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02/11/2018 15h:52 CET | Actualisé 02/11/2018 15h:55 CET

Un jouet est considéré comme un risque pour la sécurité de l’État

Mon périple commence ici: “Ma fille demande officiellement au gouvernement de lui donner son jouet”.

Facebook/Hichem Ben Fadhl

Tout a commencé il y a 6 semaines quand j’ai commandé un jouet sur internet sur un site marchand à l’étranger (oui, je ne sais pas ce qui m’a pris).

Je reçois il y a quelques jours la notification de la Poste, je me rends à mon bureau de Poste habituel, de mon quartier. Le postier me dit gentiment que j’aurais dû mieux lire le cachet sur la notification et aller directement au bureau de Tunis-Carthage. Je m’excuse platement auprès du postier de n’avoir pas compris qu’il fallait que je lise mieux le cachet. Passons.

Je pars ce matin avec ma fille pour récupérer le petit paquet tant attendu au bureau de poste de Tunis-Carthage. Ce petit paquet que nous avions suivi à la trace depuis des semaines sur internet à chaque aéroport, dans chaque pays pour enfin être tous soulagés qu’il soit enfin arrivé.

Après le passage à la poste de Tunis-Carthage, je suis réorienté vers la douane où les choses sérieuses commencent. Je vais au dépôt de la douane et là, l’inspectrice fait amener le paquet et me dit: “ah, c’est une smart watch avec caméra, c’est totalement interdit, vous ne pouvez pas la sortir, vous devez la renvoyer”. Je ne vous raconte pas le choc de ma fille.

Je réponds à la douanière que c’est un jouet pour enfants comme indiqué sur le paquet. Bref, après une longue discussion sur l’interprétation de ce qui est écrit sur le paquet (le mot smart watch n’y est pas écrit), nous allons voir le chef de bureau.

 

Après avoir attendu dehors pendant que l’inspectrice de la douane lui explique son point de vue, je rentre et il m’explique qu’ils ont un arrêté du ministère de l’Intérieur qui interdit formellement les “smart watchs avec camera”.

Je demande d’avoir au moins le numéro de l’arrêté du ministère de l’Intérieur, évidemment il ne peut pas. Je demande qui a décidé que c’était une smart watch vu que ce n’est pas écrit sur le paquet, évidemment rien à attendre de ce côté-là non plus. Bref, après une longue discussion où il accepte l’idée qu’il y a interprétation du texte et sur la capacité interprétative arbitraire de la douane, nous convenons que si je lui amène un document du ministère de l’Intérieur qui dit que leur arrêté ne s’applique pas à ce jouet, il pourra me le donner. Il rajoute aussi “qu’il y a les mêmes à Lafayette, ce n’est pas nécessaire de commander sur internet”. Je lui demande comment ils ont fait pour les sortir vu que c’est interdit, il me dit que lui il fait son travail...” Bref, ça c’est une autre histoire.

Je vais donc dans un autre bureau pour initier une procédure de refoulement du paquet vers l’expéditeur dans un délai de 60 jours à défaut d’amener un document du ministère de l’Intérieur. Et je ne vous raconte pas l’interrogatoire que m’a fait le douanier pour savoir comment j’ai fait pour commander sur internet en devises ... Mais ça aussi, c’est une autre histoire.

Pourquoi je vous raconte tout ça? C’est une petite anecdote comme il y en a tous les jours des milliers en Tunisie et à laquelle la majorité des citoyens s’est habituée ou résignée. Moi malheureusement, je n’arrive pas à m’habituer.
Cette anecdote est à mon avis assez représentative de l’arbitraire au quotidien et de la décadence bureaucratique dans laquelle se trouve la Tunisie en 2018!

Je me suis lancé un défi personnel pour tirer au clair cette interdiction vu qu’évidemment, il est impossible d’accéder aux arrêtés du ministère de l’Intérieur et surtout de savoir comment ils sont interprétés.

Tant que nous sommes en démocratie, je m’engage à tout faire pour changer cette situation que je considère arbitraire et contraire aux droits les plus élémentaires des enfants du XXIème siècle. Et je m’engage à militer pour que tous les enfants de ce pays soient libres d’acheter leurs jouets là où ils veulent.

Mon périple commence ici: “Ma fille demande officiellement au gouvernement de lui donner son jouet”.

Je vous tiendrai au courant...

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