées pour tromper les autres sur qui elles étaient et ce qu’elles faisaient, et c’est là la base de notre action” explique Nathaniel Gleicher, le responsable de la sécurité de Facebook.

Des exemples de messages que Facebook a supprimé ont été rendus publics par les équipes du réseau sans pour autant pouvoir spéculer sur les motivations de ce réseau qui “peuvent être commerciales ou politiques”. Un post sur la Tunisie apparaît comme un des échantillons.

“Cette activité a son origine en Israël et s’est concentrée sur le Nigeria, le Sénégal, le Togo, l’Angola, le Niger et la Tunisie, ainsi que certaines activités en Amérique latine et en Asie du Sud-Est” a détaillé Gleicher.

Selon lui, “les personnes derrière ce réseau ont utilisé de faux comptes pour gérer des pages, diffuser leur contenu et augmenter artificiellement leur engagement”.

Il précise que “les administrateurs de la page et les titulaires des comptes ont fréquemment publié des articles sur l’actualité politique, notamment des élections dans divers pays, les points de vue des candidats et les critiques des opposants politiques”.

En adoptant “un comportement inauthentique coordonné”, cette organisation et toutes ses filiales sont désormais bannies de Facebook. 

Quelles sont les pages tunisiennes supprimées?

Parmi les dizaines de pages supprimées par Facebook, quelques-unes concernent la Tunisie. Les plus marquantes ont été dévoilées par le journaliste anglais Andy Carvin dans un tweet.

Mes collègues et moi, avons téléchargé des centaines de pages avant qu’elles ne soient désactivées.
Nous allons en partager les points forts et plus d’analyses détaillées sur notre compte @DFRLabl . Je partagerai certaines des miennes aussi.

“L’une des pages supprimées par Facebook aujourd’hui s’appelait Les parasites de Tunis. Lancée en janvier, la page a rapidement accumulé plus de 37 000 membres”.

“Son objectif principal semblait de dénoncer la corruption au sein du gouvernement actuel, utilisant parfois un discours reliant l’actuel chef du gouvernement Youssef Chahed au régime renversé de l’ancien président Ben Ali”.

“Une troisième page centrée sur la Tunisie, supprimée aujourd’hui par Facebook, Tunisie Mon Amour, présente des faits saillants liés au tourisme de tout le pays. Il a été créé fin février et a accumulé près de 11 000 «j’aime»”

“Une autre page qui se focalise sur la Tunisie a été supprimé par Facebook porte le nom “Stop à la désinformation et aux mensonges”. La page se présentait comme un organe de surveillance des médias luttant contre la désinformation tunisienne”

 

Cette page a été lancée deux mois avant, en mars 2019, et a recueilli plus de 11 mille followers. 

Ironiquement, ce réseau s’est concentré sur ce qu’il a prétendu être une désinformation dans les médias tunisiens, exigeant que les Tunisiens soient plus vigilants, alors qu’il s’agissait d’une campagne de désinformation inauthentique à part entière.

“Cette page contenait de nombreuses caricatures politiques visant des politiciens tunisiens pour corruption”

 

Certaines des pages font des erreurs flagrantes qui les exposent comme probablement inauthentiques, simplement en raison du contenu, explique le journaliste dans un article publié ce vendredi.

Par exemple, “Tunisie mon amour”, présentait également des images d’autres pays, comme s’ils venaient de Tunisie. La page promouvait le tourisme dans le pays mais utilisait des images du Maroc et de la Turquie dans ses publications, explique-t-il.

Une entreprise israélienne qui tire les ficelles 

Facebook cite la compagnie israélienne Archimedes Group comme étant le maître d’œuvre: “Bien que les personnes à l’origine de ce réseau aient tenté de dissimuler leur identité, notre enquête a révélé qu’une partie de cette activité était liée à une entité commerciale israélienne, le groupe Archimedes”. 

“C’est une véritable entreprise de communication qui gagne de l’argent en diffusant de fausses nouvelles”, a déclaré à l’Associated Press (AP) Graham Brookie, directeur du Digital Forensic Research Lab de l’Atlantic Council, un groupe de réflexion collaborant avec Facebook pour exposer et expliquer des campagnes de désinformation. 

Selon le Monde, Archimedes Group se présente comme “une société fournisseuse d’outils électoraux, vendant notamment une suite logicielle, Archimedes Tarva, conçue pour “la gestion de campagnes de masse sur les réseaux sociaux” ou encore les “opérations nécessitant un nombre illimité de comptes”.

Sur son site, cette société de conseil politique et de lobbying basée à Tel-Aviv, qui se vante de ses compétences en médias sociaux, laisse entendre qu’elle travaille principalement pour des clients en Afrique, en Amérique latine et dans les Caraïbes. 

L’activité semblait centrée sur les pays d’Afrique subsaharienne, mais elle était également dispersée dans certaines régions d’Asie du Sud-Est et d’Amérique latine, ce que Graham Brookie a appelé une “diversité étonnante de régions” qui montrait la sophistication du groupe.

Il souligne, par ailleurs, que l’engagement du public le plus important a été généré par la Malaisie, qui possède un vaste marché des médias et a tenu des élections générales l’année dernière.

“Son PDG, Elinadav Heymann, a longtemps travaillé dans la politique. Après un passage dans l’armée de l’air israélienne, il a dirigé de Bruxelles le lobby pro-israélien European Friends of Israel, inactif depuis plusieurs années, et également travaillé comme consultant politique. Dans plusieurs tribunes et interventions publiques consultables en ligne, il a défendu ces dernières années les positions d’Israël sur la lutte contre le terrorisme et contre les appels au boycott de produits israéliens. En mars, il participait à l’Aipac Policy Conference, le grand rassemblement politique pro-israélien prisé par les conservateurs américains” révèle le Monde.

Pris dans une nuée de scandales et polémiques, Facebook multiplie les annonces de suppressions de contenus de son réseau. Pour Mark Zuckerberg, l’enjeu est de taille.

Après avoir été accusé d’être passé à côté d’agents russes qui ont utilisé sa plateforme pour propager des fausses informations ayant pu influencer le résultat de l’élection présidentielle américaine en 2016, il veut montrer qu’il a retenu la leçon.

Le mois dernier, à un peu plus d’une semaine du début des élections générales en Inde, il a annoncé la suppression de 1000 pages et comptes de Fake news. 

Fin mars, il avait ainsi annoncé la fermeture de milliers de pages “trompeuses” liées à la Russie et à l’Iran. 

Il est à rappeler que depuis quelques jours, l’application WhatsApp qui appartient à Facebook a été infecté par un logiciel espion, conçu par une entreprise israélienne.

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