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01/10/2018 08h:53 CET | Actualisé 01/10/2018 08h:53 CET

Malla Chikha!

Que Mme Abderrahim s’abaisse à insister, supplier un ministre, à la sortie d’une séance de travail, voilà qui indique une personnalité ne volant pas plus haut que ce titre qui l’obsède.

Zoubeir Souissi / Reuters

Un fait divers tragi-comique a secoué les médias et fait couler beaucoup de salive sur les plateaux télévisés: madame notre maire de Tunis, interpelle en public le ministre chargé des collectivités locales pour protester contre le dénivellement de son statut, autrefois assimilé à celui d’un secrétaire d’État, (lorsque le maire de Tunis était désigné), et rétrogradé à celui de directeur général depuis l’élection des maires, selon la nouvelle constitution. Ceci est considéré par Mme Abderrahim comme une déchéance.

Ne nous trompons pas sur les propos de cette dame: son problème n’est pas son salaire (qui a été diminué de moitié par rapport à celui de son prédécesseur) ni les privilèges qu’accorde normalement le titre de secrétaire d’État (voiture, bons d’essence, factures réglées et autres mérites). De tout cela, notre mairesse n’a que faire. Elle demande, exige, supplie qu’on lui rende le titre de secrétaire d’État, titre qui, selon elle, garantira la valeur morale de son poste. C’est là où le bât blesse et où la situation se gâte!

Que la Cheikha souhaite jouir du prestige que confère un titre de secrétaire d’État, la chose est banale et ne témoigne que d’une avidité triviale de pouvoir, si répandue qu’on ne la relève même plus. Que Mme Abderrahim s’abaisse à insister, supplier un ministre, à la sortie d’une séance de travail, voilà qui indique une personnalité ne volant pas plus haut que ce titre qui l’obsède. Pour elle, l’éden passe par le secrétariat d’État: on fait des montagnes avec ce qu’on peut! (Dixit Jacques Brel). Mais de là à ce que le titre de secrétaire d’État devienne (selon les dires de la plaignante) la clé permettant d’accéder à la valeur morale de son poste, là on siffle la fin de la récréation.

Car, si nous suivons la dame dans son raisonnement, seul le titre de secrétaire d’État conférera à son activité la valeur morale qui doit être la sienne. Et si nous revenions tout en bas de l’échelle, à la signification des mots? La valeur, terme possédant autrefois une connotation guerrière, se rapporte aujourd’hui à la mouture d’un être, aux belles qualités qu’il possède et exprime à travers ses actions. “Aux âmes bien nées, la valeur n’attend pas le nombre des années” ; Corneille ne connaissait pas encore le titre de secrétaire d’État, sinon nous aurions eu un Cid ministrable…

Quant à la valeur morale, le dictionnaire indique qu’il s’agit d’un ensemble de qualités ou de principes qui guident le jugement d’un individu et déterminent son action. Ces principes sont habituellement partagés par les membres d’un corps social et attribuent à l’action son importance: qu’il s’agisse du don de soi, de la tolérance, du respect de l’autre, de la loyauté. Ces principes qui guident l’action et lui accordent sa valeur morale émanent d’une conscience responsable et s’expriment à travers ce que Kant appelait “la volonté bonne”. Soit. Tout cela est bien beau, mais notre dictionnaire n’évoque ni titres ni statuts. Dès lors, comment réfléchit notre Cheikha pour déclarer que, seul le titre de secrétaire d’État, accordera à ses actions leur valeur morale?

Pauvres de nous! Depuis quand un titre insuffle-il sa valeur morale à une action? En quoi le fait d’être secrétaire d’État va-t-il soudainement conférer à un être les qualités morales qui marqueront son action? Par quel pitoyables préjugés, celle qui préside aux intérêts de la capitale, considère-t-elle que seul le titre de secrétaire d’État lui accordera la valeur morale qu’elle épinglera à son écharpe rouge et blanche? Faut-il lui rappeler ce qu’on enseigne aux enfants, à savoir que la valeur d’un être réside dans ce qu’il est, ce qu’il fait, et non dans ce qu’il possède? Quant au respect et à l’estime que les citoyens lui témoigneront, ils dériveront de ce qu’elle leur apportera et non dans le titre qu’elle convoite. Ceci dit, le titre étant hors de sa portée, nous voilà condamnés à une mairesse aux actions dépourvues de valeurs morales. Cette dame va placer son travail loin des valeurs morales, nous voilà prévenus. Encore une déception, encore une personne qui n’est pas “the right woman at the right place”, situation devenue monnaie courante dans notre pays. Mieux encore: au ministre qui lui rétorquait que la constitution interdisait le fameux titre aux maires élus, la gente dame rappelle qu’une constitution est écrite par des individus…Un texte qui n’est donc pas immuable et qui peut être revu et corrigé selon les convenances des uns et des autres! Bonne nouvelle, qui en dit long sur les intentions potentielles de madame-maire, surtout lorsqu’on garde à l’esprit son appartenance à Ennahdha.

En vérité, cette pitoyable histoire ne mérite pas plus de commentaires. Fort heureusement, notre pays regorge de femmes de valeur, responsables, dynamiques, performantes! À cet égard, nous ne pouvons que saluer bien bas, madame la gouverneur de Nabeul qui n’a ménagé ni son temps ni son énergie, lors des dernières inondations, survenues dans son gouvernorat. Voilà une femme tunisienne de mérite et dont nous pouvons être fiers. Curieux, elle n’est pourtant pas secrétaire d’État!!

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