TUNISIE
13/08/2018 15h:00 CET | Actualisé 13/08/2018 15h:13 CET

Malgré certaines victoires, de nombreuses batailles attendent encore les femmes tunisiennes

Des batailles sur tous les fronts: les lois, les mentalités...

Anis Mili / Reuters

Pour l’Occident, elles sont les privilégiées du monde arabe (CSP, loi contre les violences faites aux femmes), pour certains Orientaux, elles en ont trop. Les femmes tunisiennes suscitent l’attention. 

S’il est vrai qu’elles jouissent d’un statut totalement différent comparé aux autres femmes du monde arabe qui se battent encore pour pouvoir conduire une voiture, les Tunisiennes ont encore du chemin à faire pour bénéficier de leurs droits au sens humain et universel. 

Les batailles à mener sont tributaires autant de leur propre volonté que des politiques menées par l’État. 

Les lacunes de la loi 

62 ans après sa promulgation, le code de Statut Personnel (CSP) est devenu “caduc”, explique Yosra Frawes, présidente de l’association tunisienne des Femmes Démocrates (ATFD). De nombreuses dispositions sont discriminatoires envers les femmes, à titre d’exemple: 

  • Le maintien de la dot pour la consommation du mariage.

  • L’institution du mari comme chef de famille qui impacte la femme, qui si elle quitte sans son autorisation, sera en état de “nouchouz”, insubordination. Son mari pourra alors demander et obtenir le divorce pour faute, conformément à une jurisprudence constante et ce, malgré l’abolition du devoir d’obéissance de la femme en 1993.

  • L’inégalité dans l’héritage entre les hommes et les femmes,

  • L’inégalité dans la tutelle et la garde des enfants entre les époux, etc. 

La précarité subsiste encore

De nombreuses femmes, dans le milieu rural notamment, sont exploitées, sous-payées par rapport aux hommes et travaillent dans des conditions extrêmement précaires, en témoigne les accidents récurrents touchant des femmes agricoles transférées de manière lamentable pour travailler dans les champs. 

Pourtant, une étude de l’AFTURD auprès des femmes dans le milieu rural démontre, entre autres, que 1/5 des femmes rurales disposent de revenus contre 1/3 des hommes. 14% sont propriétaires de leur terre dont 2/3 à travers l’héritage. Les femmes contribuent à hauteur de 30% en moyenne dans le budget familial.

Autre travailleuses asservies, les aides ménagères, beaucoup d’entre elles travaillent sans contrat et sans bénéficier d’une couverture sociale, comme l’a démontré une étude de l’AFTURD. 

Les inégalités n’épargnent pas les femmes cadres. Selon une étude menée par le ministère de la Femme, de la famille et de l’enfance, seulement 5,8% des femmes fonctionnaires occupent un poste de direction générale dans la fonction publique, tandis que 12,3% des femmes sont détentrices d’un poste de direction et 0,3% sont parvenues à détenir le poste de secrétaire générale. 

Des taux relativement faibles qui reflètent le creusement de l’écart concernant l’égalité femmes-hommes au niveau du recrutement dans la fonction publique. Selon la même source, en 2012, parmi les 88 mille recrues de la fonction publique seulement 11 mille sont des femmes. De plus, 64% des diplômés de la promotion de l’Ecole nationale d’administration (ENA) en 2016 sont, en fait, des femmes.

Les menaces concernant les acquis de la femme en matière d’accès à la contraception et à l’avortement sont tangibles en Tunisie. Récemment, les Tunisiennes ont dû faire face à la pénurie récurrente des moyens de contraception. En 2018, dans certaines régions, des femmes tunisiennes accouchent à domicile, faute de moyens, quand d’autres, elles font face aux conditions déplorables des hôpitaux.

Bien que légalisé depuis 1973, le droit avortement en Tunisie n’est pas inébranlable. 

En Tunisie, des femmes se sont mobilisées pour arrêter l’accès à la contraception et à l’avortement dans certains planning familiaux. Des membres du personnel médical dissuadent les femmes venues avorter et les font culpabiliser. Ceci passe par les leçons de morale, l’évocation des interdits religieux ou encore l’usage de certains termes pour les horrifier. 

Quant aux mères célibataires, elles sont sujettes à toutes formes de stigmatisations aussi bien par certains membre du personnel médical que les assistantes sociales!

Malgré la promulgation d’une loi contre les violences faites aux femmes, les violences perdurent: près de 80% des cas de violence physique et morale contre la femme sont perpétrées par l’époux et 11% des cas de violence sexuelle sont commis par des membres de la famille, a montré une étude élaborée par l’association tunisienne des femmes démocrates (ATFD) en novembre dernier. 

Les mentalités, le véritable combat

Leur corps est chosifié, leur sexualité appréhendée, les femmes tunisiennes sont amenées à composer avec cette réalité, certaines en la contournant, d’autres en la subissant passivement. 

Cet état des lieux n’est pas uniquement l’oeuvre des hommes, mais aussi des femmes, des mères notamment. Celles qui perdurent les inégalités dans l’éducation des enfants. 

Pour le piétinement du droit à l’avortement, ce sont des femmes qui se sont mobilisées pour arrêter l’accès à ce droit dans certains planning familiaux par exemple. 

Certaines femmes cautionnent la violence et l’image rétrograde les concernant, comme l’atteste une étude récente de la Centre de recherches, d’études, de documentation et d’information sur la femme (CREDIF). 

 

 Cette réalité montre que les dangers qui guettent les femmes proviennent également de certaines femmes qui renoncent à leurs droits ou les rejettent et perpétuent ainsi les inégalités.  

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