TUNISIE
07/10/2018 15h:00 CET | Actualisé 07/10/2018 15h:05 CET

Mainmise sur des juges, des institutions de l'État et espionnage de citoyens: Les dangereux enregistrements audio dévoilés par l'avocate Dalila Ben Mbarek Msadek

Ces enregistrements auraient été retrouvés en possession de Mustapha Khedher, soupçonné par le comité de Défense d’être derrière les assassinats de Chokri Belaid et Mohamed Brahmi.

FETHI BELAID via Getty Images

L’avocate Dalila Ben Mbarek Msadek a publié, samedi, une série d’enregistrements audio non datés -mais vraisemblablement enregistrée sous le gouvernement de la Troïka-, qui auraient été retrouvés en possession de Mustapha Khedher, soupçonné par le comité de Défense d’être derrière les assassinats de Chokri Belaid et Mohamed Brahmi, sensés démontrer l’implication d’Ennahdha dans la mise en place d’une organisation secrète ayant pour objectif d’espionner les citoyens et d’infiltrer les institutions de l’État.

Dans un premier enregistrement, l’avocate affirme qu’il s’agit d’un échange entre Mustapha Khedher, qui entretiendrait des relations étroites avec les dirigeants du parti Ennahdha selon le comité de Défense de Chokri Belaid et Mohamed Brahmi, et un informateur .

L’informateur en question donne des informations précises sur des personnes qui seraient contre le parti Ennahdha dont notamment un conducteur de Taxi qualifié comme “l’un des plus grands ennemi de la révolution et d’Ennahdha (...)”. “Trouvez de qui il s’agit et ce qu’il veut” demande l’informateur en donnant le numéro du taxi et de la plaque d’immatriculation à Mustapha Khedher.

D’autres personnes auraient été la cible de cet informateur à l’instar d’un vendeur d’alcool au marché noir qui investit dans l’immobilier ou encore de Sami El Fehri alors en prison, et de ses conditions de détention.

 

Un deuxième enregistrement qui aurait été retrouvé chez Mustapha Khedher, et qui a été publié par l’avocate, fait état de l’infiltration au sein du pouvoir judiciaire mais également d’autres institutions étatiques.

Un présumé informateur discutant avec Mustapha Khedher affirme s’occuper des affaires personnelles du premier président du tribunal de Tunis: “Je suis en train d’essayer de le ramener vers nous, il n’est pas difficile”.

“Il y a des juges qui sont à nous” clame-t-il, citant les noms de deux juges.

Lors de cette discussion les deux protagonistes évoquent également leur emprise sur l’Office de la Topographie et du Cadastre, sur la Conservation de la Propriété Foncière, sur le ministère de l’Équipement mais également sur l’ancien ministre des Domaines de l’État et de propriété foncière, Selim Ben Hmidane.

Au niveau du ministère de l’Intérieur, ils évoquent également la volonté de se débarrasser de certains cadres.

 

Largement partagés sur les réseaux sociaux, ces enregistrements ont beaucoup fait réagir, appelant notamment le gouvernement à agir et à dévoiler la vérité sur ces enregistrements.

 

Le comité de défense de Chokri Belaid et Mohamed Brahmi a tenu, mardi, une conférence de presse, durant laquelle il est revenu sur les circonstances de l’assassinat des deux militants de gauche, sous le thème: “L’organisation spéciale du mouvement Ennahdha après la révolution et sa relation avec les assassinats politiques: Des vérités révélées pour la première fois”.

Pointant du doigt le rôle joué par Ennahdha dans ces assassinats et présentant de nombreux document, le comité de défense a mis en exergue l’implication de Mustapha Khedher, un militant d’Ennahdha, chez qui plusieurs documents relatifs à ces affaires auraient été retrouvés chez lui.

Le comité de défense a également affirmé qu’un appareil sécuritaire propre à Ennahdha a été mis en place par celle-ci, chargé d’espionner plusieurs personnalités politiques tunisiennes mais également des ambassades étrangères.

Enfin, Ridha Raddaoui, avocat et membre du comité a expliqué qu’il existe une “chambre noire”, inaccessible, au sein du ministère de l’Intérieur qui contiendrait des documents dangereux et pouvant faire la lumière sur ces assassinats: “Le directeur des archives à l’époque nous avait refusé l’accès (...) tout comme ses successeurs” a-t-il regretté. 

Dans un communiqué publié sur son site, Ennahdha avait affirmé que la conférence de presse organisée par “le Front populaire” n’est basée que sur des “mensonges” et rejette toute activité du parti en dehors de la loi régissant les partis politiques.

 

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