ALGÉRIE
28/10/2019 11h:25 CET | Actualisé 28/10/2019 12h:00 CET

Manifestations, grève générale: Une semaine capitale en Algérie à l'approche du 1er novembre

NurPhoto via Getty Images
Demonstrators march during a protest against the country's ruling elite and rejecting a December presidential election in Algiers, Algeria October 25, 2019 (Photo by Billal Bensalem/NurPhoto via Getty Images)

Une grève générale des syndicats autonomes, un débrayage illimité des magistrats et un bras de fer avec leur tutelle et des manifestations qui se poursuivent sont à la tête des évènements prévus cette semaine partout en Algérie, à l’approche de l’anniversaire du déclenchement de la guerre de libération vendredi prochain.

A l’heure où le pouvoir tente de faire passer la Présidentielle du 12 décembre rejetée par la rue, la confédération des syndicats autonomes (CSA) a lancé une grève générale lundi 28 octobre. L’action a été soutenue par d’autres syndicats dont le SNAPAP ainsi que par les partis de l’alternative démocratique.

Le CSA revendique à travers cette grève, la libération des détenus d’opinion, “la satisfaction des revendications du peuple algérien” et “l’annulation du projet de loi sur les hydrocarbures et toutes les lois émanant de ce gouvernement” considéré comme illégitime.

La confédération générale autonome des travailleurs en Algérie (CGATA) a de son côté annoncé une grève mardi 29 octobre pour la libération des détenus, la “satisfaction des revendications du Hirak, notamment l’annulation de l’élection présidentielle” ainsi que l’annulation du projet de loi sur les hydrocarbures.

Ces grèves qui risquent de geler notamment les secteurs de l’éducation, de la santé publique et de l’administration s’ajoutent aux manifestations des étudiants prévues mardi. Elles seront également accompagnées de manifestations auxquelles ont appelé les syndicats.

Alors que 22 prétendants ont déposé leurs dossiers de candidature pour la présidentielle contestée du 12 décembre avant l’expiration du délai samedi dernier à minuit, des manifestations imposantes ont lieu partout en Algérie 24 heures plutôt.

Lire aussi: Alger: Manifestations géantes à un jour de l’expiration du délai de dépôt de candidatures

Appréhendant de la fraude, la rue en ébullition continue de rejeter un rendez-vous électoral tant que les figures du régime du président déchu Abdelaziz Bouteflika sont toujours en poste, notamment le président par intérim Abdelkader Bensalah et le Premier ministre Noureddine Bedoui. 

Bataille médiatique inédite

En pleine semaine chargée en événements, une grève inédite est venue s’ajouter à la contestation. Il s’agit de la grève annoncée par le syndicat nationale des magistrats autour de laquelle une bataille médiatique oppose depuis samedi dernier les juges et le ministre de la Justice Belkacem Zeghmati. 

Le syndicat national des magistrats (SNM) avait annoncé samedi dernier une grève illimitée à partir de dimanche, suite à un mouvement contesté des magistrats opéré jeudi. Le même syndicat a annoncé le lendemain que la grève a été suivie à hauteur de 96%.

Dans son communiqué de samedi, le SNM s’en est pris directement au ministre de la Justice, Belkacem Zeghmati, lui demandant de de cesser “d’agir de manière hautaine avec les juges et leurs représentants”.

Un communiqué du ministère de la Justice est venue samedi en fin de journée rappeler que l’article 12 de la loi organique portant statut des magistrats interdit “au juge de participer à une grève ou d’y inciter, et que cela est considéré comme un abandon de poste”. 

Fait inédit, le Conseil Supérieur de la Magistrature (CSM) a publié dimanche un communiqué à son tour, soutenant la grève décidée par le SNM et déclarant ne pas avoir été consulté ni avoir participé à la préparation du mouvement des magistrats. Le Conseil a également gelé l’opération en question.

Le ministère de la Justice est revenu à la charge dimanche soir avec un communiqué fustigeant la décision du CSM, arguant qu’il s’agit d’une “atteinte” aux prérogatives du chef de l’Etat et de son ministre de la Justice et appelant les magistrats à la “sagesse”. 

Le département de M. Zeghmati a aussi appelé les magistrats grévistes à présenter des recours au CSM.

En réaction, le SNM a renouvelé son appel aux magistrats à la poursuite de la grève tout en assumant missions prévues dans la loi électorale. 

A l’approche du 1er novembre, 65e anniversaire du déclenchement de la guerre de libération que les manifestants promettent depuis deux semaines de rendre “grandiose”, la tension politique est palpable. Au point où une annonce d’Algérie Télécom de perturbations probables de la connexion internet jusqu’au 1er novembre pour “transfert de flux internationaux” a été largement vue comme un signe de panique du pouvoir et une volonté de perturber l’accès à l’information pour des raisons politiques.